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Rapport sur le NMD : deux points forts, deux points faibles, un Référendum populaire


Rédigé par Najib MIKOU le Mardi 6 Juillet 2021



Najib Mikou, Consultant en Prospective et Etudes Stratégiques.
Najib Mikou, Consultant en Prospective et Etudes Stratégiques.
17 mois après la nomination par Sa Majesté Le Roi de la Commission Spéciale du Nouveau Modèle de Développement, le Président de cette dernière a finalement présenté au Souverain le rapport le plus attendu, le plus espéré, le plus appréhendé par les marocains, eu égard aux grands enjeux qu'il comporte. 
 
Après un passage clair et sobre devant Le Monarque, ce 25 mai 2021, le rapport des 35 emprunte désormais la voie pénible mais nécessaire vers 35 millions de Marocains qui ne manqueront pas de le passer au crible, avant de décider de se l'approprier et d'en faire leur chemin commun vers le rêve collectif qui incarne toutes leurs espérances légitimes.
 
Il faut dire que la dynamique ne s'est pas du tout faite attendre, en ce sens qu'après à peine quelques heures de la solennelle cérémonie de ce 25, les premières réactions ont commencé à se succéder, allant de la satisfaction aux critiques les plus acerbes. 
 
Celle qui suit ici se veut être une contribution à ce "bouillon de réflexions" mémorable, crucial, salutaire qui est en cours dans notre pays. Elle est la quintessence de l'analyse du rapport, que je qualifie d'ores et déjà, sur le fond, de fastidieux, de sérieux, de dense, d'innovant et de digne de grand intérêt. Je vais même jusqu'à dire, humblement, que j'y retrouve beaucoup de mes propositions dans l'essentiel de ses préconisations. Et sur la forme, le style, la méthode et la structure, le rapport est au modèle de ceux du FMI et de la Banque Mondiale avec, néanmoins, la particularité distinctive d'avoir été fait par une équipe restreinte de marocains, sur et pour leur propre pays. 
 
Ceci dit, ma présente analyse sera structurée en deux points forts, deux points faibles et deux propositions complémentaires.
 
1 - un point fort : des jugements de valeur sur la CSNMD, totalement démentis
 
Au lendemain de sa nomination par Sa Majesté Le Roi, l'essentiel des critiques assenées à l'encontre de l'équipe des 35 a porté sur trois maux qui allaient inéluctablement nuire à la qualité de leur livrable. 
 
> Ils ne seront qu'une caisse de résonance qui va accoucher d'un travail déjà écrit par des cercles du pouvoir,
 
> Ils sont un groupe de technocrates purs et durs, qui vont occulter la dimension politique, pourtant incontournable dans un NMD,
 
> Ils sont tous d'obédience d'une gauche trop laïque pour pouvoir décliner les tendances culturelles lourdes de la nation. 
 
Avant même la perspective de le voir devenir le chemin et le temps du peuple marocain pour les 15 prochaines années et bien au-delà, le rapport de la CSNMD a déjà relevé trois défis majeurs :
 
a - il a surmonté l'obstacle populaire en réussissant à être la caisse de résonance sans le moindre ménagement, ni sur la forme ni sur le fond, plutôt de millions de citoyennes et de citoyens pour le moins désemparés, sans visibilité, sans espoir et donc très critiques. 
 
La CSNMD y a rapporté leur désarroi déchirant, très inquiétant. Bien au-delà des dizaines de pages de ses rapports, il a transparu jusque dans la vidéo projetée à Sa Majesté Le Roi, à l'occasion de la présentation de son livrable. 
 
Leur cri s'est effectivement invité en son et en images, devant la plus Haute Autorité du pays, et à travers Elle, devant tout le peuple marocain. Non pas seulement pour en faire écho par obligation d'objectivité, mais également par devoir de loyauté envers des franges importantes de la société, qu'il a tenu à rassurer que leur cri, leur malaise, leur message ont été fidèlement transmis à qui de droit.
 
Bien plus, le rapport n'a omis aucun point noir des frustrations collectives et des égoïsmes individuels, dont il a étalé les critiques sans la moindre retenue : l'Administration, la Justice, les Services Publics avec l'Enseignement et la Santé en peloton de tête des plus défaillants, la corruption, les rentes, les privilèges, les abus, le manque de civisme, l'injustice économique et sociale, la grande panne de l'ascenseur social, etc. 
 
b - il a surmonté l'obstacle politique en ayant consacré la part nécessaire à l'axe politique, depuis un recensement exhaustif de ses points critiques liés notamment à l'exercice démocratique, aux partis politiques, aux élus, aux majorités gouvernementales, à la gouvernance politique, etc.,  jusqu'aux réformes et recadrages qui s'imposent pour accéder à une démocratie représentative et participative pleine et entière et qualitative, aux libertés individuelles et publiques, à un rôle majeur des partis politiques et de la société civile, à une séparation claire des pouvoirs, à des majorités gouvernementales homogènes, à une Primature appelée à assumer des pouvoirs encore plus denses et à devoir les exercer dans leur intégralité, conformément à la Constitution. 
 
