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International

Prix du gaz : La flambée continue en Europe


Rédigé par La rédaction avec AFP. le Jeudi 7 Octobre 2021

Face à une demande accrue à l’approche de l’hiver et une dépression des stocks, le prix du gaz poursuit sa flambée avec des records inédits en Europe.



Prix du gaz : La flambée continue en Europe
Le cours du gaz naturel atteignait de nouveaux records historiques mercredi sur les marchés européens en raison de la forte demande à l’approche de l’hiver, notamment en Asie, mais aussi de l’offre contrainte et des stocks mondiaux déprimés.

Le cours européen de référence, le TTF (Title Transfer Facility) néerlandais, grimpait de 16,36 % à 135,00 euros le mégawattheure (MWh) vers 10 h 10. Le prix du gaz britannique pour livraison le mois prochain bondissait de son côté de 18,15 % à 347,27 pence par thermie (une unité de quantité de chaleur).

Les deux marchés ont temporairement engrangé des gains supérieurs à 25 % et atteint respectivement 162,12 euros et 407,82 pence, un record. « La flambée actuelle des prix de l’énergie en Europe est vraiment unique », ont réagi les analystes de Société générale, « jamais auparavant les prix de l’énergie n’avaient augmenté aussi haut et aussi vite ».

Interrogé par l’Agence France-Presse, l’analyste de Commerzbank Carsten Fritsch voit dans cette accélération très forte des prix un « mouvement de panique et de peur » face à des stocks bas à l’approche de l’hiver dans l’hémisphère nord.

La plupart des observateurs de marché mettent aussi en avant la demande asiatique, notamment chinoise. Les contraintes environnementales limitant l’exploitation du charbon ont en effet entraîné de graves pénuries d’énergies, mettant certaines usines au ralenti, et un report soudain de la demande sur le gaz au pire moment pour l’Europe qui s’apprête à entrer dans l’hiver.

Les analystes d’ING y ajoutent un ensemble de facteurs composés « de prix élevés de l’électricité, d’une offre limitée en provenance de Russie et la possibilité d’un hiver plus froid». Selon plusieurs experts, les prix « resteront probablement élevés par rapport aux normes passées » à moyen terme.

L’Europe responsable de sa crise

Selon le président russe Vladimir Poutine, la responsabilité de la crise du gaz incombe à l’Europe du fait qu’elle n’a pas conclu suffisamment de contrats de livraison à long terme avec Moscou, favorisant ainsi l’envolée record des prix.

« Toute leur politique était de sortir des contrats à long terme et cette politique s’est révélée erronée », a-t-il déclaré lors d’une réunion avec les responsables du secteur énergétique russe, « ils ont fait des erreurs » a-t-il déclaré mercredi.

 « En conséquence, le prix du gaz a désormais battu tous les records historiques: aujourd’hui, il approche les 2000 dollars par mille mètres cubes, soit plus de dix fois plus que le prix moyen de l’année dernière », a ajouté le président russe. L’Europe, dont environ un tiers des besoins en gaz sont couverts par Moscou, affirme depuis des années son intention de diversifier ses sources d’approvisionnement, sans grand effet. Selon Vladimir Poutine, les Européens auraient commencé à se reposer davantage sur les achats de gaz au comptant plutôt que sur des achats au long terme, les liant à Moscou pendant plusieurs années. Or, aujourd’hui, les ventes au comptant ne sont pas au rendez-vous.

Vers une réforme du marché européen

Face à cette crise des prix du gaz en Europe, Bruxelles e dirige vers une réforme de son marché du gaz à même de le rendre plus résilient face aux flambées des prix. Lors d'un débat au Parlement européen, réuni en plénière à Strasbourg, Mme Kadri Simson, commissaire européenne à l'énergie, a souligné que l'Union européenne devait réagir de manière rapide et coordonnée face à la hausse des prix du gaz qui suscite des craintes quant à l'impact sur les consommateurs et les entreprises.

Mme Simon a passé  en revue les mesures possibles déjà à la disposition des États membres pour aider les ménages et les PME vulnérables face à la flambée des prix du gaz. Pendant le débat, les députés européens ont demandé une enquête sur les manipulations du marché par des acteurs étatiques et non étatiques, ainsi que sur la spéculation sur le marché européen du carbone afin de mesurer les conséquences de ces deux facteurs sur les prix. Ils ont aussi insisté sur la nécessité de prendre des mesures immédiates en vue de protéger les plus vulnérables contre la hausse des factures.

Plusieurs eurodéputés ont également appelé, entre autres,  au renforcement des capacités de stockage de gaz et à utiliser le pacte vert comme une occasion pour améliorer la sécurité et l'indépendance énergétiques.

Encadré

La stabilité énergétique de l’Europe dépendra du Nord Stream 2
 
Objet de critiques et sanctions, le Nord Stream 2 pourrait faire baisser les prix du gaz record et réduire les risques énergétiques pour l’Europe cet hiver, selon Saxo Bank.

Le lancement du gazoduc Nord Stream 2 serait un élément important pour le retour des prix du gaz, qui battent actuellement tous les records, aux niveaux historiques, annoncent ce mardi 5 octobre des analystes de la banque danoise Saxo Bank dans les prévisions pour le quatrième trimestre 2021.

Les experts mettent en relief plusieurs facteurs négatifs dans le secteur énergétique qui se sont accumulés depuis ces derniers mois et auxquelles l’Europe doit faire face la veille de la saison froide.

Il s’agit notamment d’une basse demande énergétique liée à la chaleur estivale, du niveau de production de l’énergie éolienne historiquement faible et de la flambée des prix des combustibles fossiles, tout d’abord du gaz, et de l’électricité.

"En conséquence, nous nous dirigeons vers l’hiver de l’hémisphère nord avec des niveaux de stocks, à la fois aux États-Unis et surtout en Europe, bien en dessous du niveau moyen de ces dernières années", constate Ole Hansen, chef de la stratégie du marché de produits de base de Saxo Bank. Hansen ajoute que, faute de livraisons supplémentaires du gaz, notamment via le gazoduc Nord Stream 2, et en cas des conditions météorologiques sévères, les consommateurs européens pourraient s’attendre à un "hiver sombre et coûteux".