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Actu Maroc

Soufiane El Khalidy : Une star à la conquête de l’Ouest américain


Rédigé par Salima Hafid le Dimanche 11 Octobre 2020

D’Agadir à Hollywood, l’acteur Soufiane El Khalidy partage avec nous sa nouvelle expérience de documentaire qui raconte l’histoire et le rôle des « cascadeurs marocains dans le cinéma hollywoodien ».



- Vous avez joué à Hollywood, le paradis de tous les acteurs, comment avez-vous vécu cette expérience ?

- Bizarrement, je n’avais pas ce sentiment de fierté ou d’accomplissement sur le coup. Je voulais juste faire le métier que j’aime, celui d’acteur, de réalisateur ou de scénariste. Cependant, le show-business nous oblige à nous montrer et à nous faire notre propre promotion. C’est un exercice à part entière car il nous incite parfois à affronter certains démons de l’extérieur. Le seul moment où j’ai vraiment versé des larmes, c’est quand j’ai été nominé pour la première fois au festival indépendant de Miami, alors que ça ne faisait que six mois que j’étais aux Etats Unis, j’avais reçu l’email de ma nomination en plein cours d’Entertainment Law (droit du spectacle) à Full Sail University.

 - Le confinement a été une dure expérience pour les artistes, le lockdown était-il éprouvant ?

- Au départ, j’étais traumatisé car j’ai dû suspendre le tournage d’un film d’action allemand, qui, en plus, était mon premier tournage au Maroc. Je ne parlais pas allemand mais la réalisatrice avait tellement aimé mon audition qu’elle a créé un rôle spécialement pour moi, après que le scénariste ait réécrit le script. Mes parents étaient contents et fiers de leur fils aîné. J’ai dû faire face à la réalité de cette pandémie. La production m’avait rassuré que le film reprendrait en 2021, j’ai recommencé à écrire des scénarii dont deux séries, un long métrage et deux documentaires. J’en ai surtout profité pour rencontrer des professionnels du cinéma marocain car je n’en connaissais pas beaucoup. D’un autre côté, je suis en ce moment en négociation avec une grande maison d’édition française pour la publication de mon premier livre ” Riffs of a Moroccan Rebel ” qui retrace toute ma vie, d’Agadir jusqu’à Los Angeles à travers des poèmes à ma manière d’une comédie musicale.

 - Vous travaillez sur un documentaire qui aborde l’histoire et le rôle des « cascadeurs marocains dans le cinéma hollywoodien ». D’où avezvous eu l’idée ?

- J’ai eu cette idée quand j’étais à Los Angeles, je suis entré dans le milieu grâce aux cascadeurs que je rencontrais à la salle de gym à deux minutes de chez moi à Koreatown. Je les voyais chaque jour s’entraîner, me parler de leurs journées sur les plateaux. Un d’entre eux m’a proposé du travail et c’est comme ça que j’ai enchaîné les films et les séries. Ce film, « The Moroccan Stuntmen », est en cours de développement, j’espère passer à la prochaine étape rapidement avec mon coréalisateur, Mehdi Souissi, et les grands producteurs Karim Debbagh et Michael Dreher. Ce long métrage est un hommage à ce corps de métier, car j’estime que ce sont les héros cachés de cette Industrie. Ces femmes et ces hommes prennent des risques énormes chaque jour pour émouvoir et faire rêver les millions de spectateurs à travers le monde. D’autre part, je suis également acteur et j’aime accomplir mes propres cascades. Je m’entraîne assez dur pour ça. Je trouve que c’est important pour un acteur de se préparer physiquement pour chaque rôle afin d’être crédible à l’écran. Le public est intelligent, le spectateur sait quand il y a trop d’effets spéciaux. D’ailleurs, en 2017, je me suis brisé les côtes et un bras dans un film indépendant américain intitulé « Gulag Magadan ». Certes, je ne suis qu’au début de ma carrière, mais mes modèles, et les acteurs dont je me suis inspiré le plus dans le style de jeu ou dans la présence sont Steve McQueen,Tom Cruise, Paul Newman, Brad Pitt, Robert Redford, Al Pacino, Javier Bardem, Johnny Depp et Daniel Craig.

- Vous avez un parcours très riche, passant de la médecine au Marketing, pourquoi ce basculement ?

- Mes parents avaient peur que je fasse du cinéma, car ils redoutaient que je gâche ma carrière professionnelle. À 18 ans, j’ai dû faire des études en médecine comme ils le souhaitaient. J’étais d’ailleurs plutôt sérieux et bon élève à « Victor Segalen Bordeaux 2 ». Cependant, j’ai vite senti un vide en moi, et que je n’étais pas à ma place. J’ai cherché une université qui offrait à la fois un cursus classique et une formation cinématographique. Ensuite, je me suis converti au Marketing pour faire plaisir à ma mère qui voulait que je fasse l’université Al Akhawayn. J’avais donc choisi la branche business, spécialité Marketing, communication et médias. Je n’avais pas hésité quand j’ai vu qu’ils offraient des cours en production publicitaire avec mon mentor Nicolas Hamelin, mais aussi en cinéma et même un cours en « American studies » où on étudiait des films sur l’idéologie américaine du temps de John Wayne, des 7 mercenaires jusqu’à aujourd’hui. D’ailleurs, c’était le sujet de mon « capstone ». Ma détermination était grande quand j’ai visité New York en 2011 avec mon professeur d’Al Akhawayn, Eric Ross, avec 12 autres étudiantes pour préparer ma thèse sur Andy Warhol. Je ne parle même pas du jour où j’ai reçu la bourse d’excellence cinématographique pour aller étudier à Full Sail University. C’était un des plus beaux moments de ma vie d’étudiant.