Les gouvernements successifs de 2011 à aujourd’hui en ont eu pour leur compte. Des critiques fermes et directes à leur manque d'homogénéité, aux opportunités ratées, à l'hésitation et au retard dans les prises de décisions et les mises en œuvre, à des scores de croissance économique encore plus faibles que ceux des années 90, où le pays frôlait la crise cardiaque etc. 
 
Par souci d'efficacité et d'obligation de résultats, le NMD recommande que plus jamais de gouvernement hétéroclite, plus jamais de Chef de gouvernement par défaut, tellement la tâche sera désormais encore plus rude. Outre les exigences minimales de patriotisme, de probité et de sens aigu d'homme d'Etat, le Chef du gouvernement doit être un grand manager très compétent, très expérimenté et d'une capacité sans faille de discernement, de communication, d'écoute, de proximité, de réactivité, de sagesse et d'humilité. 
 
c - il a enfin surmonté l'obstacle socioculturel en ayant pris des positions sans équivoque sur la place de la religion, sur les valeurs communes, sur la place de la femme, sur la diversité culturelle, sur le fait d'être marocain, d'être citoyen, d'être patriote, et sur toutes les courroies de transmission de ces dimensions dans le comportement individuel et collectif. 
 
L'islam Malikite, les valeurs partagées qui doivent encadrer la citoyenneté, la vie en société, le rôle de la famille, le rôle de la femme, les expressions d'appartenance à une nation, la diversité culturelle etc., reprennent toute leur place naturelle, non pas seulement dans les espaces collectifs, les rapports sociaux et les discours, mais également dans l'Enseignement et le noyau familial, qui constituent les deux principales machines à véhiculer et à transmettre ces repères, ces référentiels et ces choix socioculturels, et surtout à les pérenniser. 
 
En outre, des réformes profondes sont préconisées pour l'Enseignement, la Santé, la Protection sociale etc., dans l'objectif d'avoir des citoyennes et des citoyens épanouis, cultivés, patriotes, libres, autonomes, sécurisés, protégés et fiers de leur marocanité.
 
2 - un point fort : un Modèle de Développement clé en main qui s'assume libéral 
 
La CSNMD considère, à juste titre, que le Maroc renferme tous les atouts qui le prédestinent à un bien meilleur destin économique et social. Pour forcer ce destin, un seul et unique scénario est préconisé : un chemin libéral et social qu'elle accompagne d'un manuel et d'un calendrier de mise en œuvre.
 
Il est visé :   
 
> un État fort, stratège, accompagnateur, facilitateur, incitateur, régulateur, investisseur, impulseur. 
 
> des opérateurs économiques entreprenants, audacieux, innovants, opportunistes, ambitieux et ouverts sur les marchés internationaux.
 
> des stratégies pour des secteurs économiques identifiés, des Task Force pour en suivre et évaluer la mise en œuvre, un organe de veille à l'harmonie d'ensemble au niveau de la Primature, et des arguments pour le ''Consommer Marocain''. 
 
> un secteur bancaire sain, performant, ouvert à la concurrence et assumant la dose nécessaire du risque. Et une bourse revue et dynamisée pour jouer son rôle important dans le financement de l'économie.
 
> des ambitions fortes plus particulièrement, en termes de croissance économique et d'intégration de l'informel.
 
Pour assurer au NMD dans sa globalité, toutes les conditions et chances de succès, la Commission Spéciale propose deux préalables majeurs :
 
         + un Pacte National Pour le Développement,
 
         + un outil de supervision, placé sous l'Autorité Directe de Sa Majesté Le Roi.
 
Voilà l'essentiel du NMD construit par l'équipe des 35, pour une période de quinze ans, de 2021 à 2035. Un travail ardu d'écoute attentive, de production innovante, de reproduction constructive de choix pertinents des opérateurs auditionnés, et une rage patriotique de pousser le Maroc vers le meilleur.
 
