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Tourisme médical : une niche économique potentielle à développer ?


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Lundi 16 Novembre 2020

L’Institut Marocain d’Intelligence Stratégique (IMIS) a publié mercredi un « policy paper » qui analyse les moyens de positionner le Maroc en tant que nouveau hub africain de tourisme médical.



Tourisme médical : une niche économique potentielle à développer ?
Pour faire du tourisme, il n’est pas toujours nécessaire d’être en bonne santé. Il existe d’ailleurs toute une filière de « tourisme médical » justement dédiée à des « touristes-patients » qui, pour une raison ou une autre, partent dans d’autres pays pour se soigner. Dans la conjoncture actuelle, le Maroc gagnerait-il à développer une véritable filière de tourisme médical ? Oui, répond l’Institut Marocain d’Intelligence Stratégique (IMIS) qui a publié, mercredi 11 novembre, un « policy paper » intitulé « Relance du tourisme médical au Maroc : une industrie négligée bien que profitable à saisir ». L’analyse réalisée par Camélia Dinia et Jihad Jorio, deux consultantes en stratégie et influences internationales, souligne les perspectives d’évolution de ce secteur « à cheval entre deux industries mises à rude épreuve par la pandémie du Coronavirus et dont les conséquences ont été relativement positives pour l’un (le secteur médical), et dramatiques pour l’autre (le tourisme) ». 

Le Maroc en hub de tourisme médical
Sur une vingtaine de pages, le document de l’IMIS analyse la conjoncture actuelle à la lumière des bouleversements provoqués par la pandémie du Coronavirus, décrit l’évolution du tourisme médical au niveau international et local, puis propose une feuille de route détaillée dont l’objectif est de « faire du Royaume, à travers le marché africain, une destination santé incontournable ». Évoquant les acquis du Royaume en la matière, l’étude précise que « selon l’Index de Tourisme Médical (MTI), outil de mesure d’attractivité de destinations du tourisme médical, le Maroc est classé 31ème sur un total de 46 destinations, notamment grâce à sa réputation internationale sur le plan touristique ». Les auteures précisent par ailleurs que le Maroc est classé deuxième au niveau africain dans le domaine du tourisme médical.

Une conjoncture favorable
À ces acquis, s’ajoutent un certain nombre d’opportunités qui érigent le tourisme médical en niche économique intéressante pour le Royaume. Renforcé par le vieillissement de la population mondiale, conjugué à la recherche grandissante chez les populations des pays développés de procédures thérapeutiques de qualité à bas coût -particulièrement pour des traitements non couverts par les assurances, tel que la chirurgie esthétique-, le tourisme médical représente ainsi une opportunité pour le Royaume de générer des revenus directs et contribuer au développement global de l’économie nationale. Pour rendre la destination Maroc attractive auprès de cette « patientèle », les expertes de l’IMIS soulignent la nécessité d’élaborer une stratégie de marque, visant à promouvoir l’image du pays à l’international, « basée sur la réputation  du Royaume en matière de santé, de sa localisation stratégique ainsi que la stabilité politique et la disponibilité d’infrastructures hôtelières et un réseau de transport aérien de qualité »

Des retombées positives multiples 
L’analyse de l’IMIS recommande la création d’un office du tourisme médical, l’élaboration d’un cadre réglementaire, ainsi que la revalorisation du numérique afin d’améliorer la compétitivité du pays dans le domaine du tourisme médical. « Le tourisme médical participe à la croissance de l‘économie locale en générant des revenus directs en devises, en développant l’emploi et en dynamisant l’entrepreneuriat. De surcroît, ce secteur est également vecteur d’externalités positives dans la mesure où il contribue à l’essor des secteurs associés (pharmaceutique, équipements sanitaires, tourisme local...) », soulignent les auteures qui, manifestement, voient dans le tourisme médical un vecteur de développement multisectoriel. Dans la perspective d’une évolution du marché du tourisme médical qui, d’ici 2027, devrait atteindre 207,9 milliards USD, les consultantes de l’IMIS estiment qu’en endossant les recommandations émises par le think tank, « le Maroc sera en mesure de résister aux effets de la crise du Covid-19 et de se positionner comme leader dans cette industrie en essor ».

3 questions à Camélia Dinia, consultante en stratégie et en influences internationales

Camélia Dinia
Camélia Dinia
« Le tourisme médical s’avère être une opportunité à saisir »

Co-auteure du « policy paper », publié par l’IMIS, et consultante en stratégie et influences internationales, Camélia Dinia a répondu à nos questions.

