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Sport

Les infrastructures sportives au Maroc, quel constat ?


Rédigé par Réda ALKACEM le Mardi 16 Juin 2020

Selon le dernier rapport du CESE, publié le 21 mai 2020, le Maroc dispose de 611 installations sportives.
Ce nombre reste au-dessous des espérances



Les infrastructures sportives au Maroc, quel constat ?
Levier de toute stratégie de développement sportif d’un pays, les infrastructures sportives assurent l’ancrage et la vulgarisation de la pratique sportive dans la société et le rayonnement extérieur à travers les capacités organisationnelles des événements de grandes envergures. Toutefois, leur impact budgétaire très élevé, de réalisation, d’entretien et de gestion, ne permet pas leur expansion en termes de nombre et de qualité. Selon le dernier rapport du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), publié le 21 mai 2020, le Maroc dispose de 611 installations sportives. Ce nombre reste au-dessous des espérances, car il présente un ratio d’une installation pour 68.400 habitants. Pis encore, si la contrainte du nombre laisse à désirer, la qualité et la normalisation des installations est une autre paire de manche. Parmi les 50 grandes installations sportives dont dispose le Royaume, plusieurs ne répondent pas aux critères établis par les organisateurs des événements internationaux.

Si leur réalisation a été dictée par les contrats-objectifs signés entre plusieurs ministères ou en réponse à une conjoncture politico-sportive, et ce, depuis 2009, le choix du site, de la discipline, du mode de gestion et d’entretien, ne font pas l’unanimité, vu l’absence d’une réelle coordination entre les propriétaires fonciers, le maitre d’œuvre de l’installation et les acteurs sportifs qui expriment leur désarroi à chaque fois que l’occasion leur a été présentée. C’est le cas du récent rapport CESE concernant la politique sportive au Maroc. Soumises à plusieurs formes de gestion, les installations sportives au Maroc se démêlent les pinceaux entre les lacunes administratives de chaque forme de gérance et les budgets de fonctionnement pour maintenir les structures en état. Entre la SONARGES, les SEGMA, les CSP et les établissements gérés par les élus régionaux, les acteurs du sport, créateurs de vivacité à ces constructions, sont amenés à succomber au purisme de chaque mode d’administration. Cette pluralité de mode de gestion nous pousse à se questionner sur les réalités qui ne permettent pas l’exploitation de ces structures à bon escient.

La SONARGES

La Société Nationale de Réalisation et de Gestion des Stades (SONARGES) créée par décret le 04 novembre 2008, portant attributions de superviser l’achèvement de la construction des trois stades : Tanger, Marrakech et Agadir, d’assurer la maîtrise d’ouvrage de la construction du Grand Stade de Casablanca, et d’assurer la maintenance et le bon fonctionnement des infrastructures sportives et leur exploitation optimale, selon son site web.

Souffrant de déséquilibre budgétaire depuis plusieurs années, il a fallu l’intervention du gouvernement en 2018 pour drainer 51 millions de dirhams dans son budget pour lui permettre d’apurer ses dettes et de mettre à sa disposition un budget de 30 millions de dirhams, comme précisé par la Loi de Finances de 2020. Menacée de dissolution par un exministre de la Jeunesse et des Sports suite à une inadaptation de son business plan à la réalité du sport au Maroc, la SONARGES se voit attribuer la gestion de deux autres stades de Rabat et de Fès, dont le propriétaire n’est autre que le même ministère. Toutefois, le stade le plus rentable, au vu de l’afflux du public et du nombre d’activités footballistiques qu’il accueille, reste celui de Casablanca que Casa-Event ne veut donner de la laisse pour céder sa gestion à la SONORGES. Illogique et incompréhensible de constater que la gestion du plus rentable des stades du Royaume est attribuée à une autre structure que celle spécialisée et créée par l’Etat à ces fins.

SEGMA, CSP et les établissements gérés par les autorités locales

La quasi-totalité des établissements sportifs sont des propriétés soit des conseils municipaux soit du ministère de l’Education Nationale. Ce dernier qui a ouvert ses espaces d’éducation physique à l’exploitation des associations à caractère sportive pour inculquer les rudiments du sport aux jeunes. Le reste des infrastructures est gouverné sous régime des SEGMA (service de l’Etat géré de manière autonome) attaché à la direction du budget du ministère de la Jeunesse et des Sports au vu des changes et des recettes conséquentes qui en résultent ; tels que les piscines, les salles omnisports et les quelques stades toujours sous l’emprise de ce mode de contrôle. Cette approche du contrôle purement financier de la gestion des installations sportives, ne donne aucun aperçu sur le degré d’utilisation par référence à la fréquence d’exploitation par genre, par discipline et par nature de l’exploitant (Club, Société, événement sportif ou autres).

Pour les CSP (Complexe Sociosportif de Proximité), fruits de partenariat entre le ministère de la Jeunesse et des Sports et les collectivités territoriales ainsi que d’autres partenaires notamment l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH), ce projet vise à impacter la vie quotidienne des citoyens en rapprochant la dimension sportive et sociale dans les quartiers populaires avec un contenu adapté pour tous types de pratiquants (jeunes et adultes) et un service de qualité basé sur des tarifs adaptés perceptibles par le propriétaire de l’installation selon les arguments du ministère de la Jeunesse et des Sports. Là où le bât blesse. C’est la dualité d’intervention entre les conseils municipaux et les directions régionales du MJS, surtout lorsque les objectifs du politique ne riment pas avec les orientations des acteurs du sport. Créant ainsi le chaos, il en résulte un empiètement des pouvoirs et un blocus généralisé qui conduit inlassablement à une dégradation des biens publics.

Le secteur privé

Un rosier sans épines pour les investisseurs qui arrivent générament à rallier l’objectif d’élargir l’assiette des pratiquants du sport et de dégager des résultats bénéficiaires. Certes que leur finalité est purement mercantile, mais ils jouent un rôle considérable pour la vulgarisation du sport de masse. Néanmoins, ce secteur d’activité échappe au contrôle du ministère de la Jeunesse et des Sports, d’autant que la plupart de ces installations sont gérées par des associations sportives. Cette forme de gérance, leur permet d’échapper au contrôle fiscal. En outre, ces installations ne sont pas répertoriées dans les registres du MJS, ce qui pénalise l’évaluation du nombre des pratiquants et de recenser ces structures parmi les infrastructures sportives. 

Sur un autre registre, la qualification de l’encadrement technique laisse à désirer et peut leur causer préjudice, car le niveau de formation des entraineurs encadrants dans ces établissements privés n’est pas soumis au contrôle des autorités compétentes. A rappeler que conformément à la Loi de l’éducation physique et des sports, nul ne peut exercer la fonction d’entraineur éducateur s’il ne dispose pas de diplôme de qualification dans ce métier.

Sur un chemin semé d’embûches, le développement des infrastructures sportives nationales peine à sortir la tête de l’eau. La diversité des interlocuteurs et des orientations des acteurs n’assure pas l’élaboration d’une stratégie durablement appropriée. 

Réda ALKACEM

  


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