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Actu Maroc

Télétravail, le calvaire du labeur à distance


Rédigé par JAFRI Saâd le Mardi 24 Mars 2020

Depuis l’annonce du confinement obligatoire, plusieurs entreprises ont opté pour le télétravail, néanmoins plusieurs défis sont au RDV



Télétravail, le calvaire du labeur à distance
Face à l’escalade de la menace du coronavirus, le gouvernement et les autorités sanitaires continuent de souligner l’importance de la distanciation sociale en encouragent les employeurs à permettre aux employés de travailler à domicile autant que faire se peut. Alors que les employeurs envisagent le télétravail - certains pour la première fois de leur histoire - plusieurs défis se présentent au niveau managérial, techniques, mais surtout juridique.

En effet, de plus en plus d’ordinateurs portables s’allument aujourd’hui à la table de la cuisine et de plus en plus de personnes mènent leurs conférences professionnelles depuis leur salon. Le travail à distance, déjà courant dans de nombreuses entreprises du Royaume, a aidé les employeurs à conserver un certain sens de la routine durant cette période de crise.

Néanmoins, certains responsables se retrouvent d’ores et déjà devant les effets néfastes du télétravail. Les horaires de travail non respectés, la productivité en baisse, l’injoignabilité des collaborateurs et la liste n’est pas exhaustive. «Le plus grand problème que nous rencontrons, depuis le lancement du télétravail, c’est l’heure du début du travail» nous informe un responsable d’une boite de communication à Casablanca.

Pareillement, certains centres d’appels commencent à sentir les maux, du travail à distance. Collés les uns aux autres dans des plateaux, comme dans une boîte de sardines, les salariés des centres d’appels sont très exposés à la contamination. Ainsi, l’Association marocaine de la relation client (AMRC) a insisté dans un communiqué, diffusé jeudi dernier, sur la nécessité d’instaurer le travail à distance. Les call centers ont répondu présent, toutefois, les premiers jours de cette expérience s’annoncent difficile. «Il y a un grand engagement des collaborateurs, chose que je félicite, mais malgré la disponibilité des outils de monitoring, la coordination est difficile vu la distance» indique un Responsable des Opérations d’une grande boite à Casablanca.

Problèmes techniques

La vitesse et la capacité d’Internet sont également en train de devenir des problèmes alors que des milliers d’employés sont invités à travailler à domicile. En ces temps de crise, les employeurs et les employés acquièrent une expérience de première main sur les limites de l’infrastructure technologique actuelle.

Ces problèmes incluent la vitesse de connexion internet, vu que presque tout le monde est connecté en même temps. «Nous avons des lenteurs au niveau des appels par VOIP avec nos clients en France, nous rencontrons même des coupures de temps à autre» confie un téléconseiller chez Atos, leader international de la transformation digitale.

«Les résidences et les quartiers desservis par des câbles à faible bande passante et des connexions à fil de cuivre seront parmi les premiers touchés par les lenteurs », nous informe Oussama Abdellah Benhlida, expert IT. Il ajoute que les familles qui partagent un seul signal Wi-Fi, se connectant toutes en même temps pour travailler ou allumant des téléviseurs et des tablettes pour rester connectés et divertis, devraient également s’attendre à des retards. Ceci dit, les grands réseaux de câbles à fibres optiques qui sont actuellement en place dans le pays continueront de fonctionner normalement. Bonne nouvelle pour les aisées.

Vide juridique

Le côté juridique constitue également un problème. Il n’existe pour l’instant aucun cadre légal qui définisse la situation de télétravail actuelle des employés. Pourtant ce dernier court plusieurs risques, tels que l’accident du travail ou encore la surcharge de travail. « Bien que pour le moment il n’existe pas de cadre légal pour le télétravail, les employés sont protégés par la loi 18-12 relative aux accidents de travail » indique Baradi Abdellatif, chef de Division de la promotion des relations professionnelles. Actuellement, le Code du travail marocain, dans son article 8, reconnait les salariés travaillant à domicile, mais il ne comprend pas le concept du télétravail. C’est parmi les innovations qu’il faut introduire dans le Code, ajoute-t-il.

En attendant la réactivité du gouvernement vis-à-vis les points cités ci-dessus, les employeurs - s’ils ne l’ont pas déjà fait - devraient établir une charte précisant les normes et les modalités de travail (protocoles de confidentialité et de sécurité des données, flux de productivités, etc.), pour dépasser cette crise sanitaire avec le minimum de dégâts.

 
JAFRI Saâd