- Qu’est-ce qui justifie, dans le contexte actuel, d’investir dans le tourisme médical au Maroc ? 
- Dans le contexte actuel de crise sanitaire et d’inversement de la tendance de globalisation, les cartes ont été rebattues et il est aujourd’hui important de repenser les fondations de l’économie marocaine dans son ensemble, plus particulièrement les secteurs qui ont été mis à l’épreuve comme le tourisme et la santé. Aujourd’hui, le tourisme médical s’avère être une opportunité à saisir afin de revoir le modèle actuel. D’autant plus que notre pays dispose déjà d’un certain nombre de ressources, d’acquis et d’alliances au niveau continental qui peuvent être mises à profit afin d’impulser ce domaine et, chemin faisant, faire bénéficier le Royaume de toutes les retombées positives - sur plusieurs secteurs - qui peuvent en découler.

- Développer ce secteur permettra-t-il d’attirer des investissements étrangers ?
- C’est exact. Le Maroc a d’ailleurs déjà bénéficié d’investissements étrangers dans des infrastructures de soins. Exemple de la City Healthcare à Marrakech qui a bénéficié en 2017 d’un investissement de 100 millions de dollars du groupe maroco-émirati Tasweek. Aujourd’hui, les investisseurs étrangers sont là, ils sont prêts, mais nous avons besoin de les orienter et de les guider.

- Pour cela, vous proposez qu’un bureau dédié pilote justement ce secteur ?
- Actuellement, le fort potentiel marocain dans ce domaine n’est pas encore cadré et n’est pas totalement réglementé. C’est là les deux défis que nous devons relever. Pour que le Maroc devienne le hub médical africain, il faut mettre en place un office du tourisme médical qui, entre autres, se chargera de coordonner ce chantier, construire la stratégie marketing, nouer et renforcer les alliances ou encore définir les accréditations prioritaires pour les divers centres de soins.
Recueillis par O. A.

Encadré

Le nombre des touristes de plus de 65 ans doublera d’ici 2025

L’analyse « Relance du tourisme médical au Maroc : une industrie négligée bien que profitable à saisir » réalisée par l’IMIS souligne que, d’ici 2025, les voyageurs âgés de 65 ans et plus doubleront leurs voyages internationaux pour atteindre 180 millions de voyages. Ce qui représente un voyage international sur huit dans le monde.

« Les voyageurs plus âgés peuvent se permettre des voyages conséquents. Ces derniers sont plus axés sur le confort et la santé. L’industrie du tourisme médical répond à ce besoin de combiner des actes médicaux avec une approche “d’air de vacances” », explique le think tank qui, par ailleurs, souligne que « les fournisseurs de soins de santé devront désormais offrir des forfaits touristiques complets, comprenant des services allant de la réservation d’hôtels à la souscription d’une assurance maladie ». Le tourisme médical est appelé à connaître une croissance accélérée, car un nombre croissant de ces voyageurs âgés recherchent de nouveaux traitements, ainsi que des soins moins coûteux ou de meilleure qualité qui ne sont pas disponibles dans leur pays ou région d’origine. « C’est pour cette raison que plusieurs pays se sont orientés vers le développement d’offres de soins médicaux et de services touristiques autant au niveau national qu’international. Le touriste - patient peut alors s’orienter soit vers les activités de bien-être (Spas, thalassothérapie...), soit vers les traitements hospitaliers et les opérations chirurgicales (oncologie, radiologie, greffes, laboratoires de tests...) » précise les auteures de l’IMIS.

Repères

Développer des démarches de certification
Plusieurs pays font appel aujourd’hui à de grands acteurs internationaux d’accréditation de santé, pour évaluer leurs services de santé et garantir ainsi des références de qualité reconnues au niveau international. À ce jour, le Maroc ne possède aucun hôpital accrédité « JCI » (norme mondiale de qualité pour les établissements de santé). « La SEMAC, organisme marocain d’accréditation, pourrait tenter de décrocher ces accréditations », recommande l’IMIS.
Développer les «téléconsultations»
L’IMIS souligne que le développement des plateformes de téléconsultations aura « un effet d’aubaine » pour le Royaume. « Le Maroc devrait penser à allouer un vrai travail de mise en avant des vitrines médicales marocaines en se servant de sites certifiés pour la promotion des cliniques privées et hôpitaux publics internationaux, des offres hybrides disponibles, et des téléconsultations », recommande le think tank qui, par ailleurs, prône l’adoption d’une « vraie approche avant-gardiste au niveau des bureaux ministériels digitalisés ».

  


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