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Maroc - UK : Ce que gagneraient les Royaumes d’un éventuel ALE [INTÉGRAL]


Rédigé par Mohamed ELKORRI Lundi 4 Décembre 2023

Durant les trois dernières années, les échanges commerciaux entre le Maroc et le Royaume-Uni sont passés à la vitesse supérieure, posant avec acuité la question sur un éventuel accord de libre-échange (ALE). Décryptage.



En 2023, la relation entre Rabat et Londres est passée à la vitesse supérieure. Depuis la signature de l’accord d’association entre le Maroc et le Royaume-Uni, il y a trois ans, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays a doublé, dépassant les 3 milliards de livres sterling, soit environ 40 milliards de dirhams. Une coopération qui tire sa performance de certains secteurs stratégiques, dont l’énergie, principalement grâce au projet Xlinks, qui vient de bénéficier d’un nouvel investissement de quelque 20 millions de livres de la part de TotalEnergies. Cet investissement, dont l’objectif est de développer au Maroc un projet renouvelable géant combinant solaire et éolien, couplé à de grandes batteries de stockage, pour fournir de l’électricité verte au Royaume-Uni grâce à des câbles sous-marins ,permettra la création de près de10.000 emplois dont 2.000 permanents, dont l’effet sur le PIB s’annonce prometteur.

Ce rapprochement entre le Maroc et le Royaume-Uni interpelle à plus d’un titre sur la fameuse éventualité d’un accord de libre-échange entre les deux pays, qui, selon nos sources, serait accueilli à bras ouverts par les Britanniques. Selon le ministre d’Etat au ministère des Affaires et du Commerce britannique, Nigel Huddleston, l’accord d’association Royaume-Uni/Maroc, qui affiche des résultats positifs, permettra de renforcer la « précieuse » relation commerciale entre les deux parties. En réponse à « L’Opinion » sur l’éventualité d’un accord de libre-échange, le responsable britannique s’est montré prudent, sans pour autant fermer cette fenêtre : « Si un jour cette hypothèse est possible, le Royaume-Uni a de bons antécédents en matière de négociation d’accords de libre-échange dans des conditions difficiles. Ces dernières années, nous avons conclu des accords commerciaux avec 71 pays en plus de l’UE, des partenaires qui représentaient 846 milliards de livres sterling de commerce bilatéral britannique en 2021 ».
 
En quête du win-win

Même son de cloche du côté de Stephen Orr, Président de la Britcham et Vice-Président de Spirit Aerosystems, qui souligne qu’en cette phase de post-Brexit, il faudrait se concentrer sur les domaines qui disposent d’un réel avantage compétitif. Le secteur de l’aéronautique par exemple, estimé à 18 millions de dirhams, a pour ambition de tripler dans les quatre années à venir grâce à la construction d’un écosystème entre le Maroc et le Royaume-Uni.

Lors d’un webinaire organisé le 10 novembre par la BritCham sous le thème « Maroc et Royaume-Uni: un accord en évolution », Orr avait souligné que le plus grand défi est d’amener les entreprises des deux pays à connaître en profondeur tous leurs secteurs clés, mettant en avant les énormes opportunités d’échanges commerciaux maroco-britanniques. Dans cette perspective, Anas Abdoun, Senior Analyst Africa & Middle-East chez Stratas Advisors, estime que le contexte est hautement favorable pour l’établissement d’un accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et le Maroc, notant que vu la complémentarité des deux économies, un tel accord «faciliterait l’augmentation du volume des échanges et la diversification des produits échangés ».
 
