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Ramadan : La hausse pèse sur le panier de la ménagère


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Mardi 22 Mars 2022

Confrontés à la hausse des prix des produits alimentaires qui agite les marchés nationaux, les citoyens redoutent le prolongement d’un tel scénario pendant le Ramadan. Le gouvernement tâche tant bien que mal de lutter contre la spéculation pour préserver le pouvoir d’achat à la veille du mois sacré. Détails.



Opération de contrôle des prix et de la qualité des produits alimentaires.
Opération de contrôle des prix et de la qualité des produits alimentaires.
Le coût de la vie quotidienne ne pèse jamais aussi lourdement sur le citoyen que pendant le Ramadan. À l’approche du mois sacré, qui coïncide avec début avril, les gens redoutent l’exacerbation de la tendance inflationniste qui, dans ce cas, pourrait pousser les prix des produits alimentaires, très convoités durant ce mois, à des niveaux excessifs.

Force est de constater qu’en plus des prix des carburants qui ont atteint des niveaux sans précédent, ceux des légumes ont flambé également. Les prix des tomates varient de 10 à 12,5 dirhams, selon les marchés. Idem pour les autres types de légumes indispensables dans l’assiette des Marocains.

A scruter les données officielles des prix de vente au détail, on ne peut que s’inquiéter : les oignons ont atteint 8 dirhams le kilo, les carottes 7 dh/kg, les haricots 13 dh/kg, etc. Des prix qui dépassent de loin ce à quoi les citoyens ont été habitués. Cette flambée a touché également la volaille, dont le prix du kilogramme a culminé à plus de 20 dirhams. De quoi préoccuper les citoyens et les associations de consommateurs qui ont fait part de leur crainte de la tendance actuelle.

Dans une déclaration à « L’Opinion », le président de la Fédération Nationale des Associations du Consommateur (FNAC), Ouadie Madih, a appelé les fournisseurs à réduire leur pourcentage de bénéfices et venir en aide aux consommateurs.

Approvisionnement : le gouvernement se prépare et rassure

Dans ce contexte de forte inflation due à la conjugaison des effets de la sécheresse et ceux de la flambée des prix sur les marchés internationaux, le gouvernement prend cette situation au sérieux. L’Exécutif mise sur la sécurisation de l’approvisionnement du stock national, notamment celui des tomates, devenues emblématiques de la cherté de la vie dans l’imaginaire populaire. Les autorités en ont suspendu l’exportation de façon provisoire de sorte à rabattre les prix et les ramener à un niveau inférieur. L’Exécutif s’est attaqué également au fléau des intermédiaires, dont le foisonnement fait envoler les prix.

Le Porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, n’a pas manqué de réagir en estimant qu’il est inadmissible que les prix varient d’une région à une autre au gré des penchants spéculateurs. Sans intermédiaires, le prix de la tomate ne doit pas dépasser 8 dirhams en prenant en compte les marges bénéficiaires et les prix de transport.

Spéculation : l’Intérieur se mobilise

Il va sans dire que la spéculation bat son plein à la veille du mois sacré. Une pratique à laquelle se livrent les grossistes, les distributeurs et les commerçants de proximité. Raison pour laquelle le ministère de l’Intérieur a pris les précautions nécessaires pour renforcer la vigilance et durcir le contrôle. L’objectif est de s’assurer que les quantités des denrées alimentaires et des produits de base sont assez abondantes pour satisfaire la demande pendant le Ramadan. Une demande, rappelons-le, qui augmente de façon étonnamment fulgurante.

Ceci a fait l’objet de plusieurs réunions du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, avec les représentants des autorités dans les différentes régions du Royaume. Selon des sources proches du dossier, le ministère compte agir plus fermement que les années précédentes contre les pratiques de spéculation vu le contexte actuel.

L’inflation préoccupe autant au plus haut sommet de l’Exécutif. Aziz Akhannouch a réuni, il y a quelques jours, l’ensemble des départements ministériels concernés (Finances, Agriculture, Industrie et Commerce) afin de faire le point sur la situation. Durcissement du contrôle des prix et renforcement de l’approvisionnement sont les principaux mots d’ordre.

A cet égard, les opérations de contrôle ont d’ores et déjà commencé, dont 65.000 ont été effectuées depuis le début du mois de janvier, selon le ministère de l’Industrie et du Commerce. Ces opérations ont abouti à 5000 contraventions. Le gouvernement n’est pas le seul à être impliqué dans cette mission de contrôle, le Conseil de la Concurrence est en cours d’observation des marchés afin de déceler les éventuelles ententes sur les prix. (Voir Repères…).
 


Anass MACHLOUKH

Repères

Blé tendre : le gouvernement compense davantage
Afin de prévenir toute hausse du prix du pain, le gouvernement a subventionné davantage la farine nationale du blé tendre, dont le coût du quintal est passé de 260 à 340 dirhams à cause des vicissitudes du marché international, exacerbées par les conséquences de la guerre en Ukraine. Pour préserver l’équilibre, le gouvernement a opté pour l’annulation des droits de douane sur le blé importé, ce qui a coûté au Trésor 550 millions de dirhams de recettes douanières.
 
