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Actu Maroc

Qui est Golan Avitan ?


Rédigé par AB le Mercredi 28 Août 2019

Arrestation d’un mafieux israélien à Casablanca

Poursuivi pour triple meurtre à Tel Aviv, arrêté pour falsification de documents à Casablanca, le mafieux israélien Golan Avitan plaide désormais sa nationalité marocaine pour s’éviter toute extradition ou livraison officieuse aux autorités israéliennes.



Qui est Golan Avitan ?
En cette fin d’après-midi du vendredi 23 juillet, la synagogue Névé Shalom située à la rue Taha Houssein, en plein quartier Gauthier à Casablanca, s’apprête à accueillir les fidèles en vue de la traditionnelle prière hebdomadaire du Shabbat.

Très minime en cette période estivale, l’assistance ne se doute guère du coup de théâtre qui va survenir avant même l’arrivée du Rabbin Jacky Sebag. Plusieurs hommes vêtus de costards noirs font en effet irruption dans le lieu de culte et se dirigent d’un pas décidé vers l’un des fidèles: Golan Avitan, citoyen israélien natif du Maroc  en 1967, selon son avocat, qui était entouré de ses trois enfants âgés de 20, 12 et 9 ans, arrivés au Maroc quelques jours à peine auparavant pour y voir leur père en cavale depuis octobre 2018. L'homme, trapu, et teint basané, ne comprend pas ce qui lui arrive.

Après une légère résistance et quelques cris étouffés, il est embarqué menottes aux poignets dans un véhicule 4X4 de couleur sombre qui l’emmène vers une destination inconnue. L’assistance médusée croit au début à un kidnapping, avant de comprendre qu’il s’agit d’une arrestation.

Figure de        proue  de        la         pègre  israélienne    

Deux jours après cet événement, dimanche, la presse nationale et internationale, notamment israélienne, se fait l’écho de l’arrestation à Casablanca de cet homme connu à Tel Aviv comme l’une des figures de proue de la pègre locale. 

Emanant de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST), un communiqué repris par les journaux marocains informe que des éléments de la Brigade Nationale de la Police Judiciaire (BNPJ), ont procédé à son interpellation. Officiellement, les autorités marocaines le soupçonnent d’être impliqué dans une grosse affaire de falsification de documents d’identification qui avait défrayé la chronique durant le mois de mars dernier. Officiellement toujours, ses démêlés judiciaires en Israël ne seraient ressortis qu’après son pointage biométrique qui aurait révélé que le sieur Golan Avitan faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par les autorités israéliennes.

«Cette version officielle n’est certainement pas conforme à la réalité puisque nous disposons d’éléments qui laissent croire que mon client, marocain de naissance et disposant de la nationalité de son pays d’origine où il a passé une bonne partie de son enfance, a été arrêté suite aux pressions et manœuvres souterraines des autorités policières israéliennes», nous a révélé son avocat Israélien Yaniv Segev, joint par l’Opinion (NDLR : voir interview de Hajar Lebabi ci-après).  La police de Tel Aviv l’accuse d’être impliqué dans le meurtre de trois personnes à l’explosif au mois de décembre 2004. Mais contrairement à ce que l’on a pu croire, ici au Maroc, au moment de l’éclatement de cette affaire, Golan Avitan n’est pas un terroriste qui, pour un quelconque idéal idéologique ou religieux, aurait commis cette tuerie dont les victimes sont d’innocents passants. Il ne s’agit pas non plus d’un fanatique illuminé hébreu qui, au nom d’ «Eretz (Grand) Israël», a déversé sa haine sur d’innocents et «indésirables» palestiniens.
 
Triple         assassinat  à        la       bombe        téléguidée 

Dans son entourage, l’homme est décrit comme l’un des ces affranchis durs à cuire évoluant parmi la haute hiérarchie du redoutable groupe mafieux Abardzhiley. Arrêté dans le cadre de la célèbre «affaire 512» impliquant plusieurs règlements de compte sanglants entre clans mafieux, dont notamment une tentative d’assassinat à la bombe téléguidée perpétrée en décembre 2004 à l’encontre de Zeev Rosenstein, un chef de groupe criminel rival, Golan était poursuivi pour le lourd chef d’accusation d’implication directe dans le meurtre de trois personnes, de simples passants décédés suite à l’activation à distance de la bombe. Chef d’accusation que le concerné a bien entendu toujours et fermement nié.

En 2018, suite à un étrange coup de théâtre judiciaire qui avait suscité une grande controverse en Israël, l’accusé Golan Avitan qui avait pourtant refusé tout accord avec le bureau du procureur comme le prévoit la loi pénale de ce pays calquée sur celle des Etats-Unis d’Amérique, est sorti de prison sur décision du juge du tribunal de district Beni Saqa et celle du juge de la Cour Suprême, Zvi Zelbertal. Désormais, il était poursuivi en état de liberté provisoire tout en restant sous l’emprise d’un bracelet électronique visant à contrôler ses déplacements. Golan Avitan a également dû s’acquitter d’une caution record de 12 millions de shekels équivalent à 32.640.000 dirhams marocains rassemblée bien sûr grâce à la contribution de son puissant cercle d’amis. L’homme n’attend pas longtemps pour s’éclipser.

Durant le mois d’octobre de la même année, profitant d’une visite chez son dentiste, il parvient à se débarrasser de son bracelet pour s’évaporer dans la nature, avant que l’on retrouve sa trace au Maroc,  Etat qui en plus d’être son pays natal où il a passé une bonne partie de son enfance offre l’avantage de n’être lié à Israël par aucune sorte d’accords ou de conventions qu’elles soient diplomatiques ou judiciaires. Car en cas de renvoi vers l’Etat Hébreu, l’accusé encourt ni plus ni moins qu’une peine de réclusion à vie.
Selon son avocat Yaniv Segev qui compte se déplacer prochainement au Maroc pour y plaider la nationalité marocaine de son client en vue de s’opposer à toute tentative d’extradition ou de livraison aux autorités israéliennes, Golan Avitan serait blanc comme neige, en Israël comme au Maroc. Ce qui n’est pas l’avis des autorités marocaines qui le soupçonnent d’être impliqué dans le fameux réseau maroco-israélien de falsifications de papiers d’identité marocains démantelé en mars 2019. Entre temps, la presse Israélienne se fait l’écho de cette affaire sur fond d’appel à plus d’implication et de pressions de la part des autorités israéliennes à l’encontre de leurs homologues marocaines pour que le Royaume cesse d’être ce sanctuaire protégé très couru par les pontes de la mafia juive.

       Enquête           réalisée            par       Hajar    LEBABI            avec     Abdallah          LAHFARI