Cap sur les secteurs à forte valeur ajoutée

Ceci dit, du côté britannique, le cap est fixé sur l’agriculture. Les importations de fruits et légumes en provenance du Maroc ont presque triplé depuis 2018, passant de 158 millions de livres sterling par an à 408 millions de livres sterling en 2022. Les chiffres relatifs à l’année courante ne sont pas encore dévoilés, mais la demande au Royaume-Uni est en constante croissance, comme en témoigne un rapport du Groupe parlementaire multipartite (APPG)sur le Maroc, qui fait état que les consommateurs britanniques acquièrent des produits frais marocains en quantités de plus en plus importantes. Grâce à ses accords avec le Maroc, le Royaume-Uni bénéficie, selon ledit document, d’un approvisionnement « fiable et de haute qualité », ce qui contribue à garantir aux rayons des supermarchés de bien être approvisionnés tout au long de l’année. C’est ainsi que les députés britanniques ont appelé à resserrer les liens commerciaux avec le Maroc pour assurer davantage la sécurité alimentaire de leur pays. Selon Abdoun, l’explosion des échanges agricoles entre les deux pays est confrontée à quelques barrières de normes auxquelles les industriels devraient se conformer. « Mais pour un pays qui importe presque tous ses besoins alimentaires, il y a de grandes parts de marché à gagner pour les entreprises marocaines », ajoute notre expert. En plus des secteurs précités, la coopération maroco-britannique se penche également sur la «Green Finance ».

Lors de sa récente visite au Maroc, Lord Tarik Ahmad, ministre d’État chargé des relations avec l’Asie du Sud, l’Afrique du Nord, les Nations Unies et le Commonwealth, est venu porteur d’une feuille de route pour accélérer la coopération entre les deux pays dans ce domaine en y augmentant les investissements. Le gouvernement britannique a lancé, dans ce même sillage, le programme UK-Export Finance pour les porteurs de projets marocains désireux de bénéficier d’un soutien financier. Selon le ministre d’Etat des Affaires et du Commerce britannique, Nigel Huddleston, il y a eu des réunions avec plusieurs institutions publiques stratégiques, dont l’ONCF, OCP et les départements ministériels, pour garantir la réussite du dit programme. « Des plans d’action clairs ont été définis et convenus en vue de créer un pipeline d’opportunités pour les entreprises marocaines, la chaîne d’approvisionnement britannique et l’UKEF », a-t-il affirmé. C’est dire que le business va bon train, en attendant les pourparlers sur l’ALE.

3 questions à Anas Abdoun « Le contexte est hautement favorable pour un ALE Maroc/Royaume-Uni »

Anas Abdoun, Senior Analyst Africa& Middle-East chez Stratas Advisors, nous livre sa lecture de la coopération maroco-britannique.
Anas Abdoun, Senior Analyst Africa& Middle-East chez Stratas Advisors, nous livre sa lecture de la coopération maroco-britannique.
- Vu la nature des relations maroco-britanniques, peut-on envisager un ALE ?

- Il y a un contexte hautement favorable à l’établissement d’un accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et le Maroc. Tout d’abord, nous connaissons bien la structure économique et commerciale du Royaume-Uni, et pour cause, nous étions dans un accord de libre-échange avec les Britanniques lorsque leur pays était membre de l’Union Européenne, dans le cadre de l’Accord euro-méditerranéen entré en vigueur en 2000. Le deuxième élément favorable est que le Royaume-Uni était lié à d’importants accords commerciaux à travers l’UE et que les gouvernements successifs ont tenté de retrouver avec d’intenses négociations de traité bilatéral de libre-échange. Le troisième point c’est que ces dernières années la balance commerciale penche davantage du côté marocain avec une forte croissance des exportations.

- Quels sont les secteurs qui pourraient constituer le point fort du Maroc ?

- Le Maroc exporte déjà vers le Royaume-Uni quelque sous-composants industriels, des véhicules ainsi que des produits textiles. Un accord de libre-échange faciliterait l’augmentation des volumes d’échanges et contribuerait à les diversifier. Enfin, l’attrait des produits agricoles marocains donne une fenêtre de tir pour l’agroalimentaire marocain. Il y a naturellement quelques barrières de normes auxquelles les industriels devraient se conformer. Mais pour un pays qui importe presque tous ses besoins alimentaires, il y a de grandes parts de marché à gagner pour les entreprises marocaines.