Prix du transport : pas de hausse
Suite à la flambée des prix des carburants, les professionnels du transport de marchandises n’ont pas caché leur volonté d’augmenter leurs tarifs, ce qui ne manquera pas d’exacerber la spirale inflationniste. Prenant acte de cette situation, le gouvernement a accordé une subvention aux professionnels du secteur afin qu’ils ne soient pas pénalisés par la hausse des prix de l’essence et du diesel. L’essence, rappelons-le, a atteint 14 dirhams le litre, un niveau sans précédent.

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Prix des fruits et légumes


La Cour des Comptes critique les défaillances des marchés de gros
 
Dans son dernier rapport, la Cour des Comptes a dressé un constat très critique vis-à-vis des marchés des fruits et légumes, qui sont désormais sous les projecteurs de tous les observateurs au moment où l’inflation bat son plein. Le rapport a décelé plusieurs dysfonctionnements au niveau de la chaîne de distribution, dont l’absence des marchés de gros dans certaines régions, la multitude des marchés non réglementés, et l’anarchie des souks hebdomadaires.

A cela s’ajoute le contraste entre les prix annoncés et les prix pratiqués dans les marchés de gros. Autant de facteurs qui compliquent la détermination des prix selon un schéma clair et formel. La Cour présidée par Zineb El Adaoui a également critiqué le manque de contrôle des quantités échangées dans ces marchés.

Pour mieux réguler les marchés de légumes et des fruits, le rapport a énuméré une série de recommandations, dont l’instauration d’un système de contrôle plus efficace et la transformation de la gestion des marchés sur le modèle des entreprises privées.
 

Hausse des prix


Le Conseil de la Concurrence assujettit les marchés à la surveillance
 
En tant qu’instance régulatrice chargée de veiller au respect de la libre concurrence, le Conseil d’Ahmed Rahhou est déterminé à jouer pleinement son rôle. Mais uniquement son rôle, comme nous l’a précisé le président du Conseil dans une interview exclusive, prenant acte de la flambée des prix des matières premières dans les marchés internationaux.

Rappelons à cet égard que le prix du baril de pétrole a atteint 130 dollars fin février, avant de passer à 112 dollars actuellement. Idem pour le gaz et le blé qui ont grimpé à des niveaux très élevés à cause de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, deux grands exportateurs de cette matière vitale.

A cela s’ajoute le prix du transport des marchandises. Autant de facteurs qui expliquent la hausse des prix chez nous au Maroc. Prenant acte de cette situation, le Conseil veille à ce que les hausses des prix dans le marché national soient dues seulement à l’inflation observée à l’international en dehors de toute entente ou concertation entre les distributeurs. Le Conseil veille également à ce qu’il n’y ait pas de spéculation ni de concertation entre les opérateurs qui ne font qu’exacerber la flambée de prix.

« Nous continuons de faire ce travail de balayage concernant les grands produits qui touchent le consommateur », avait indiqué Ahmed Rahhou, ajoutant que le Conseil est en cours de création d’un service d’observation des prix et de la concentration.
 

Trois questions à Mehdi Fakir


« Il faut un contexte d’extrême nécessité pour penser à une Loi des Finances rectificative »
 
Mehdi Fakir, économiste, expert-comptable et analyste économique, a répondu à nos questions sur l’inflation actuelle et les options d’intervention du gouvernement.

- Les prix des produits de première nécessité ont augmenté de façon exponentielle dans les marchés, s’agit-il uniquement de l’effet de la sécheresse et de l’inflation à l’international ?

- Pour expliquer cette inflation, il faut prendre en compte la conjoncture économique dans sa complexité. Une conjoncture, je rappelle, marquée par la sécheresse et la flambée du prix de l’énergie sur le marché international. Sans oublier la guerre en Ukraine et ses conséquences sur les prix des céréales. Plus loin, on parle également de l’écosystème économique marocain, des intermédiaires qui ne cessent d’augmenter les prix…La hausse des prix est due à tout un écosystème.


- Comme les prix du gaz, du pétrole et du blé ont explosé, et vu que les dépenses de compensation ont augmenté, faut-il une Loi des Finances rectificative ?


- Non, on n’en est pas encore là. Il faut qu’il y ait un contexte extrême pour parler d’une Loi des Finances rectificative. D’ailleurs, le gouvernement a annoncé 15 milliards de dépenses pour soutenir l’économie nationale, donc ce n’est pas nécessaire.


- De quelle manière le gouvernement peut-il intervenir pour stabiliser les prix, bloquer les prix est-il faisable ?


- Dans une économie libérale ouverte, il est impossible de bloquer les prix. Toutefois, le gouvernement pourrait intervenir pour soutenir le pouvoir d’achat à travers la subvention et la compensation puis en faisant le contrôle des prix à travers la régulation de la spéculation, la concentration et le stockage. D’ailleurs, le gouvernement devrait aller de l’avant dans la matière de réforme des structures.

Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait déjà anticipé cette situation et, en 2011 déjà, a parlé de la nécessité d’avoir un stock stratégique. Les instructions Royales sont claires là-dessus et il faut que le gouvernement puisse continuer à gérer ce stock à court terme tout en réfléchissant au long terme.


Recueillis par H. C.
 



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