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Actu Maroc

Miser sur les bons survivants

Que restera-t-il à la sortie du confinement ?


Rédigé par Ahmed NAJI le Mercredi 29 Avril 2020

Le Covid19 est aussi funeste pour les humains que pour leurs activités. Toutes les entreprises ne vont pas y survivre. Les autres auront besoin de perfusion de liquidités.



Miser sur les bons survivants
Avant de se lancer dans un exercice de projection prospective sur le Maroc post-Covid-19, qui ne ressemblerait pas à des prédictions d’astrologues, un bref constat de la situation dans ses grandes lignes. 134.000 entreprises sur les 216.000 inscrites à la CNSS ont suspendu leurs activités, selon l’argentier du Royaume.

Vers une récession ?

Les Très Petites Entreprises (TPE), qui représentent 95% du tissu productif marocain et ne disposent, généralement, que de maigres fonds de roulement, ont été touchées à hauteur de 90% par le confinement, d’après une enquête de la Confédération des TPE-PME. 89% des entreprises du secteur des services, 85% de celles du tourisme et 81% de celles du commerce sont à l’arrêt total, celles qui restent en activité ne le sont que partiellement.

Déjà, le ministre de l’Emploi avait avancé, lors d’une émission télévisée, le chiffre de 77.000 entreprises qui ont fait faillite ou étaient sur le point de mettre la clé sous le paillasson, à la fin du mois dernier. Plus le confinement va se prolonger, moins elles seront nombreuses à pouvoir se relever de cette crise, malgré l’appui des pouvoirs publics.

32 milliards de Dhs ont été mobilisés dans le cadre du Fonds spécial du Covid-19. 6,2 milliards ont déjà été alloués au secteur de la santé, au soutien de l’économie et des mesures sociales. Le gouvernement compte débourser de la sorte 2 milliards de Dhs par mois. L’effort est énorme, quelque 2,6% du PIB pour garder le bateau à flot.

Malgré tout, la destruction de richesses par le Covid-19 a été estimée par le Centre Marocain de Conjoncture à 3,2% du PIB cette année. Pas de recettes, signifie pas de salaires, pas de remboursement des échéances bancaires et autres crédits fournisseurs, pas de paiement des impôts, creusement du déficit budgétaire…« N’importe quel enfant sait que toute nation crèverait qui cesserait le travail », disait Karl Marx.

Flux de liquidités

Même la très austère et intraitable Bank Al-Maghrib a dû se montrer plus flexible, depuis le mois de mars, baissant son taux directeur et allégeant les exigences prudentielles des banques commerciales, s’aventurant même dans un assouplissement monétaire qui a permis de tripler la capacité de refinancement de ces dernières auprès de la Banque centrale.

Bank Of Africa, majoritairement détenue par la BMCE Bank, est allée chercher soutien à l’international, empruntant 145 millions d’euros auprès de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), afin de faire face à cette crise. Ce qui n’a pas empêché les cours de ses actions de dégringoler la semaine dernière.

Bénéficiaires d’importantes injections de fonds, les banques marocaines traversent actuellement une période difficile. Elles sont décriées pour ne pas « jouer le jeu » par une opinion publique nationale effrayée, elles ont aussi à affronter des demandes de report des échéances de crédits d’un volume de 33 milliards de Dhs. L’agence de notation Moody’s a rétrogradé les perspectives pour le système bancaire marocain de « stables » à « négatives ». Les cotations sur la Bourse de Casablanca expriment la même tendance.

Allocation des ressources

Les valeurs qui s’en tirent le mieux auprès des investisseurs sont celles des secteurs des télécommunications, de l’agroalimentaire, de la grande distribution et des métaux précieux. La main invisible du marché a ainsi désigné les activités que l’on peut qualifier des plus sûres en cette période de crise.

Autre secteur d’activité appelé à enregistrer un essor notable de ses activités, celui de la digitalisation, en raison d’un besoin important qui vient de se révéler avec le confinement.

Est-ce dans le cadre de cette nouvelle perception des secteurs d’activités nationaux les plus résilients et porteurs que le ministre de l’Industrie a proposé à l’Union Européenne une révision en profondeur de ses accords avec le Maroc ?

De toute manière, avec la chute de la demande européenne, sur laquelle l’Association Marocaine des Exportateurs (ASMEX) attire l’attention, et le renchérissement du Dirham face à l’Euro et au Dollar, une nouvelle stratégie pour sauvegarder les parts de marchés existantes et en conquérir d’autres devient indispensable.

Au vu de ses ressources limitées, les chances du Maroc de se sortir renforcé de cette crise vont essentiellement dépendre de l’allocation judicieuse de celles-ci.

Ahmed NAJI

  


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