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Séisme d’Al-Haouz : La filière du Safran compte ses pertes et profits [INTÉGRAL]


Rédigé par Omar ASSIF Samedi 25 Novembre 2023

En dépit de l’augmentation de ses superficies et de ses volumes de production, la filière nationale du safran souffre actuellement de la concurrence déloyale et des impacts d’aléas naturels.



Alors que vous lisez ces lignes, quelque part dans les champs et terrasses parsemés de précieuses fleurs mauves, les ouvrières et travailleurs marocains de l’or rouge extirpent délicatement les derniers pistils de safran de cette année. Depuis la mi-octobre, la cueillette bat son plein entre Taliouine et Taznakht, au cœur d’un territoire connu pour sa production safranière traditionnelle. Une culture ancestrale réputée pour sa qualité et son apport socio-économique considérable, qui, pourtant, n’a pas manqué de souffrir ces derniers mois d’aléas naturels préjudiciables. « Le séisme a causé plusieurs dégâts à notre filière puisque nous avons eu un nombre important d’effondrements au niveau des terrasses aménagées pour les cultures. Les locaux de plusieurs coopératives et unités de valorisation ont également été partiellement détruits suite au tremblement de terre », confie Omar Ibnossalem, directeur de la Fédération Interprofessionnelle Marocaine du Safran (FIMASAFRAN).
 
Aléas naturels 

Les acteurs locaux du safran ont signalé ces dégâts aux Directions régionales de l’Agriculture qui ont dépêché leurs équipes afin de répertorier les producteurs concernés pour programmer l’appui à la rénovation et à la reconstruction. « Le séisme a engendré l’apparition de nouvelles sources d’eau, mais a également précipité le tarissement soudain de plusieurs autres puits et points d’eau. Sachant que l’appoint d’irrigation pour le safran devient nécessaire à partir de la mi-septembre, les producteurs concernés par ce phénomène se sont retrouvés du jour au lendemain sans ressources hydriques et le temps leur a manqué pour envisager des solutions d’urgence ou le creusement de nouveau puits », poursuit notre interlocuteur. Une situation qui est d’autant plus fâcheuse que la période de floraison a coïncidé avec des températures beaucoup plus élevées que d’habitude. « Durant cette période, les températures qui permettent d’avoir une production optimale tournaient autour des 4 ou 5°. Or, cette année, nous avons eu des journées à 25 ou 28° », explique le directeur de la FIMASAFRAN.
 
Pas de festival 2023
 
Organisé habituellement en fin novembre et jouant un rôle important pour la promotion et la mise en valeur des coopératives et des acteurs locaux de la filière nationale du safran, le Festival International du Safran de Taliouine n’organisera pas une édition 2023. « Cela s’explique principalement par le fait que les budgets et les subventions des partenaires du Festival ont été déjà alloués au Fonds spécial pour la gestion des effets du tremblement de terre qui a touché le Royaume », précise la même source qui reste cependant confiante par rapport à la production du safran de cette année. « Les dégâts et préjudices occasionnés à la filière à cause des conditions exceptionnelles que nous avons connues cette année n’auront pas d’impact majeur sur la quantité et la qualité de la production 2023. Il y aura certainement une baisse par rapport au volume produit l’année dernière, mais nous estimons que ce recul ne dépassera pas les 5 ou 6% », rassure-t-il.

Filière à renforcer
 
Cette résilience s’explique essentiellement par l’engagement des acteurs de la filière du safran qui redoublent d’efforts pour continuer à développer leur chaîne de valeur. Grâce notamment à l’appui du ministère de l’Agriculture, la superficie des cultures de safran au Maroc a été multipliée par trois (entre 2008 et 2019) pour atteindre près de 1.865 hectares. De même, la production a également été multipliée par 4.3 sur la même période, atteignant ainsi près de 6.5 tonnes en 2019 et plus de 7 tonnes en 2021. Idem pour le volume de safran marocain exporté à l’étranger qui a atteint 1.2 tonne en 2019 contre 164 kilos dix ans auparavant. Au vu de l’importance patrimoniale et socio-économique de cette filière, les professionnels du safran espèrent cependant que leur production pourra bénéficier d’un meilleur soutien en matière de commercialisation, mais également de mesures de protection vis-à-vis de la concurrence (parfois déloyale) de produits importés de l’étranger (voir interview).

3 questions à Omar Ibnossalem

Directeur de la Fédération Interprofessionnelle Marocaine du Safran (FIMASAFRAN), Omar Ibnossalem répond à nos questions sur la filière nationale de « l’or rouge ».
Directeur de la Fédération Interprofessionnelle Marocaine du Safran (FIMASAFRAN), Omar Ibnossalem répond à nos questions sur la filière nationale de « l’or rouge ».
- Le safran marocain se distingue-t-il en termes de qualité comparativement avec les autres produits au niveau international ?