Qu'en est-il maintenant des deux points faibles :
 
1 - un point faible : le ratissage réducteur et le piège du carré 
 
À avoir voulu tout dire, tout couvrir, dans des domaines tellement nombreux et complexes, le travail de la CSNMD a pâtit des revers du perfectionnisme. On a eu par conséquent droit à des annonces stratégiques et méthodologiques fortes et originales, mais à une bien moindre qualité au niveau de leur contenu opérationnel, selon les cas. On a eu bizarrement des contenus très développés et d'autres très peu développés ou à peine effleurés.
 
En termes de niveau d'innovation, il y a cette impression forte que la CSNMD a subi le piège du carré, en ce sens que quelques unes de ses réflexions et préconisations, pourtant essentielles, n'arrivaient pas à aller jusqu'au bout, par hésitation à sortir du carré. 
 
Je citerai à titre d'exemple :
 
> Le Monde Rural
 
Incontestablement, maillon faible de la chaîne, il n'a eu finalement que le service minimum. Ni stratégie spécifique "Campagne", ni programmes urgents ''d'infrastructures de la vie et de la dignité'', ni programmes d'extension et d'intensification forestière, générateurs d'emplois massifs, de sécurité écologique et d'un écosystème ''industrie du bois'', ni mode de scolarité spécifique, ni système de santé adapté, ni révolution industrielle génératrice d'emplois massifs, de revenus stables, équitables et durables, de valeur ajoutée locale, d'élimination d'intermédiations négatives nocives, ni discrimination positive au profit des élèves pour faire redémarrer l'ascenseur social, ni programmes d'énergie renouvelable pour l'exploitation agricole et l'usage domestique, etc.
 
La Santé Publique, maillon très faible dans le monde rural, devrait basculer de la logique de l'hôpital citadin, vers le Centre Médical dans le Chef-lieu et vers le Camp Ambulant de Proximité (CAP) dans les zones rurales reculées. Ces deux structures médicales devraient être dotées de corps médicaux et paramédicaux publics non permanents, qui se relaient à la semaine ou au mois, de façon à ce que l'intervention de ces corps non résidents dans le monde rural ne soit pas une sanction mais un acte d'engagement supportable pour eux et pour leurs familles. 
 
De même que ces structures devraient bénéficier des services des médecins du privé, qui devraient y assurer une présence bénévole, d'une journée par médecin et par mois, au titre du Service Rendu à la Nation (SRN). 


Pour ce qui est de l'Enseignement, un modèle de Pôle de la Connaissance, installé dans le Chef-lieu et intégrant scolarité en format intensif de trois jours par semaine, restauration, hébergement et transport, devrait être préconisé.  
 
Tout cela est possible, nécessaire, finançable et d'un très grand impact sur le développement humain, social, économique et écologique, et sur la fixation digne des populations. Le monde rural doit compter 35% de la population nationale, une classe moyenne de 50% et une extension et intensification forestière de 10 millions d'hectares en 2035.
 
> L'Economie Solidaire 
 
Érigée par la CSNMD sur le plan stratégique au rang de moteur du développement économique, il s'est contenté du service minimum au niveau de sa déclinaison opérationnelle. Oui tout doit être fait, tout sera fait pour que les opérateurs dans ce secteur bénéficient d'appui et de confiance, pour jouer un rôle économique et social nodal. Mais où, comment et par qui ?  
 
Les produits de terroir, les produits biologiques, les produits halal, l'industrie du cannabis, l'artisanat, les produits destinés à l'industrie de transformation végétale, le tourisme rural, l'agro-tourisme et j'en passe, sont autant de produits et d'activités où nous comptons des atouts considérables en volumes et en savoir-faire, pour lesquels un modèle économique purement marocain a été inventé, et dont les ambitions et promesses sont considérables en termes de création de valeur ajoutée locale, d'emplois massifs, de développement social, de développement des exportations, de fixation digne des populations etc. 
 
L'Economie Solidaire doit permettre d'ici à 2035 une contribution de 12% au PIB à travers une véritable révolution industrielle dans le monde rural, le triplement du PIB par individu rural, la création de 80.000 nouvelles coopératives, la création de plusieurs centaines de Centres de Collecte et de Valorisation où les coopératives sont des actionnaires majoritaires, de plusieurs centaines de Centres de Collecte et d'Approvisionnement des industries de transformation sous forme de bourses rurales détenues par les producteurs eux-mêmes, de dizaines de Sociétés de Mutualisation et de Commercialisation des produits valorisés du monde rural, dont les Centres de Collecte et de Valorisation et les coopératives sont actionnaires.
 
