Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Les relations de couples en temps de Coronavirus


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Mardi 15 Septembre 2020

En pleine crise sanitaire, le stress et l’angoisse ne manquent pas de peser lourd sur les rapports conjugaux. Au Maroc, la question semble être éludée dans le débat public.



Les relations de couples en temps de Coronavirus
La pandémie de la Covid-19 a radicalement changé la vie quotidienne des gens et le confinement a été difficilement vécu. Pourtant, c’était l’occasion de réunir des couples souvent séparés par le tumulte de la vie quotidienne sous le toit du foyer. Qu’en est-il de la vie conjugale ? 

Récemment, l’administratrice en Chef de la Santé publique au Canada a déclaré que les couples doivent se prémunir contre le Coronavirus en adoptant des gestes barrières durant les actes sexuels. 

Cette consigne provient d’un pays qui accorde un intérêt profond à la santé publique et qui demeure très soucieux de la santé de ses citoyens. On ne peut que la prendre au sérieux. En plus, elle soulève une question que l’on a rarement la hardiesse d’aborder : la sexualité des couples en temps de la pandémie. 

Au Maroc, cette question n’a pas eu sa part d’intérêt. Elle ne s’est pas invitée au débat public, non plus, par pudeur sans doute et par peur du tabou qui entoure le sexe chez nous ? La seule allusion à ce sujet glissant, notamment pour les politiques, reste la fameuse expression du chef du gouvernement sur les “clusters quasi familiaux” évoquée à la faveur d’un discours autour de la propagation du coronavirus à Marrakech. Tout le Maroc en a ri, mais reconnaissons quand même à Monsieur El Othmani son habileté linguistique qui lui a évité l’embarras de parler de relations extra-conjugales, lui le chef du parti islamiste du PJD.

Pudeur ou crainte

Dans les milieux ultra-religieux, la sexualité a souvent été perçue comme un mal nécessaire et non comme un moyen de plaisir licite nécessaire à l’épanouissement individuel. Par tradition peut-être, on a tendance à confondre sexualité et débauche alors qu’ils ne sont pas forcément synonymes l’un de l’autre. La tradition prophétique est pleine d’enseignement sur la vie sexuelle des conjoints. 

L’intimité conjugale à l’épreuve de la pandémie

Le confinement a été l’occasion pour plusieurs couples de renouer avec le foyer et de découvrir de nouveau l’intimité conjugale et réanimer leur communion. Il n’en demeure pas moins que la crise sanitaire peut troubler l’esprit des conjoints en leur infligeant en permanence le stress et l’angoisse et ainsi que la peur d’attraper le virus ou de subir un reconfinement. Evidemment, cela doit avoir un effet sur leur vie conjugale. Certains se demandent s’il faut respecter les gestes barrières dans la pratique sexuelle en étant condamnés à porter le masque. Cela semble invraisemblable puisque le virus n’attendra pas les moments intimes pour s’attaquer aux organismes. 

Maintenant qu’on vit dans l’anxiété permanante en pleine crise sanitaire, le désir charnel a été relégué en second plan pour nombre de couples. “Ceux-ci ressentent tellement de stress qu’ils finissent par succomber à la démotivation”, comme le souligne Dr Amal Chabach qui insiste sur le rôle de la communication entre les couples pour surmonter leurs problèmes. Pendant le confinement, 34% des Marocains ayant des rapports tendus avec leur entourage se sont embrouillés avec leurs conjoints, fait ressortir le HCP, ne serait-ce que pour la répartition des tâches quotidiennes ou la gêne de la cohabitation permanente. Celle-ci a parfois dégénéré en violence. La Fédération des ligues des droits des femmes (FLDF) avait fait état de 541 actes de violence pendant la période de confinement.

Sans doute, un énième dommage collatéral de ce sevrage forcé d’une sexualité préconisée par les psychologues et les sexologues comme l’un des moyens les plus efficaces pour souder les couples, adoucir les mœurs et réduire les tensions.

Anass MACHLOUKH 

3 questions à Amal Chabach, sexologue

Amal Chabach
Amal Chabach
« Les rapports sexuels fréquents sont la colonne vertébrale de toute relation conjugale épanouie » 

Amal Chabach, médecin et spécialiste en sexologie, a répondu à nos questions sur l’impact de la crise sanitaire sur les relations entre les couples.

- Comment le stress et l’angoisse causés par la crise sanitaire peuventils impacter la vie sexuelle des conjoints ?
- Face à la pandémie, Il existe deux types de réactions issues d’émotions négatives. La première c’est l’arrêt ou la diminution des rapports intimes car il y a une augmentation des hormones de stress et la noradrénaline qui inhibent le désir sexuel, sachant que les gens ont été troublés par le confinement et l’incertitude qu’il a provoquée. Le fait d’être obligé de s’adapter à une nouvelle donne s’est avéré très stressant pour plusieurs couples. La deuxième réaction, c’est que le stress peut générer une hypersexualité dénuée de plaisir, ce qui diminue les chances d’assouvir les appétits sexuels des conjoints. Les rapports deviennent ainsi seulement un moyen de calmer le stress.

- Dans la période de la pandémie, les couples peuvent-t-ils respecter les gestes barrières, même dans les pratiques sexuelles ?​ 
- En effet, il est inconcevable de respecter les barrières dans des relations qui nécessitent un contact physique total, ça relève un peu de la sciencefiction pour les couples mariés puisque les conjoints passent tout le temps ensemble. Pour autant, les personnes célibataires doivent faire attention lors de leurs fréquentations amoureuses, elles doivent veiller à éviter les contacts avec des personnes qu’on ne connaît pas ou qu’on rencontre pour la première fois. 

- Quelles sont vos recommandations pour préserver une vie sexuelle épanouie entre les couples dans le contexte de la pandémie ?
- Il faut veiller à gérer son stress en permanence, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Il faut surtout que les couples communiquent l’un à l’autre les peurs et les besoins ressentis. Il faut également parer la parole par de belles expressions de tendresse et se combler de mots valorisants.  

J’insiste beaucoup sur la fréquence des rapports sexuels parce qu’une sexualité épanouie est la colonne vertébrale de tout bonheur conjugal. 

Recueillis par A. M.

Repères

Le Canada prie ses citoyens d’éviter au maximum les relations charnelles au temps du Covid 
Le gouvernement canadien a exhorté les couples à éviter au maximum les relations sexuelles pour prévenir de possibles contaminations. L’administration de la Santé publique au Canada avait recommandé à l’ensemble des citoyens d’adopter les gestes barrières dans les actes intimes en évitant le rapprochement des visages. L’administratrice de la Santé publique Theresa Tam est allée plus loin en préconisant d’éviter même de s’engager dans une relation physique en ces temps de la pandémie à moins qu’on connaisse le partenaire et fait partie de la « bulle sociale ».
Sujets de conflits entre les couples marocains pendant le confinement 
En étudiant les rapports sociaux dans le contexte de la pandémie, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a fait ressortir de nombreux points de friction entre les couples durant le confinement. L’éducation des enfants, les soucis financiers, le partage des tâches ménagères et même les activités de loisirs sont autant de causes ayant fait l’objet de disputes conjugales. 

  


Dans la même rubrique :
< >