- Quels dividendes pour le Maroc ?

- En plus d’un renforcement de notre balance commerciale qui est encore largement déficitaire, le Maroc pourrait bénéficier de la structure de l’économie britannique. Le Royaume-Uni est largement tourné vers les services, mais reste néanmoins un pays industriel. Cette base industrielle de l’économie britannique connaît un lent déclin, du fait des problèmes de main d’œuvre, de compétitivité mais aussi de la fermeture de sites qui ne permet plus l’établissement d’un écosystème industriel.

Dans le cas d’un accord de libre-échange avec le Royaume-Uni, le Maroc peut offrir à ses entreprises industrielles un souffle de compétitivité, un écosystème efficace, et des subventions gouvernementales rendues possibles par la charte de l’investissement. En somme, les accords de libre-échange peuvent doper la balance commerciale, apporter un nouveau marché pour nos entreprises, tout en générant des IDE importants.

Commerce : 3,4 milliards de livres sterling au premier trimestre 2023

Le volume des échanges commerciaux entre le Maroc et le Royaume-Uni, au premier semestre de cette année, s’établit à 3,4 milliards de livres sterling, soit une augmentation de 661 millions de livres sterling par rapport à la même période en 2022. Cette croissance est également expliquée par le Brexit qui, depuis sa concrétisation, a permis au volume des échanges avec le Maroc de passer de 15,3 milliards de dirhams à 23 milliards de dirhams en quatre ans, selon les chiffres dévoilés par le Conseil d’association maroco-britannique en février de cette année. Le Royaume-Uni se positionne en tant que 4ème importateur à l’échelle internationale des produits alimentaires agricoles et maritimes marocains. La valeur des exportations marocaines agroalimentaires vers le Royaume-Uni a atteint près de 5,94 milliards de dirhams en2022, soit une croissance de 57%par rapport à l’année 2021 et une croissance de 635% par rapport à2010. Les exportations agroalimentaires ont représenté en 2022 une part en valeur de 36%, et une part en volume de 73% par rapport aux exportations totales du Maroc à destination de ce marché.
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Xlinks : Les investissements se multiplient

La compagnie multi-énergies mondiale, TotalEnergies , vient d’annoncer un investissement de 20 millions £ dans Xlinks First Limited, une société britannique fondée en 2019, rejoignant ainsi les investisseurs Octopus Energy et Abu Dhabi NationalEnergy Company (TAQA). «Nous sommes ravis d’accueillir la plus grande compagnie d’énergie d’Europe pour accompagner notre ambitieuse vision: favoriser les échanges d’énergie à longue distance grâce à ce partenariat emblématique avec le Royaume-Uni et le Maroc », a déclaré Simon Morrish, CEO de Xlinks.

« Au-delà de l’apport en capital, l’investissement de TotalEnergies nous fournira une expertise technique précieuse correspondant aux défis uniques que nous avons à relever. Cette opération est une belle réussite pour refermer l’année 2023, et nous donne une impulsion encore plus grande pour atteindre nos objectifs en 2024 »,a-t–il poursuivi.

De son côté, Vincent Stoquart, directeur Renouvelables de TotalEnergies, a affirmé : « Nous sommes heureux de rejoindre le projet Xlinks et ses investisseurs pour soutenir le développement d’une entreprise aussi pionnière qu’ambitieuse. Ce projet novateur pourra bénéficier de notre savoir-faire dans le développement de projets énergétiques intégrés, vastes et complexes ».

Cette collaboration entre TotalEnergies, Xlinks et les autres investisseurs marque une étape significative dans la réalisation d’un projet d’envergure qui contribuera non seulement à la transition énergétique, mais aussi à l’établissement de liens énergétiques internationaux durables. Une fois achevé, le projet pourrait fournir suffisamment d’électricité renouvelable, fiable et abordable, pour alimenter plus de 7 millions de foyers britanniques.








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