> Le stress hydrique 
 
Alors que la CSNMD lui a donné l'importance qui doit être la sienne et a proposé des dispositions novatrices, allant jusqu'au nombre d'heures de pompage d'eau par puits et par jour, elle a manqué d'innovation au niveau de la récupération des eaux de pluies qui sont perdues systématiquement tous les ans en milliards de m3. 
 
Le Nord du pays reçoit tous les ans, même pendant des périodes de sécheresse, des pluies diluviennes que ni les barrages actuels ni ceux en projet dans cette région, ne peuvent contenir et drainer. C'est le cas également, même si c'est dans des proportions moindres, au Gharb qui connaît des inondations régulières, faute de système de canalisation des eaux des pluies.
 
Il est inadmissible, inconcevable qu'un pays qui souffre de stress hydrique d'une ampleur de plus en plus inquiétante, se permette de perdre une goutte d'eau. Notre pays a besoin d'autoroutes hydriques qui acheminent les pluies abondantes du Nord et du Gharb principalement vers le Saïss, le Tensift et le Souss, qui sont des greniers capables de contribuer d'une manière décisive à notre sécurité alimentaire, alors qu'ils sont aujourd'hui menacés ou à sec. 
 
C'est justement un grand chantier national pour les quinze prochaines années, tout comme le chantier de la forestation et celui de l'énergie renouvelable pour l'industrie, l'agriculture et à domicile. 
 
> Les Energies renouvelables
 
Les propositions novatrices de la CSNMD dans ce domaine, ont manqué l'ambition ultime qui s'inscrit d'ailleurs dans la logique du chemin honorable parcouru sous l'impulsion Royale. Notre pays doit oser les "Villes écologiques", les ''industries écologiques'' les "Campagnes écologiques", les "Domiciles écologiques" et "l'agriculture écologique". Nous avons les atouts climatiques et nous avons accumulé le savoir-faire nécessaire pour y parvenir. 
 
Nous devons ambitionner qu'en 2035, nos grandes et moyennes villes seront écologiques, que nos entreprises industrielles seront écologiques, que nos grandes et moyennes exploitations agricoles et avicoles seront écologiques, que nos puits seront à l'énergie renouvelable. Nous devons subventionner l'équipement à l'hydrogène vert, au solaire et au photovoltaïque.
 
> La massification de la demande et de l'offre des TPME
 
La CSNMD est très bien placée pour savoir que la taille de nos très petites, petites et moyennes entreprises actuelles et potentielles est un facteur discriminant en termes de coût de revient, de compétitivité et d'accès aux moyennes et grosses commandes sur le marché local et à l'international. Se maintenir dans l'état actuel c'est s'installer dans l'économie de la survivance à grande échelle. D'où l'obligation pour l'équipe des 35 d'avoir dû injecter la dose décisive d'innovation dans ce compartiment essentiel dans la transformation économique projetée.
 
il a été proposé à plusieurs occasions médiatiques, le soutien à la création de Sociétés privées de Mutualisation et de Commercialisation (SMC) avec un tour de table constitué des TPME qui en font partie, pour permettre une mutualisation des approvisionnements et des ventes, dont l’impact sur le financement, la compétitivité et l’essor commercial des entreprises sera considérable. C’est également une des fenêtres idoines d’intégration de l’informel. Ces sociétés pourraient très vite atteindre la taille critique pour être cotées en Bourse. Le modèle des Sogo Shocha japonaises est très édifiant. 
 
> L'élargissement de la classe moyenne 
 
Si la CSNMD a attesté de toute l'importance économique, sociale et politique de la classe moyenne, elle a là aussi manqué d'aller jusqu'au bout du nécessaire pour que nous ayons la très large classe moyenne à laquelle nous aspirons.
Pour y parvenir dans un horizon de 10 à 15 ans, deux mesures majeures à caractère fiscal et social sont nécessaires et déjà identifiées. Afin de fluidifier l’accès de la classe moyenne au dispositif fiscal et social proposé en sa faveur, il est proposé que lui soit octroyée une ‘’Carte Verte’’ digitalisée, délivrée par les services du “Registre Social”, pour un usage auprès des administrations et au niveau des points d’achat ou de prestations de son choix. Ce devrait d'ailleurs être le même procédé qu'il faudrait appliquer aux populations vulnérables, qui devraient disposer de ''Carte Bleue'' pour l'accès à des avantages différents.
 
La construction d’une véritable classe moyenne très élargie représentant 75% de la population en 2035, et tirée constamment vers le haut, a certes un prix que notre pays se doit absolument de payer. Mais le retour sur investissement multidimensionnel n’en sera qu’au-delà de toutes les espérances les plus optimistes.
 
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