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Tribune libre

M. Trump tient son G11 en septembre, le Monde post-corona a plutôt besoin d'un GPS


Rédigé par Najib MIKOU le Mercredi 17 Juin 2020

Pour tenter de tourner au plus vite la page humiliante du désastre et de la turbulence provoqués par le Coronavirus, qu'il se plaît d'appeler chinois, M. Trump a émis à ses partenaires du G7, le voeu de tenir une réunion du Groupe, à Washington en ce mois de juin.



Najib Mikou, Consultant en Prospective et Etudes Stratégiques.
Najib Mikou, Consultant en Prospective et Etudes Stratégiques.
Mais le ''Nein'' sec de Mme Merkel qui estime qu'il est encore trop tôt de se rendre jusqu'à Washington en ces moments délicats d'un Coronavirus qui n'en finit pas de semer la psychose, de même que les violentes manifestations antiracistes dans plusieurs Etats américains et dans la capitale même, lui ont fait changer d'avis.
 
M. Trump prend finalement la double décision de ne tenir son Sommet qu'en septembre et d'élargir par la même occasion, le G7 à la Russie, l'Inde, la Corée du Sud et l'Australie, pour devenir un G11. L'intégration de la Chine à ce groupe des grandes puissances économiques développées, en ces moments de très hautes tensions internationales, aurait été un coup de génie, un signal fort d'apaisement et une opportunité d'en faire le cadre idoine de règlement des grands différends économiques mondiaux.

Mais, le choix porté sur l'Inde et la Russie sans la Chine, n'est nullement fortuit. Il est plutôt un signe supplémentaire d'hostilité envers la Chine et de détermination de Washington à aller jusqu'au bout de ses confrontations avec elle.
 
En effet, l'intégration de l'Inde est incontestablement une tentative de Washington de la propulser en alternative à la Chine dans son rôle ''d'usine du Monde''. De même que la réintégration de la Russie qui a été chassée du G7 en 2014 à la suite de son annexion de la Crimée, a incontestablement des visées de dislocation d'un couple sino-russe, très mal perçu par Washington qui culpabilise même d'en avoir été l'instigateur naïf par défaut.
 
S'il est un fait certain que l'Inde appréciera fortement cette main tendue de Washington, qui est de nature à lui permettre d'équilibrer un tant soit peu, ses rapports avec le géant et encombrant voisin, la Russie quant à elle, appréciera certes cette réintégration et tentera d'en tirer le meilleur profit, mais ne manquera pas d'essayer plutôt, de convaincre Washington d'inviter la Chine à ce Sommet. La Russie a noué des relations tellement stratégiques et profondes avec la Chine, qu'elle ne fera strictement rien pour conspirer avec l'Oncle Sam en vue de parvenir à l'affaiblissement et à l'isolement de son allié asiatique.
 
En tout cas sur le papier, c'est bien vu de la part de M. Trump. Il remue davantage les eaux troubles et rebat les cartes, au lendemain de la crise inédite du Coronavirus qui l'a fortement déstabilisée et qui fait parier plus d'un, sur la fin du 1er rôle des Etats-Unis dans le Monde. Mais, disons-le sans trop d'hésitation, M. Trump n'a ni le temps ni la capacité ni encore moins, le soutien des membres de son propre Club, pour isoler la Chine et l'affaiblir.
 
Outre tous les raccordements stratégiques très difficilement ''déboulonnables'' entre la Chine et de grandes puissances économiques, néanmoins alliées des États-Unis, dont un nombre très important d'opérateurs se sont fortement installés partout en Chine dans des conditions défiant toute concurrence, l'Empire du Milieu s'est engagé dans une vision et un processus géostratégique autrement plus payants, dont lui seul détient le souffle, le temps et les moyens.
 
Pendant plus particulièrement, les quinze dernières années, la Chine agit, avec un sang-froid et une patience imperturbable, dont elle a les secrets de l'art et de la manière, mais également avec des centaines de milliards de dollars, sur quatre axes lourds :
 
1- après avoir tourné le dos à son propre marché intérieur qui fait pourtant, cinq fois la taille de celui des Etats-Unis et plus du double de celui de toute l'Europe, privilégiant une politique d'exportation massive portée par l'ambition d'être ''l'usine du Monde', la Chine a étendu sa machine de production et d'urbanisation sur l'ensemble de son territoire, a boosté le pouvoir d'achat de ses populations et a fortement élargi sa classe moyenne. Ce qui lui ouvre aujourd'hui un véritable marché de 1,5 milliards de consommateurs nationaux.
 
2- la Chine a renforcé et huilé une forte présence physique, technologique et financière dans plusieurs nouveaux dragons de son environnement naturel immédiat, ce qui lui assure une zone d'influence et de rayonnement régional incontestable.
 
