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Tribune libre

Réaction suite aux propos du Saoudien Fahid El Shamri, sur les femmes marocaines


Rédigé par Latifa Aït-Baala le Samedi 2 Mai 2020

J’ai été effarée d’entendre les propos tenus dans une vidéo par le Saoudien Fahid Al Shamri. Celui qui se défini comme journaliste s’improvise expert de l’histoire du Maroc.



Latifa Aït-Baala, députée bruxelloise Vice-présidente des Femmes MR
Latifa Aït-Baala, députée bruxelloise Vice-présidente des Femmes MR
Je ne sais si ce monsieur a déjà eu l’occasion de se rendre au Maroc ou de rencontrer des Marocains mais même le plus grand des incultes s’informe un tant soit peu, surtout à l’heure du digital. Il n’a dès lors aucune excuse. Ses propos sont non seulement inacceptables mais condamnables à plus d’un titre et méritent à tout le moins des poursuites judiciaires. Propos abjects et tout aussi répugnants que l’auteur.

Laisser couler les propos de cet énergumène, ne pas y prêter attention aurait été une option mais il n’est pas question de lui laisser le champ libre lorsque la haine qu’il diffuse alimente le lit de la misogynie et du wahabbisme, qui minent notre humanité au nom d’une supériorité supposée.

C’est sans vergogne, que El Shamri critique le tourisme au Maroc et l’immigration marocaine. Il affirme notamment que l’immigration marocaine serait composée de 46% de femmes qui auraient fait le lit de la richesse du Maroc grâce à la prostitution. Quelle mouche a donc piqué ce monsieur pour s’en prendre ainsi aux femmes marocaines ?

Oserai-je lui rappeler qu’il contrevient de manière éhontée à la déontologie journalistique et que ses propos sexistes, diffamatoires et injurieux constituent des délits.

Oserai-je lui rappeler que le corps des femmes leur appartient et qu’elles n’ont à subir ni ses frustrations ni celles de prédateurs et adeptes du tourisme sexuel qui se rendent coupables d’abus et de délits sexuels.

Oserai-je lui rappeler la schizophrénie et l’hypocrisie à critiquer la prostitution mais à en être les premiers consommateurs, voire les prostituteurs.

Oserai-je lui rappeler que l’Arabie Saoudite ne doit sa richesse qu’à sa manne pétrolière, en voie d’extinction par ailleurs (30 ans au plus) et au business du pèlerinage annuel d’un peu plus de 9 millions de pèlerins qui rapporte plus de 50 milliards de dollars.

Oserai-je lui rappeler que le Maroc peut s’enorgueillir d’un tourisme pour sa situation géographique, son climat et ses ressources naturelles ; ses villes impériales, son histoire, son art, ses cultures, ses traditions et son sens de l’hospitalité ; sa gastronomie et ses produits des terroirs ; ses paysages riches et variés ; son désert et ses plages ; etc.

Oserai-je lui rappeler le rôle que joue l’Arabie Saoudite dans la propagation du virus du wahhabisme, du fanatisme religieux à l’échelle internationale, dans le financement du terrorisme et les guerres notamment à l’encontre de musulmans (Yemen..).

Le modèle saoudien n’en est pas un, notre humanité s’en passera bien ! Les femmes marocaines ont leur identité, une identité héritée de l’histoire d’un état millénaire, d’une civilisation forgée comme le rappelle le préambule de sa constitution, « par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazigh et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. ». Autant dire que l’ouverture sur le monde fait partie de l’ADN marocain. La marocaine est une citoyenne à part entière. Elle jouit de l’égalité des droits en matières économique et politique. En revanche, les Saoudiennes demeurent sous tutelle et sont juridiquement d’éternelles mineures. C’est évidemment, ce modèle que souhaite imposer ce monsieur.

Les femmes marocaines ont été et sont de tous les combats sociaux, scientifiques, économiques, politiques, sportifs, culturels et cultuels. Aucun domaine ne leur échappe. Que l’on songe aux combats féministes de Aicha Ech Chenna, Fatima Mernissi et Asmae Lamrabet ou Asmae Boujda à la NASA ; Nawal El Moutawakel, médaille d’or du premier 400m haies féminin de l’histoire des Jeux olympiques ; Bouchra Baibanou, alpiniste ; Touria Chaoui, première femme pilote du monde arabe ou encore Ilham Kadri, Présidente du comité exécutif Solvay, géant belge de la chimie ! Et toutes ces mères qui se battent pour donner la meilleure éducation à leurs enfants, malgré les difficultés. Ce sont grâce à elles aussi, que pas moins de 3000 médecins d’origine marocaine professent en Belgique et la liste est longue.

L’émancipation des femmes est aussi une préoccupation d’une monarchie marocaine qui en a donné le ton avec l’attribution de rôles nationaux (femmes gouverneurs) et de représentation à l’international des membres de la famille royale, plusieurs femmes nommées Ambassadrices de Sa Majesté telles que la Princesse Lalla Aicha, en Grande Bretagne en 1965, en Grèce et en Italie, ou Lalla Joumala Alaoui, Ambassadrice aux Etats-Unis aujourd’hui.

A l’international, le leadership des femmes binationales marocaines n’est plus à démontrer dans toute une série de domaines. Elles président, au plus haut niveau, aux destinées de nombre d’institutions internationales, comme Audrey Azoulay, Directrice générale de l’Unesco ; ou nationales telle que Rachida Dati, ancienne Garde des Sceaux et Députée européenne, actuelle Maire du 7 ème arrondissement de Paris ; Khadija Arib, Présidente de la Chambre basse du Parlement des Pays-Bas ainsi que nombre de ministres, députées, maires, magistrats, etc..dans plusieurs pays. En Belgique, on compte une ancienne ministre et une dizaine de députées d’origine marocaine par exemple.

A l’occasion de la Journée Internationale du travail, je voudrais rendre hommage à toutes ces femmes qui travaillent, qui contribuent à la croissance des richesses à travers le monde, y compris à celles qui se consacrent à l’éducation de leurs enfants dans des conditions parfois difficiles, un investissement nécessaire pour préparer les compétences de demain.

Comme toutes les diasporas, les Marocaines et les Marocains participent à la croissance économique du pays d’origine comme des pays de résidence. Les études en ce sens abondent (Banque mondiale, OIT, OIM..). Elles sont ces maillons nécessaires entre les continents.

En cette période particulière de lutte contre le Covid19, où l’économie mondiale est quasiment à l’arrêt, les femmes sont plus que jamais en première ligne notamment dans les professions de la santé. Plus que jamais, le confinement après quelques semaines montre combien les femmes sont les premières impactées. Plus que jamais, on se rend compte combien le travail est le levier de l’autonomie et de la liberté de tout un chacun-e. Les Marocaines l’ont bien compris.

Je terminerai ces quelques lignes en m’adressant à Fahid El Shamri ou plutôt Fahid #Shame, pour lui dire deux mots en darija, #Bezef_3lik !

Latifa Aït-Baala


  



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