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Culture

Tendresse : « Certaines femmes ont laissé une empreinte, je me suis dit : pourquoi pas moi ? »

Interview avec Tendresse, rappeuse


Rédigé par Kenza AZIOUZI le Dimanche 20 Septembre 2020

Elle a les mots qui piquent, au service des revendications des femmes. Elle est, en soi, une icône du combat féminin. Tendresse sort un nouveau speech : Lagertha.



- Bâtir une carrière en rap au Maroc pour une femme n’est pas chose facile, comment avez-vous réussi à vous imposer dans le milieu ?
- Rien n’est facile pour une femme quand le milieu est machiste, mais cela ne veut pas dire que la femme est moins forte que l’homme. Certaines femmes n’ont pas laissé qu’un répertoire, mais une empreinte, je me suis dit : pourquoi pas moi ? Le seul souci qui me hantait était comment parvenir à me faire respecter. Il faut avoir du cran, je me faisais passer pour un petit garçon manqué pour que les gens se focalisent sur ce que je dis et écris et non sur mon corps. C’était ma carapace, mais au fond j’étais gentille. Je voulais être la fille intouchable. Après, ce qui est triste, c’est que, pour beaucoup d’artistes féminines, ce sont des hommes qui écrivent pour elle. Or, je trouve que ça ne reflète pas leur vécu. Par contre, quand je vois toutes ces filles qui font du rap et qui tracent le terrain pour les futures générations, ça me fait plaisir.  

- Racontez-nous votre parcours, votre évolution, vos moments de faiblesse et de gloire aussi. Livrez-vous !
- La première fois que j’ai commencé, j’écrivais de la poésie en arabe. Étant adoptée, on était plusieurs frères et sœurs, je m’enfermais dans les toilettes pour écrire. Mon contact était plus avec la feuille sur laquelle je grattais, où je décrivais ma peine, ma douleur. J’ai 7 frères. Je ne disais pas que j’allais au studio et je ne pouvais même pas mettre du vernis à ongles, alors je prétextais que j’allais au hammam.

Je prenais le bus 38, j’enregistrais au studio. Avant de rentrer, je prenais vite une douche au hammam, je mettais du fard à joue, pour avoir l’air rougeâtre pour qu’on ne remarque rien.

Un jour, j’avais fait ma première interview et ça a été publiée le jour même. On était en train de déjeuner, mon père a su pour l’interview. Mes frères m’ont tabassée, mon père allait me mettre à la porte. Mais ce n’était pas le moment de faiblir, pour moi. C’était soit le rap, soit mourir. C’était ma seule échappatoire. C’est dans ces moments-là que j’ai su que c’est ce que je voulais vraiment, quitte à marcher à contre-courant.

Mes moments de faiblesse, c’est quand j’ai perdu ma mère, quand mon père a eu le cancer, quand j’ai quitté le nid parental parce que j’ai choisi ma vocation. C’est là où j’étais faible. Mes moments de gloire, c’est quand je suis sur scène et que je vois que ce que j’écris touche les gens. Quand je vois un fan mimer mes paroles, ça fait chaud au cœur, et c’est ce qui représente un moment de gloire pour moi.

- Lagertha porte quel message ? 
Largertha est une reine danoise qui a du cran, puissante et forte, c’est la guerrière au bouclier. C’est une femme qui a pu fonder toute une armée de femmes, toutes des femmes vêtues comme les hommes. Lagertha était une femme qui a su se confronter aux hommes, d’où l’idée de me lancer dans le domaine du rap et inspirer d’autres filles. 

- Que diriez-vous aux filles qui veulent se lancer comme vous mais qui ont toujours cette crainte d’être mises à l’index ?
- Je leur dirai : « Lancez-vous ». C’est toute une culture, faite des recherches, il ne faut pas laisser tomber les études, il ne faut pas s’attendre à s’enrichir avec ça, faites-le par amour. Soyez vraies avec votre feuille. Ne laissez pas quelqu’un d’autre écrire pour vous. J’espère qu’un jour j’aurai mon propre label pour pouvoir produire, j’espère pouvoir faire des masterclass.

Il y a un début à tout, il faut juste avoir du courage, et se respecter soi-même avant de se faire respecter.

Recueillis par
Kenza AZIOUZI

Portrait : Honneur aux dames

Un flow décalé, une plume au ton subtil, bourrée de réalisme et d’ironie, baignée dans une culture urbaine marocaine. Telles sont les armes de la rappeuse Tendresse, de son vrai nom Hanane Lafif.

Native de Casablanca, cette rebelle de 33 ans aux airs freestyle a fait ses premiers pas en sillonnant les rues casablancaises, se confrontant à des rappeurs, tous des hommes. « Je me rendais dans un club où il y avait des battles de rap, il n’y avait que des mecs. Un jour, je suis partie voir le DJ Idriss, et j’ai demandé à avoir le micro. Il m’a dit : le rap c’est fait pour les mecs. C’était soit tu te faisais huer par le public ou applaudie. J’ai gagné, et depuis, j’ai toujours gagné ». C’est ainsi que Tendresse se fait entendre en tant que femme en premier lieu puis rappeuse en second. Elle décide par la suite de créer un groupe avec ses potes du quartier : B Click (Bourgogne Click). C’est avec cette formation que la jeune casablancaise sort son premier maxi.

En 2006, elle rejoint le groupe X-Side avec qui elle signe un deuxième mini album intitulé « Come Back ». C’est avec ce groupe qu’elle va faire sa toute première scène et que le public connaîtra le nom de TENDRESSE. Commencent alors les featuring et les participations à de nombreuses mixtapes, mais surtout une participation qui marquera un tournant dans sa carrière “Freestyle Maroc”, une mixtape produite par le très classique des DJ en France DJ Cut Killer avec le titre «Underdog», mixé et distribué en France. Objectif atteint, TENDRESSE a su gagner le respect des plus grands. Aujourd’hui, elle tient une collaboration 100/% féminine, avec la réalisatrice Azza Lakrati et une compositrice, Aya Beats, l’idée est de faire un projet de A à Z fait par des femmes. 

K. A. 

Repères

Khtek
Originaire de Khémisset, Houda Aka, alias ‘’Khtek’’ (qui renvoie à ta sœur en Darija) est à peine âgée de 24 ans, et est déjà considérée comme un nouveau visage féminin de la scène rap marocaine. Elle rappe depuis 2016 mais s’est faite vraiment connaître l’année dernière à l’occasion du « Ok Wait Challenge ». Après ça, elle a collaboré sur le titre « HorsSérie » avec El GrandeToto qui en est à ses 16 millions de vues. Elle enchaîne depuis des collaborations et des titres en solo, comme ce dernier clip paru il y a quelques heures : « Ftila ».
Diam’s ouvre une agence de voyages
Après avoir fait ses adieux au rap, sorti deux autobiographies ou encore lancé sa marque de papeterie, l’ancienne interprète de «La Boulette» lance une agence de voyages spécialisée dans le pèlerinage à La Mecque. « Depuis deux ans, je passe énormément de temps à Médine, cette ville si chère au cœur des croyants. Depuis mon premier voyage dans les lieux saints, je nourris un rêve : celui d’ouvrir ma propre agence de voyages et d’offrir à mes frères et sœurs la possibilité de venir faire le pèlerinage jusqu’à La Mecque dans les meilleures conditions, en toute confiance et en toute sérénité », avait déclaré Diam’s sur les réseaux sociaux, en février.







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