 - Que conseillez-vous aux jeunes marocains qui veulent faire du cinéma ?

- Je leur conseille d’accepter le fait que c’est avant tout une industrie. Si vous n’avez pas ce sens du business, vous n’avez aucune chance de tourner. Pour faire ce métier, Il faut être très patient, passionné et surtout avoir de vraies valeurs humaines car c’est un métier très épuisant mentalement et physiquement. Il permet de rencontrer des artistes et des businessmen honnêtes. Or, on ne manque pas de croiser sur notre chemin des gens malhonnêtes qui veulent juste séduire les projecteurs. Il faut apprendre à vous entourer de professionnels de confiance, à travailler beaucoup et à accepter cette phrase souvent glaçante : « Non, on a pris quelqu’un d’autre ».

- Le cinéma au Maroc peine à trouver le chemin de l’épanouissement, quels sont, à votre avis, les raisons de ce malaise artistique ?

- En réalité, je n’ai pas envie que vous croyiez que je suis le genre qui critique tout. J’aime mon pays, et j’aspire à ce que plus de professionnels soient curieux de me connaître, et qu’ils aient envie de travailler avec moi. Ceci dit, la crise du cinéma marocain vient du fait qu’il n’y ait pas une réelle volonté de créer une industrie nationale. En plus, c’est trop compliqué d’accéder au domaine au Maroc. Donc pour donner l’envie aux adeptes du cinéma et pour qu’il y ait une vraie industrie, il faut assouplir les démarches administratives pour nous les jeunes car nous avons prouvé notre savoir-faire à l’étranger. Le problème qui persiste au Royaume, c’est qu’on n’accueille pas toujours les nouvelles idées, et les différentes manières de réfléchir venant des leaders de cette industrie comme les EtatsUnis, l’Angleterre, la Corée du Sud. Eux aussi ont commencé petit comme nous, mais ils ont travaillé à rattraper leurs faiblesses. Il y a des jeunes femmes et hommes comme moi qui ont eu cette expérience d’Hollywood ou d’Europe, et qui savent écrire, jouer, filmer. Ils ont envie de créer des productions à la fois financièrement rentables et artistiquement respectables, mais on ne les soutient pas assez. On préfère financer la même vieille garde pour imiter maladroitement les grands Ken Loach ou Pasollini, au lieu de penser à l’innovation. Je peux vous assurer qu’avec 6 ou 8 millions de dhs, on peut faire de bons films de Science-Fiction, d’horreur, ou d’action exportables partout dans le monde. Ceci si jamais on nous laisse écrire et qu’on nous donne le feu vert. Le cinéma d’auteur, ou plutôt social, ne peut pas s’épanouir s’il n’y a pas un cinéma dit de spectacle. Il faut un équilibre, l’argent est le nerf de la guerre. De plus, au lieu de prendre de vrais acteurs, on caste des blogueurs qui ne savent ni jouer ou donner vie aux personnages. Aucune technique, aucune présence devant la caméra. Ils ne font que copier maladroitement ce qui se fait au Moyen Orient. Aux Etats Unis, les acteurs deviennent des influenceurs au fur et à mesure que leurs carrières avancent et non l’inverse. De plus, les autorités et les entreprises nationales de divertissement auraient pu s’allier, durant cette pandémie, pour créer un service de streaming à la Netflix.
 
Propos recueillis par Salima Hafid 

 

Portrait : Soufiane El Khalidy, « un Marocain à Los Angeles »

Soufiane El Khalidy est né à Agadir le 22 juillet 1987. En 2020, il est devenu cinéaste et comédien international. Il tourne le nouvel opus de la franchise allemande «Zielfahnder 3», jouant le rôle d’un charismatique commandant des forces spéciales marocaines.

Il a également joué auparavant l’ange Redwan dans le nouveau film de science-fiction «Riley Parra : Better Angels», produit par Tello Films et basé sur l’émission de télévision ‘’Primetime Emmy’’. Soufiane El Khalidy a travaillé avec Aaron Weldon, célèbre artiste hollywoodien, pour la publicité «Heroic Girl», pour la campagne nationale américaine «Al Anon» contre l’alcoolisme, où il a campé le rôle principal d’un père alcoolique.

De plus, Soufiane a joué le rôle d’un artiste Hip Hop inspirant dans le long-métrage de Brian Hooks «Project Hollywood» avec Kobe Randolph et les légendes Rap, Jay Z et Kanye West. D’autre part, Soufiane El Khalidy est également connu pour son physique dans les films d’action. Dans le long métrage «Shockwave : Countdown to Disaster», il incarne le personnage d’un jeune activiste et d’un officier du SWAT dans le film de science-fiction hollywoodien «Stray» avec Karen Fukuhara (Suicide Squad), Takayo Fischer (Pirates des Caraïbes, Moneyball ) et Christine Woods (Bonjour mesdames). En 2018, il est répertorié par le magazine MoodMag comme l’un des 5 meilleurs talents cinématographiques originaires d’Afrique, aux côtés de stars internationales, comme Gad El Maleh ou Saïd Taghmaoui. Après avoir été lauréat d’un Grammy Award, Redone, Soufiane a été classé 4ème artiste marocain le plus populaire au monde, selon le magazine russe de cinéma, Kinopoisk. 


  


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