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Lixiviat : De bombe à retardement à pot aux roses


Rédigé par Safaa KSAANI le Dimanche 18 Avril 2021

​Une jeune doctorante marocaine prouve que le lixiviat peut être revalorisé dans les domaines de la poterie et de l’irrigation. Une première au niveau national et international.



Lixiviat : De bombe à retardement à pot aux roses
Dans la périphérie de la capitale économique, les habitants de Deroua vivent un véritable calvaire depuis qu’une décharge publique non contrôlée a été installée, il y a cinq ans, à un jet de pierre de leurs maisons. « Il n’y a pas pire que de vivre dans un quartier proche d’une décharge publique non contrôlée. Chaque jour, des tonnes de déchets sont déversées. Nos enfants ne peuvent plus sortir jouer. L’eau souillée a une teinte jaunâtre. L’air est irrespirable à cause des odeurs nauséabondes. Même notre linge, pourtant à peine lavé, a une mauvaise odeur. Forcément, notre santé se détériore », nous raconte l’un des habitants de la zone. Face à cette situation, les habitants ont réclamé des solutions. « Les multiples cris d’alarme des habitants n’ont pas trouvé un écho auprès des responsables », déplore la même source qui évoque une « vie gâchée ». À l’image des centaines de décharges publiques du Royaume, le cas du dépotoir de Deroua est critique, pour plusieurs raisons.

Une solution inédite 

« D’abord, c’est une décharge sauvage, non contrôlée, déposée en plein centre d’habitation », explique Sara Ghazali, ingénieur industriel et doctorante en 3ème année de thèse, Faculté des sciences, laboratoire de physique de la matière condensée à l’Université Chouaïb Doukkali à El Jadida. « Le lixiviat qui se trouve dans ce site est « jeune », donc riche en gaz de méthane et en métaux lourds », poursuit Sara Ghazali qui a tenté de trouver un moyen pour mettre un terme aux nuisances des lixiviats. La doctorante propose une solution « jamais conçue ou utilisée au niveau national ou international ». L’idée est de filtrer les lixiviats de la décharge de Deroua grâce à un procédé nommé « infiltration-percolation » pour ensuite revaloriser la boue filtrante dans le domaine de la poterie. « Les résultats observés sont très satisfaisants à tous les niveaux, que ce soit au niveau de la réutilisation des liquides traités, dans le domaine de l’irrigation ou le recyclage de la matrice filtrante », souligne-t-elle.

Choisir le bon support filtrant 

En plus de son efficacité, la solution mise en place par Sara Ghazali promet d’être moins coûteuse que les procédés classiques. « Nous avons fait une étude comparative des filtrations sur différentes matrices naturelles afin de choisir le meilleur support filtrant. Nous avons utilisé comme supports filtrants : le limon, les cendres volantes, les cendres de foyer, le sol agricole et le charbon, sans oublier les sables marins du littoral de Casablanca », détaille la jeune doctorante. Grâce à son nouveau support filtrant innovant, Sara Ghazali a pu diminuer drastiquement de la toxicité et de la turbidité du lixiviat traité. La doctorante évoque « une réduction de 59 % pour la conductivité électrique, ainsi qu’une augmentation en termes de PH et de l’oxygène dissous ». Une fois le défi du traitement relevé avec succès, se pose ensuite celui de la valorisation des déchets engendrés par le processus. « Après la fin du processus, les matrices de filtration deviennent très riches en matière organique, ce qui nous a permis d’en faire des poteries », affirme notre interlocutrice. 

Vers un brevet international 

Le niveau de toxicité de ces pots à base de sable et de déchets industriels ayant absorbé le lixiviat peut manifestement se poser. Sara Ghazali se veut toutefois rassurante : « Ces pots contiennent des produits organiques, ce qui est bénéfique pour les plantes ». À travers sa recherche scientifique et technique, Sara Ghazali tient à ce que son pays « montre l’exemple » au niveau de la valorisation des lixiviats qui dérangent et nuisent à la santé publique et à l’environnement. « Nous avons préparé un brevet international qui sera déposé officiellement dans les mois prochains. C’est une première au niveau national et international », se félicite la jeune doctorante. À noter qu’une étude publiée par la GIZ en 2014 révélait que parmi les 220 décharges publiques que compte le Royaume, seulement 15 sont contrôlées. En l’absence de mesures de traitement dans les 90% des décharges restantes, le lixiviat s’avère comme une véritable bombe à retardement. Et si on transformait cette bombe en pots à fleurs ?

​3 questions à Rafik Meniaoui

 
« Le coût de traitement des lixiviats est estimé entre 200 et 250 DH HT/m3 » 

 Après plusieurs années d’exploitation de la décharge publique de Médiouna, la ville de Casablanca s’est dotée d’une décharge contrôlée aménagée par la SDL Casa Baïa. L’ingénieur responsable de cette décharge nous en dit plus.

-Quelle est la décharge publique la mieux contrôlée dans la région de Casablanca-Settat et qu’est ce qui la caractérise ?

- Techniquement on ne peut pas parler de décharge mieux contrôlée qu’une autre. Par contre on peut juger si elle est contrôlée ou non, en se basant sur sa conformité par rapport aux exigences réglementaires et environnementales en vigueur.


-Comment peut-on valoriser les lixiviats et à combien estime-t-on le coût de traitement de cette substance toxique ?

- Dans l’ancienne décharge publique de Médiouna, le lixiviat fera l’objet d’un traitement dans le cadre d’un marché spécifique qui sera bientôt lancé. Le coût de traitement des lixiviats est très variable selon la technologie adoptée mais on peut l’estimer entre 200 et 250 DH HT/m3. Suite au traitement des lixiviats, les eaux traitées peuvent être valorisées en tant que ressource hydrique pour l’arrosage des espaces verts, le lavage du matériel et de véhicules, le nettoyage des esplanades…

-Quel commentaire faites-vous sur la décharge non-contrôlée de Médiouna ?

- Après plusieurs années d’exploitation de la décharge publique de Médiouna, la ville de Casablanca s’est dotée d’une décharge contrôlée aménagée par la SDL CASA BAIA sur une surface de 35 ha qui respecte les normes environnementales en vigueur. Cette solution transitoire dont le coût de réalisation est de 54 MDH permettra d’assurer l’enfouissement technique de 4000 tonnes de déchets ménagers et assimilés tout en réduisant les impacts environnementaux, en attendant le lancement du projet de réalisation et d’exploitation du centre de traitement et de valorisation des déchets de la ville de Casablanca. En parallèle, la Commune de Casablanca est en phase de préparation de la fermeture de la décharge publique de Médiouna qui fera l’objet d’un programme de réhabilitation pour permettre son intégration paysagère dans le milieu environnant.

 

Recueillis par S.K.

  


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