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Recherche & Développement : le Maroc joue la carte des réseaux intelligents


Rédigé par Saad Jafri le Mardi 19 Janvier 2021

La construction du centre de recherche dédié aux thématiques des réseaux intelligents a enfin été lancée… Un projet qui compte remédier aux carences dont souffre le Maroc en matière de recherche et développement.



Nul besoin d’argumenter que le Maroc accuse un sérieux retard en matière de recherche et de développement (R&D). Plus que jamais, l’expérience du Covid-19 a montré l’impératif de consolider ce champ en vue de promouvoir de nouveaux moteurs de croissance.

C’est dans cette perspective que le Royaume a décidé de s’investir dans le domaine des réseaux intelligents, notamment à travers l’ouverture d’un centre de recherche dédié à la thématique. Ce projet, dont le coup d’envoi a été donné, vendredi dernier, marque également le lancement de la troisième et dernière phase de la plateforme de recherche internationale «GREEN & SMART BUILDING PARK».

Selon un communiqué conjoint des partenaires de ce projet, cette troisième phase est engagée avec le soutien du ministère de tutelle, de l’Institut de Recherche en Energie Solaire et Energies Renouvelables (IRESEN) et de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) à Benguérir, ainsi que l’appui technique et financier de l’Agence coréenne de coopération internationale (KOICA) à hauteur de 8 millions de dollars.

Cette plateforme des réseaux intelligents est en parfaite adéquation avec la dynamique que connaît le développement des énergies renouvelables à l’échelle internationale et à l’échelle nationale, nous indique Badr Ikken, Directeur Général d’IRESEN. Et d’ajouter qu’elle permettra au Maroc de développer le savoirfaire des jeunes innovateurs marocains impliqués dans la recherche. (Voir 3 questions à…).

Car oui, en matière d’accompagnement des chercheurs, le Maroc est loin des standards internationaux. Primo, du fait que le secteur privé contribue chichement à la R&D, les budgets alloués à la recherche sont à 70% publics. De plus, le gouvernement investit mois de 1% du PIB pour la recherche. «La mise en place de ce centre montre qu’il y a une volonté d’encourager les environnements favorables à l’innovation, à la recherche et à l’entrepreneuriat (…), l’espoir est donc de mise», précise notre interlocuteur.

Des solutions adéquates aux besoins du Maroc

Ce centre hautement technologique est unique au niveau continental, grâce au couplage de la simulation des réseaux au sein des laboratoires avec les réseaux électriques du village solaire. Il comprend trois laboratoires principaux : un laboratoire de modélisation, de simulation et d’optimisation des systèmes électriques, un autre d’automatisation de contrôle de qualité du réseau électrique, et un laboratoire de micro-réseau, de gestion de flux et d’analyse du réseau doté d’un émulateur électrique ainsi que d’un simulateur permettant de modéliser le réseau électrique d’une grande ville de la taille de Casablanca… Bref, l’infrastructure s’annonce prometteuse.

Outre la consolidation de l’innovation au Maroc, cette initiative vise aussi et surtout à développer des solutions technologiques adaptées au contexte national et continental, afin d’accompagner la stratégie de l’efficacité énergétique et de couvrir toutes les problématiques liées à la ville intelligente et durable de demain. Selon IRESEN, cela contribuera à positionner le Maroc comme hub continental de la recherche et de l’innovation dans ces domaines. Cela dit, M. Ikken est convaincu que les réseaux intelligents se présentent aujourd’hui comme une solution efficace pour faire face aux nouveaux enjeux qu’impliquent la modernisation et l’intégration massive de sources d’énergies renouvelables dans le réseau électrique.

Ces réseaux électriques intelligents s’appuient sur la performance des technologies de l’information et de la communication pour optimiser la production, la distribution et la consommation d’électricité, du fait que les réseaux intelligents permettent de s’adapter aux besoins des consommateurs.

Une économie d’énergie et une industrie des énergies renouvelables doivent être accompagnées d’une grande dynamique en matière de recherche et de développement. Ce centre de recherche, lancé à Benguerir, est une initiative louable qu’il faut dupliquer à plusieurs régions du Royaume, de sorte à tirer profit des nombreux talents cachés dans notre pays.

Saâd JAFRI

3 questions à Badr Ikken, Directeur Général d’IRESEN

« Vers un écosystème favorable à la recherche et à l’innovation »

Nous avons contacté Badr Ikken, Directeur Général d’IRESEN, pour expliquer le rôle que pourrait jouer le nouveau centre de recherche dédié aux thématiques des réseaux intelligents, dans la promotion de la R&D.

- Comment évaluez-vous l’état de la R&D au Maroc ?

- Nous avons des ressources humaines très qualifiées et un très bon vivier qui ne cherche qu’à développer ses compétences et ses activités. Hélas, il y a deux volets qui manquent au Maroc. Premièrement, il y a le volet financier qui est très limité comparé à d’autres pays. Dans ce sillage, les pouvoirs publics doivent mettre en place des mécanismes pour encourager les jeunes, notamment à travers des crédits impôt recherche. Deuxièmement, la chaîne de valeur de la recherche et de l’innovation accuse de certaines lacunes. Cette chaîne est composée de plusieurs maillons qui sont tous importants pour passer de l’innovation à l’étape de la commercialisation. Or, au Maroc, il y a toujours eu des maillons manquants, surtout au niveau du passage de la conception théorique au produit à potentiel de valorisation industrielle et commerciale.

Ainsi, aujourd’hui, nous essayons de remédier à cette problématique à travers la création d’un écosystème favorable à la recherche. Ce centre, dédié aux thématiques des réseaux intelligents, est un exemple. 

- Quels sont les enjeux de la recherche dans le domaine des réseaux intelligents ?

- Les réseaux intelligents sont des réseaux d’électricité qui, grâce à des technologies de communication et de l’information, ajustent les flux d’électricité entre fournisseurs et consommateurs. Par ailleurs, ils augmentent aussi l’efficacité énergétique globale, à travers la réduction des pics de consommation. Outre la diminution de l’impact environnemental de la production d’électricité en réduisant les pertes et en intégrant mieux les énergies renouvelables, les réseaux intelligents permettent aux consommateurs de devenir également producteurs. Cela dit, cette meilleure gestion de l’énergie permet de répondre à des enjeux, comme l’intermittence des énergies renouvelables.

- Qualifié d’unique au niveau continental, quelle est la particularité de ce nouveau centre à Benguerir ?
- Ce qui le rend unique, c’est que les laboratoires qu’il comporte sont connectés au village solaire. Il se trouve au niveau d’une plateforme dédiée à la ville durable de demain. Ceci permet non seulement de simuler et de développer de nouveaux modèles, mais aussi de les valider et de les optimiser pour pouvoir les implémenter et développer des solutions.

Ainsi, il s’agit de développer des solutions adaptées à nos besoins, les améliorer, les optimiser et donc on pourra aller plus facilement vers la valorisation de ces solutions et éventuellement les commercialiser.

  


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