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Actu Maroc

Les cafés et les petits commerces redoutent un nouveau couvre-feu


Rédigé par Anass Machloukh le Mercredi 17 Mars 2021

À l’approche du ramadan, les propriétaires des cafés et les petits commerçants redoutent la prolongation du couvre-feu durant le mois sacré les condamnant à l’arrêt, une crainte partagée par les employés qui s’attendent au pire.




C’est avec un embarras manifeste que plusieurs commerçants et propriétaires de cafés et restaurants s’attendent aux nouvelles mesures que prendra le gouvernement dans les jours qui viennent, dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. Après la prolongation du couvre-feu de deux semaines supplémentaires, ils sont nombreux à avoir horreur d’une nouvelle prolongation, à quelques semaines du mois de ramadan. Un scénario fort probable, selon plusieurs témoins proches des cercles de l’Exécutif et du ministère de l’Intérieur, dont quelques-uns nous ont expliqué que le Maroc serait maintenu en état d’alerte sanitaire, aussi longtemps que durera la lutte contre la pandémie. Au-delà des considérations sanitaires, les conséquences économiques de la continuité des restrictions sont préoccupantes pour les gens qui travaillent dans les petits commerces, qui ne veulent pas fermer très tôt durant le mois de ramadan, qui coïncidera cette année avec le mois d’avril. Pas question pour eux, qui se rappellent la promesse du ministre de la Santé Khalid Ait Taleb, qui avait dit dans une interview que les Marocains jeuneront le ramadan sans restriction. Plusieurs emplois sont en jeu.

« Un couvre-feu ramadanesque », pas question pour les commerçants

L’éventualité d’un couvre-feu durant le mois sacré semble effaroucher particulièrement les propriétaires des cafés et les restaurateurs, dont plusieurs corporations ont convenu de demander une feuille de route au Chef du Gouvernement pour ramadan lors d'une conférence de presse, tenue mardi. 

Comme il est de coutume, le mois sacré entraîne une hausse de l’activité nocturne, sachant que les citoyens ont tendance à sortir le soir pour compenser une journée éprouvante. Ceci veut dire des recettes plus importantes pour les cafés et les restaurants, qui bénéficient ainsi de la dynamique commerciale qui leur permet de compenser le coût de la fermeture pendant la journée. Comme le couvre-feu les condamnera à un arrêt total pendant le ramadan, les propriétaires des cafés et les restaurateurs ont d’ores et déjà haussé le ton vis-à-vis du gouvernement. L’Association des propriétaires des cafés et des restaurants du Maroc a menacé de recourir à une grève générale en cas d’une prolongation des restrictions sans compensation.

Contacté par « L’Opinion », Noureddine Harrak, président de l’Association, nous a précisé que ce genre de mesures ne sont pas justifiées dans certaines régions où la pandémie recule. « Nous ne sommes pas contre les mesures préventives, mais le gouvernement doit prévoir des indemnisations pour les propriétaires, sachant que nous n’avons bénéficié d’aucune baisse, ni des charges sociales, ni fiscales », a-t-il confié. M. Harrak appelle le gouvernement à concéder une réduction ou une exonération des taxes de la patente, et des cotisations patronales pour pouvoir respirer.

Préserver les emplois, l’enjeu majeur

« Franchement, je ne suis pas certain que je garderai mon emploi si on s’arrête pendant le ramadan », nous confie Saïd, serveur dans un café, qui pense que son employeur n’hésitera pas à le renvoyer si leur café ferme ses portes pendant cette période. Une crainte partagée par d’autres employés, y compris ceux qui travaillent dans des magasins et des boutiques, avec un chiffre d’affaires en baisse depuis de début de la pandémie, dont les propriétaires songent sérieusement à réduire les effectifs. Différentes corporations ont d’ores et déjà exhorté le gouvernement à alléger les restrictions pour les petits commerces, pour éviter l’aggravation de leur état financier. La confédération marocaine des TPE-PME a proposé d’annuler ou prolonger le couvre-feu à une heure tardive (23h), et a appelé le gouvernement à ouvrir le débat avec les professionnels concernés. La confédération veut également que les employés et les chefs de petites entreprises (cafés, restaurants, et autres petits commerces) soient débarrassés du fardeau de l’attestation exceptionnelle de déplacement, qui entrave sérieusement leur activité. En outre, la confédération appelle le Comité de veille économique à préparer un programme d’aide et d’accompagnement des personnes impactées, avec des mesures d’indemnisation des employés. Il s’agit des indemnités forfaitaires pour les employeurs afin qu’ils puissent verser les salaires de leurs employés, et d’autres mesures de même nature.

Ces mesures compensatoires sont indispensables aux yeux de Allal Amraoui, député istiqlalien à la Chambre des représentants. Dans une déclaration à « L’Opinion », le député estime que les restrictions demeurent toujours de mise, et ce, pour garantir la réussite de la campagne de vaccination, Or « le gouvernement doit assumer sa responsabilité en indemnisant les catégories professionnelles impactées qui sont toujours les petits commerçants », a-t-il précisé.





