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Culture

Magazine : Rim Amine, rencontre avec une étoile tombée du ciel


Rédigé par Anis HAJJAM le Dimanche 3 Octobre 2021

A trente printemps, l’artiste touche à tout ce qui la fait frémir. Elle sort «Strong», un single la faisant luire et séduire. Son parcours est celui d’une battante caressant la vie en chantant, en dansant, en tutoyant la comédie. Rencontre avec une étoile tombée du ciel.



Elle dégage intensité et douceur, présence lumineuse et poigne rageuse. Rim Amine allie voix, danse, théâtre, mime, cinéma et tout ce qui caresse les émotions. En esprit libre et fouineur, elle maintient sans relâche cette connexion avec l’inconnu. En fait, son flirt éternel, son allié fidèle. Mais des bases sont là, celles qui ne lui ont pas demandé son avis : «J’ai baigné dans une famille de mélomanes et de cinéphiles», dit-elle.

Du coup, la petite se sent interpellée par cet univers. Et elle s’y attèle avec la grâce de l’innocence : «J’ai pratiqué le ballet de mes 4 à 6 ans avec… Jeanne Moreau, puis de 6 à 18 ans au Ballet- Théâtre Zinoun. Ensuite, de mes 18 à 25 ans, j’ai suivi à Paris des formations de théâtre au Cours Florent, de cinéma au Côté Cour et de comédie musicale au Conservatoire Nadia et Lili Boulanger. Je suis fan du concept d’entertainer américain, depuis l’époque Fred Astaire et ‘Singing in the Rain’, du temps où les acteurs savaient aussi bien danser que chanter.» Partie en France pour des études en psychologie, Rim a alors d’innombrables arrières pensées artistiques.

Son corps se joue avec fougue de ses dispositions intellectuelles, chantant, dansant, jouant la comédie sans hiérarchie aucune : «Les trois se complètent très bien. Je n’ai pas de préférence. Le chant me vient naturellement, la danse est la discipline que j’ai le plus pratiqué et le théâtre me passionne dès qu’il s’agit de me mettre dans la peau de divers personnages et d’explorer leur psyché.»

Shakespeare en darija

La danse à laquelle Rim a consacré le plus gros de son apprentissage, elle doit ses assises à une école casablancaise qui fait fuir celles et ceux dont le défoulement est la principale préoccupation, celle du couple Zinoun.

Rim, elle, se réjouit de cette expérience : «J’en retiens la rigueur, l’élégance et le sens du rythme. Mais également la conscience de soi dans un espace. Par extension, mes premiers galas, mes premiers pas sur scène.» Avec Lahcen Zinoun, Rim Amine connaît en 2017 les délices, en darija, de l’univers de Shakespeare, une création multidisciplinaire du chorégraphe et metteur en scène sous l’intitulé «Shakespeare in Heart». Elle y est engagée comme chanteuse et comédienne.

Ressent-elle un pouvoir lorsqu’elle foule la scène, entretenant en plongée ceux qui viennent jauger le spectacle ? «Je sais que j’ai toute leur attention au moment où le rideau se lève. Ensuite, si je joue un personnage, ils n’existent plus. En revanche, si je chante je fais en sorte de les captiver.» L’entertainer qui invite son corps dans chacune de ses performances n’arrive pas à trancher entre la pertinence ou non de son physique dans ses élévations scéniques. Elle a néanmoins une vision étonnante de la chose, une certaine philosophie : «Si faire parler mon corps est déterminent pour m’exprimer ? Oui et non. Oui dans le sens où je m’exprime souvent en bougeant tout mon corps, je parle aussi avec mes mains. Mais ce n’est pas non plus déterminant. J’aime bien aussi le fait d’avoir les pieds ancrés dans le sol et de faire passer un message en restant droite.» Paroles d’une artiste en perpétuel mouvement.

Une chanteuse qui rappe

La musique, véritable branche de salut de Rim Amine, la fait valser entre jazz et gnaoua, passant par la soul, la pop, le blues, le reggae, le funk et le hip hop. Auteure-compositrice-interprète, elle chante en rappant, rappe en chantant : «Plus une chanteuse qui rappe. J’aime la musique et m’essayer à tous ses genres. Mais je suis d’abord chanteuse. J’ai toujours eu un faible pour les prouesses vocales.»

Son nouveau-né «Strong», mis au monde vendredi dernier, est une belle pépite où la cogne le dispute à l’harmonie, où la colère renvoie à l’espoir : «’Strong’ est venu d’un sentiment d’impuissance suite à diverses expériences personnelles. J’ai étudié à Paris et y ai vécu sept ans, le temps de me forger et d’affuter mes armes. J’ai vécu les attentats, le racisme, et puis, en revenant au Maroc, le décalage culturel. Un Maroc qui a changé, le retour à l’expression en darija que j’avais perdu, la perte de mes grands-parents et de deux amies, puis le COVID. C’était hard. Il a fallu se répéter ‘I am strong’ comme un mantra. Il y a eu la rencontre avec Mr Bo pour le rap et Anas Elgad qui a aimé le message de la chanson et qui s’est embarqué dans notre aventure en sachant la sublimer par sa réalisation.»

Avant ce clip, Rim est à la genèse de «Damn Right», une performance collective : «Oui, c’est une chanson dont la musique a été créée par Benjamin D Amico (Profuze Collective) avec qui j’ai travaillé sur le projet Tsafira (une expérience musicale originale en hommage à nos grands-mères respectives), Malone Glissant qui m’accompagnait sur la partie rap et le clip réalisé par Serge Glissant. Il y avait aussi avec nous tout un groupe de jeunes danseurs.» Une vie parisienne où elle perce en novice, où elle évolue en donnant de la voix dans La Nouvelle Star, où elle participe à une comédie musicale, où elle rend hommage à Ray Charles… Une ville qui ne cesse de l’habiter : «Oui, les caveaux de jazz surtout. La vie culturelle y est très riche. Mais l’effervescence culturelle casablancaise pré-COVID a été celle qui m’a fait revenir.»

Retournée au Maroc en 2016, Rim Amine n’est pas prête à ranger son chapelet d’ambitions : «J’allais dire un premier rôle au cinéma (rires) mais j’ai déjà partagé l’écran avec Naeva Lissonnet sur le moyen métrage docu-fiction autour de l’aéropostale, ‘Une lettre de Casablanca’. Je dirais alors un premier rôle dans un long métrage. De préférence d’action. Un stage en arts martiaux pour m’y préparer.»

Battante, Rim peut aussi concéder des pauses pour évaluer ce qui l’entoure, ce qu’elle aime ou ce qui la révulse : «Ce qui m’énerve c’est le manque de compassion et les erreurs qui se répètent. Choses qui peuvent aussi m’arriver. La frustration, la fermeture d’esprit. Ce qui m’apaise c’est la nature, l’océan, que ce soit de vue ou les pieds dans l’eau. La musique zen, la bonne cuisine, les moments de détente entre amis, les loisirs créatifs.» La guerrière a finalement des moments de relâche.

Anis HAJJAM

  


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