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Actu Maroc

« Restrictions de la circulation : un coup de massue pour les animaux domestiques »

Entretien avec Bouazzati Ouasfi


Rédigé par Safaa KSAANI le Jeudi 20 Août 2020

Un certificat vétérinaire pour opérer un animal n’est pas considéré comme un motif valable pour autoriser un déplacement. Une aberration, selon le vétérinaire Bouazzati Ouasfi.



Bouazzati Ouasfi, président du Conseil Régional de l’Ordre National des Vétérinaires, région Nord-Ouest.
Bouazzati Ouasfi, président du Conseil Régional de l’Ordre National des Vétérinaires, région Nord-Ouest.
- D’après vous, pourquoi un certificat vétérinaire pour opérer un animal n’est pas considéré comme un motif valable pour autoriser le déplacement du propriétaire ?
- Malheureusement, le certificat vétérinaire n’est pas suffisant puisqu’il faut une attestation délivrée par les autorités locales. Dernièrement, j’ai reçu dans mon cabinet un chien qui était dans un état critique, pour l’opérer au niveau d’un os. Après l’opération, il avait besoin d’un suivi et d’un contrôle tous les deux jours. Nous avons donné à son propriétaire, un septuagénaire de Tétouan, une attestation qu’il devait présenter aux autorités locales de sa ville et qui contenait tous les rendez-vous, en vue d’obtenir l’autorisation de déplacement exceptionnel. Le représentant des autorités vient d’accepter de la lui offrir, après qu’il l’a refusée sous prétexte qu’il s’agit d’un chien.

- Un deuxième confinement est dur à vivre par les être humains. Qu’en est-il des animaux domestiques ?
- Le confinement et la bonne santé des animaux domestiques ne font pas bon ménage. Beaucoup de chiens par exemple vivent dans l’anxiété en cette période parce qu’ils ont été contaminés par leurs propriétaires qui, confinement oblige, ont minimisé leurs mouvements. Si les mouvements des propriétaires de ces animaux sont limités par les autorités locales, ceux des animaux domestiques le seront également ?

- En tant que vétérinaire, quels changements avez-vous observé au niveau du comportement des animaux domestiques confinés ? 
- J’ai remarqué beaucoup de cas de psychodermatoses, des syndromes qui reflètent l’état d’anxiété chez l’animal en période de confinement. L’animal commence à lécher ses pattes tout le temps. Les propriétaires pensent qu’ils sont atteints d’eczéma. C’est plutôt un signe de début d’anxiété. Avec le temps, le cas s’aggrave en automutilation. Le chien commence alors à se mordre la queue et envoie des signes de douleur à son cerveau. Il n’y a pas de comportement agressif puisque les propriétaires gardent et entretiennent leurs chiens même à la maison. Par ailleurs, au royaume, on ignore le statut psychologique des Marocains puisqu’il n’y a aucune étude psychologique sur le lien qu’ils entretiennent avec leurs animaux.

- Que recommandez-vous pour éviter les effets secondaires du confinement sur ces animaux ?
- Nous recommandons aux propriétaires de créer des circuits de jeux et beaucoup d’activités physiques pour leurs animaux. A aucun moment, la promenade des animaux n’a été interdite par la loi sur l’état d’urgence sanitaire. Les autorités doivent opérer sur la base des textes de loi qui les concernent. D’ailleurs, il est souhaitable que le ministre de l’Intérieur adresse une lettre aux walis et aux gouverneurs pour prendre en considération les certificats vétérinaires dans la délivrance des autorisations de déplacement.

Recueillis par Safaa KSAANI 

Portrait

Son rêve est de voir le « concept one health » se concrétiser au Maroc 
 
Né le 1er janvier 1983 à El Hoceïma, Bouazzati Ouasfi est lauréat de l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II. Il a ensuite poursuivi une formation de trois ans à Toulouse. « J’ai toujours voulu être vétérinaire et me voilà au service de cette noble profession », nous confie-t-il fièrement. Depuis 2011, il s’est installé à Tanger, où il a ouvert sa clinique vétérinaire baptisée « Le golf », dédiée aux soins des animaux de compagnie. Quand il a décidé de s’installer au Maroc, il se demandait toujours si la société marocaine était prête pour ce nouveau challenge qui impliquait un investissement aussi important. « Mais, au fil des années, et avec beaucoup de persévérance et de militantisme quotidien, on commence à voir s’améliorer le comportement sociétal vis-à-vis du monde animal. Une nouvelle mentalité de protection d’animaux s’installe petit à petit », nous affirme-t-il.

Ce professionnel représente la profession au sein de l’Ordre National des Vétérinaires, où il préside le Conseil Régional du Nord-Ouest. « Certes, au sein de l’Ordre National des Vétérinaires, on est délégataire de certaines tâches de l’Etat. On impose la discipline au sein de la profession et on protège l’éthique du métier ».

Son rêve est de voir le « concept one health » se concrétiser, à travers la création du haut Conseil national de santé publique regroupant tous les opérateurs scientifiques de l’environnement, de la médecine et de la médecine vétérinaire.

S. K.

Repères

La psychodermatose chez les animaux domestiques
L’origine d’une psychodermatose chez les carnivores domestiques est-elle uniquement psychique ? Peut-on considérer qu’une blessure dont la cicatrisation est empêchée par un léchage provoqué par une situation anxiogène, est une psychodermatose ? Des scientifiques pensent que l’étiologie d’une psychodermatose est exclusivement mentale. Par contre, d’autres soutiennent que l’origine de cette pathologie est multifactorielle mais qu’ensuite elle est entretenue par le léchage qui, lui, est une sorte de tic.
La France championne d’Europe des abandons d’animaux
La France détient le record d’Europe des abandons d’animaux de compagnie. 100.000 chaque année, selon des médias français. Des abandons qui culminent pendant les vacances scolaires, pendant l’été particulièrement. Les abandons sont depuis janvier 2019 en hausse de 28%, selon la Société Protectrice des Animaux (SPA). Beaucoup de refuges arrivent à saturation, entre les abandons d’animaux à la veille de partir en vacances, et les portées d’animaux non stérilisées abandonnées faute de capacités d’accueil. Ce triste constat est, comme l’expliquent certains propriétaires de refuges, la conséquence de l’inconscience des propriétaires mais aussi parfois d’une totale inhumanité.