- Il existe plusieurs gammes de safran au niveau international, y compris en Iran où se fait le plus gros de la production mondiale. Certaines sont bien évidemment de haute qualité. Cela dit, une des spécificités majeures du safran marocain est le fait qu’il soit bio, et donc que sa production se fasse sans utilisation des produits chimiques (pesticides, insecticides, fertilisants), ce qui n’est pas le cas du safran iranien. La deuxième différence est le mode de production qui est le plus souvent mécanisé pour le safran iranien, contre un produit local marocain qui est entièrement fait à la main.

- Le marché du safran connaît-il encore des phénomènes de fraude ou de contrefaçon ?

- Si vous vous référez aux pratiques où des vendeurs mélangeaient des filaments de maïs teints avec du safran pur issu des producteurs marocains, on peut dire que ce genre de phénomène a plutôt été d’actualité dans les années 2010 à 2012, mais ce n’est plus le cas. Actuellement, les fraudeurs introduisent de l’étranger du safran qui a déjà été distillé pour la production d’huile puis le mélanger avec quelques centaines de grammes de safran local pour ensuite vendre le tout comme « Safran de Taliouine ». Le comble étant que ces produits sont déclarés au moment de l’importation comme des colorants alimentaires pour se retrouver ensuite à concurrencer le safran marocain. Nous avons évidemment attiré l’attention des autorités concernées afin de protéger le safran local ainsi que les consommateurs en améliorant l’encadrement et le contrôle du safran importé, notamment depuis les Emirats Arabes Unis avec lesquels nous avons un accord de libre-échange.

- Les efforts de labellisation et de certification ne permettent-ils pas déjà de garantir l’authenticité du safran local ?

- Il y a eu effectivement des efforts dans ce sens depuis plusieurs années. Cependant, le nombre de coopératives dont les produits sont certifiés chaque année a malheureusement baissé pour passer d’une soixantaine il y a quelques années à une dizaine actuellement. C’est-à-dire que seulement quelques centaines de kilogrammes de safran produit localement sont certifiés alors que les tonnes restantes ne le sont malheureusement pas. Afin d’appuyer la production locale du safran, il est nécessaire d’élargir l’accès à cette certification comme il est urgent de fournir un appui à la commercialisation aux producteurs afin qu’ils puissent éviter les spéculateurs et les tiers qui n’hésitent pas à frauder. Le consommateur marocain devrait également être sensibilisé et aiguillé vers les lieux où il peut trouver et acheter le véritable safran marocain.

Filière : Une culture ancestrale portée par une production familiale

La culture du safran au Maroc est basée sur un mode de production familiale par des petits paysans. Elle est dispersée sur une dizaine de communes territoriales composées d’une centaine de douars chacune et fait vivre plus de 5000 familles. Cette filière permet par ailleurs de générer plus de 258.000 jours de travail chaque année. Selon le site de la FIMASAFRAN, « le safran constitue l’élément central d’un système de production pour d’autres cultures maraîchères, fruitières et de l’élevage. En altitude, les plantations sont faites sur des parcelles aménagées en petites terrasses très étroites, sur des versants accidentés à des altitudes allant de 1500 à plus de 2300 m. Alors qu’en basse altitude (1200 à 1400 m), les parcelles sont plus étendues avec des superficies allant de 500 à 20.000 m2 par parcelle ». La production marocaine de safran (estimée à 7 tonnes en 2021) représente environ 3% de la production mondiale (250 t), largement dominée par la production de l’Iran (estimée à 230 tonnes /an, en moyenne, soit plus de 90% de la production mondiale).
Infographie
Infographie

Propriétés : Epice gastronomique et remède universel

Le safran pur est produit à partir des pistils (composés de trois filaments) de la fleur Crocus sativus qui ne vit que 24 à 36 heures. Originaire de Grèce, le safran s’est répandu dans différents pays et s’est intégré aux traditions populaires locales. Principalement utilisé dans la cuisine et la gastronomie, le safran n’en est pas moins réputé, depuis des siècles, pour ses vertus médicinales. Certaines études actuelles le présentent même comme un remède universel, en mettant en avant sa capacité de jouer un rôle d’agent anticancéreux ou encore en soulignant ses effets anticonvulsivant, antidépresseur et anti-inflammatoire… Connu pour être « la plus chère des épices », le prix élevé du safran s’explique essentiellement par le mode délicat de la cueillette (le plus souvent à la main) qui doit par ailleurs se faire durant une fenêtre temporelle très courte. Le prix s’explique également par la quantité importante de fleurs qui sont nécessaires pour la production. Il est ainsi question de 150 fleurs pour produire un seul gramme, donc plus de 150.000 fleurs pour la production d’un kilogramme de safran. Le Maroc est considéré comme le troisième producteur mondial de safran (7 tonnes par an) avec une production concentrée à 57% dans le Souss-Massa et à 43% dans le Draâ-Tafilalt. Contrairement aux autres fleurs dont les bulbes sont plantés au printemps pour fleurir en été, la fleur Cricussativus est considérée comme « à végétation inversée », puisqu’elle est plantée en été pour fleurir durant l’automne.



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