3- la Chine a ressuscité sa "Route de la Soie" prénommée aujourd'hui BRI (Belt and Road Initiative) ou encore la ''Ceinture et la Route'', qui traverse déjà plus de 55 pays et en vise près de 70 qui détiennent plus de 60% du PIB mondial. Elle s'est dotée pour ce faire, et dans un temps record, de plusieurs milliers de kms d'autoroutes, de TGV et des voies maritimes idoines. Ce qui lui a permis par conséquent, de s'infiltrer dans le Centre asiatique et de se rapprocher temporellement de l'Europe. Ses conteneurs font aujourd'hui 12 jours pour parvenir chez leurs destinataires en Europe Occidentale, en traversant maintenant les autoroutes, aérogares et ports iraniens, turques, polonais, et ce, au lieu des 50 jours de traversées maritimes auparavant.
 
4- et pour boucler la boucle de la plus grande opération économico-géostratégique de l'histoire de l'humanité, l'Afrique n'est pas en reste. La Chine s'installe à grande vitesse et sans le moindre incident ni militaire ni diplomatique, dans une Afrique qui a besoin de TOUT, depuis les produits de consommation chinois de toutes sortes, très accessibles par leurs prix imbattables, jusqu'aux très gros investissements d'infrastructures chinois, qui s'y invitent et se déversent avec générosité, délicatesse et accompagnement compétent et disponible.
 
Il suffit d'un simple regard sur la carte de l'ensemble de ces zones précitées, jusqu'aux sol, nappe phréatique et sous-sol africain, mais également sur les graphiques du boom démographique en cours dans ce continent qui comptera 2,5 milliards d'âmes en 2050 et près de 5 milliards en 2100, pour comprendre le sens du vent du futur.
 
Bref, la Chine s'est organisée pour être une superpuissance mondiale et y a mis le temps, l'humilité, l'endurance, et les moyens à tous points de vue, pour y parvenir. Elle y est parvenue aujourd'hui et porte déjà les "habits" qui correspondent à son nouveau rang. Rien ni personne ne la détrônera pour au moins les quelques siècles à venir.
 
En persistant à s'investir coute que coute, dans une guerre perdue contre la Chine, et à se constituer en forteresse de prospérité dans un Monde qu'ils veulent pourtant, dominer et commander au doigt et à l'oeil, avec mépris et arrogance, les États-Unis rament malheureusement à contre-courant de leurs propres intérêts et de leur suprématie actuelle.
 
Leur logique de confrontation à tout va, dont l'extermination de "l'autre" qui oserait se mesurer à eux, les empêche de se rendre compte combien ils sont engouffrés dans une spirale vicieuse de consumation, d'hémorragie interne, d'auto-essoufflement et d'auto-isolement, qui les fait courir à leur propre perte. Les Etats-Unis ont les atouts et les moyens d'un meilleur destin digne de leur superpuissance, de leur génie incontestable et des grandes valeurs universelles auxquelles ils s'identifient. Tout comme l'Europe qui n'arrive pas à s'émanciper de ses complexes et de ses peurs, pour se forger une 3ème voie dans la cour des grands, où elle a toute sa grande place.
 
Ceci dit, le Monde post-corona ne veut plus d'une seule superpuissance qui ne peut être que tyrannique, hégémonique et injuste, quand bien même s'appellerait-elle Etats-Unis ou Chine ou Europe ou quiconque d'autre. Il se nourrit aujourd'hui de l'espoir d'une gouvernance planétaire collégiale et apaisée :
 
▪ où ''l'économie de la vie'' et du juste partage, prend toute sa place, toute sa consistance, pour débarrasser nos sociétés humaines d'un néolibéralisme prédateur, sans état d'âme et froid, et réinstaller l'Homme au centre de toutes les politiques économiques.
 
▪ où le socioculturel s'installe au service de l'unicité d'une espèce humaine réconciliée avec son âme et son environnement.
 
▪ où les nobles valeurs et repères de l'universalité, de la paix, du droit à la différence et de la cohabitation féconde, tellement scandées par ceux-là même qui mènent le monde aujourd'hui, vers des desseins strictement mercantiles, bassement matériels et systématiquement guerriers, reprennent le dessus.
 
Pour ce faire, et surtout pour ne pas faire avorter ces espérances paradoxalement ressuscitées des désastres provoqués par le maudit Coronavirus, le Monde a besoin ici et maintenant, non pas d'un G11 ou d'un G20, façonnés à souhait, comme si de rien n'était, mais plutôt d'un GPS (Gouvernement Planétaire Superpuissant) représentatif des continents, des régions et des nations, et fédérateur de Chefs d'États visionnaires et crédibles qui forcent le respect, la confiance et l'admiration de la planète entière, par la richesse du savoir, la noblesse du devoir et la sagesse du pouvoir, dans l'âme. 3
 
Ceci n'est pas une revendication tiers-mondiste de militants marxistes-léninistes des années soixante du siècle dernier, ni encore moins de pauvres rêveurs aliénés des temps modernes, croyant encore les politiques capables du meilleur. C'est l'expression forte d'un tacite consensus universel sans précédent, pour une nouvelle gouvernance du Monde, porteuse d'une deuxième chance, après que l'espèce humaine a multiplié déboires et débâcles, et frôlé l'autodestruction massive, dont le Coronavirus n'a été que l'ultime signal aggravant.
 
Najib Mikou 

  



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