Encadré 

Le Comité de veille appelé à la rescousse


Très fragiles, les petites ou moyennes entreprises ont l’air éclopé, à coups de restrictions imposées par la crise sanitaire. Alors que la situation épidémiologique semble s’améliorer visiblement au fur et à mesure que le temps passe, plusieurs petits patrons demandent l’abrogation des mesures restrictives dans plusieurs villes du Royaume, qui à leurs yeux, n’ont plus lieu d’être. Une aspiration portée par la Confédération marocaine des TPE-PME. Dans un communiqué, la confédération a fait savoir au gouvernement que les mesures restrictives, toujours en vigueur, portent clairement atteinte à ces petites structures, dénonçant ainsi l’absence de mécanismes de soutien financier adaptés à leur situation. Contacté par nos soins, Abdellah El Fergui, président de la Confédération, a précisé que le fardeau des attestations obligatoires de déplacements empêche les petits patrons et leurs employés, de mener leurs affaires convenablement, et en souffrent beaucoup dans leur quotidien. « Nos TPE-PME passent plus de temps à prendre la queue devant la préfecture pour avoir cette fameuse attestation qui les autorisent à se déplacer entres les villes pour aller travailler ou s’approvisionner de leurs fournitures », nous a-t-il confié.

Vers un plan de sauvetage ?

En effet, en cas de prolongation des mesures restrictives, les petites entreprises (cafés, restaurants, commerçants, etc.) seraient vivement touchées financièrement, d’autant que le mois de ramadan portera un sérieux coup de massue à leur activité, en cas de prolongation du couvre-feu. A cette perspective, la Confédération compte revendiquer auprès du gouvernement un plan de sauvetage des entreprises qui risquent la faillite, qui soit digne de ce nom, selon M. El Fergui. Ce dernier dénonce le silence de l’Exécutif et du Comité de veille économique, qui « n’a rien fait pour convaincre ce gouvernement d’alléger les structures et la souffrance des TPE-PME ».

En effet, il s’agit de reprendre quelques mesures d’urgence prises durant la période difficile de crise sanitaire. Selon Abdellah El Fergui, les TPE-PME ont subi à elles seules les mesures de restrictions et du couvre-feu, « elles doivent donc être indemnisées », a-t-il plaidé, préconisant de mettre en place un programme d’aides financières et des allègements fiscaux pour celles qui sont menacées de faillite. Cela ne peut aboutir que par un dialogue sérieux avec la Confédération marocaine de TPE-PME et les autres corporations des petits commerçants et auto-entrepreneurs.

Trois questions à Amine Nejjar

Les cafés et les petits commerces redoutent un nouveau couvre-feu

Amine Nejjar, conseiller du président de l’Union générale des entreprises et des professions (UGEP), a répondu à nos questions sur l’impact de la prolongation des mesures de restrictions de déplacement sur les petites entreprises, les commerçants et les auto-entrepreneurs.

- Comme vous le savez, il est fort probable que le gouvernement prolonge l’état d’urgence sanitaire au-delà du mois d’avril, et notamment le couvre-feu. Compte tenu de l’amélioration de la crise sanitaire, ces mesures sont-elles justifiées ?


D’abord, il est clair que la situation épidémiologique s’améliore, au moment où la campagne de vaccination avance à une cadence très rapide. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Aussi faut-il rester vigilant envers la pandémie, qui dure toujours, et qui prendra, paraît-il, beaucoup plus de temps qu’on pense. Dans ce contexte, il faut absolument songer à alléger un peu les restrictions pour permettre aux auto-entrepreneurs, les petits commerçants, et les autres petites activités de respirer un peu.

- Les cafés et les restaurants risquent de fermer leurs portes durant le ramadan si le couvre-feu est maintenu, qu’en pensez-vous ?

En effet, ils sont nombreux à être asphyxiés des effets de la crise et des mesures restrictives. On parle des commerces, des Hammams, et d’autres. Evidemment que le secteur de la bouffe sera l’un des plus touchés par la prolongation du couvre-feu, vu que les cafés et les restaurants seront obligés de suspendre leur activité durant le mois sacré. Déjà ils parviennent difficilement à maintenir leur activité, à cause des mesures de distanciation sociale et la fermeture à 20h, qui réduisent considérablement leurs recettes.

- Au cas où le gouvernement prolonge les mesures de restrictions et surtout le couvre-feu, pensez-vous que les autorités doivent indemniser les propriétaires des PME impactés et les petits commerçants pour préserver les emplois ?

Nous sommes sidérés du silence du gouvernement et du Comité de veille économique qui, jusqu’à présent, n’ont pas réagi par des mesures d’accompagnement aux catégories concernées. Le Comité de veille économique est appelé à inviter les corporations des TPME et des auto-entrepreneurs, et des commerçants, afin de convenir des mesures de sauvetage adéquates. Plusieurs mesures sont envisageables à savoir la baisse des charges fiscales, les mesures d’indemnisation aux employés etc.