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Actu Maroc

Progressif, partiel, précaire : Les trois « P » de la levée du confinement


Rédigé par Ahmed NAJI le Mardi 19 Mai 2020

Pas de déconfinement avant trois semaines, puisqu’il s’agit de ne pas gâcher tous les efforts consentis jusqu’à présent pour brider la progression de l’épidémie.



Progressif, partiel, précaire : Les trois « P » de la levée du confinement
C’est à partir d’un taux de reproduction (Ro) égal ou inférieur à 0,76 et un taux de morbidité inférieur à 3% des cas confirmés que l’on peut considérer que l’épidémie du Covid-19 est en recul et potentiellement en voie de disparaître. La moyenne nationale est de 0,9 pour le Ro et de 2,8% pour la mortalité.

Ce qui veut dire que même si la stratégie du confinement a permis d’aplatir globalement la courbe des nouveaux cas de contamination, avec des pics épisodiques inquiétants qui douchent les espoirs suscités par les creux, le Maroc n’est pas encore sorti de l’auberge. 

Disparités régionales

Toutefois, cette image est à relativiser à l’échelle régionale. Avec Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab, qui, sauf malheur, peuvent prétendre s’être débarrassées de l’épidémie, ainsi que Souss-Massa et GuelmimOued Noun, qui comptent moins de 100 cas d’infections, la levée progressive du confinement dans ces régions, ainsi que les provinces d’autres régions, devenues tout aussi indemnes, est réalisable sous réserve du maintien de l’interdiction de la circulation inter-villes.

Celles qui enregistrent toujours un Ro supérieur à la moyenne nationale, comme Casablanca-Settat (1,09), Marrakech-Safi (1,07), Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (1,06=) et Fès-Meknès (1,04), ne sont, par contre, pas prêtes pour une levée du confinement. Même Rabat-Salé-Kénitra, légèrement en dessous de la moyenne nationale en termes d’indice de contamination, 0,98, n’est pas en situation favorable.

Bienfaits et contraintes du confinemen

Comme le rappelle la feuille de route de la levée du confinement (version 5 mai 2020) élaborée par la Direction de l’Epidémiologie et de Lutte contre les Maladies (DELM), en faisant baisser les taux d’attaque, de létalité et des cas de réanimation, le confinement a permis d’éviter 300 à 500.000 nouveaux cas auxquels aurait pu être exposé le pays, de 9.000 à 15.000 celui des décès et de 4650 à 7750 les malades admis en soins intensifs.

Partant du fait que l’objectif du confinement est de maîtriser la propagation de l’épidémie et d’éviter la saturation du système de santé, l’on peut dire que la mission a été accomplie. 

Morbidité des TPME

Mais, comme l’a si bien résumé Michael Zaoui, membre de la Commission sur le modèle de développement, banquier d’affaires et ancien dirigeant de Morgan Stanley, « la moitié des petites entreprises ne survivra pas à plus de 2 mois de confinement ».

Maintenir le confinement jusqu’à la disparition de la pandémie ou l’invention d’un vaccin, ce qui devrait quand même prendre quelques mois malgré la concurrence mondiale entre grands laboratoires à ce sujet, n’est pas une option. Le patient mourra tué par son propre système immunitaire. Le Haut Commissariat au Plan (HCP) a façonné différents scénarios de levée du confinement.

Une levée du confinement généralisée, à l’exception des personnes âgées de 65 ans et plus et celles atteintes de maladies chroniques, soit 27,5 millions de personnes déconfinées, équivaudrait à laisser faire la nature, même avec l’adoption de mesures d’autoprotection. 

Scénarios de déconfinement

Voilà ce que prédisent alors les simulations basées sur modèles mathématiques : 8% de la population sera contaminée par le virus SrasCov2 en 100 jours et le système de santé saturé en 62 jours.

Même si l’on ne permet le déconfinement que des actifs occupés de moins de 65 ans et de la frange de population de moins de 15 ans, en tout 16,7 millions de personnes, cela augmentera le nombre de contacts par jour des personnes infectées de 24%. En 100 jours, le compteur affichera plus de 31.600 cas d’infection confirmés. 1266 décès seraient alors à supporter. Le scénario « restreint » du HCP table sur 18.700 cas confirmés en 100 jours et 748 morts. Seules 7,9 millions de personnes seraient, dans cette projection, déconfinées. 

Adapter les comportements

Sachant que les mesures d’autoprotection ne font que réduire les risques d’infection sans les éliminer, beaucoup va dépendre du comportement des citoyens déconfinés et de ceux qui seront obligés de le respecter pendant encore quelques temps. C’est là où l’on prend conscience que ces faux dévots et vrais fous furieux qui incitent les gens à ne pas respecter le confinement ne veulent pas du tout le bien aux Marocains.

Ahmed NAJI