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Leasing aérien : Un business en quête de décollage au Maroc


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Mercredi 21 Septembre 2022

Très dynamique, le secteur du leasing aérien ne cesse de se développer à l’échelle internationale. Au Maroc, un long chemin reste à parcourir pour se positionner en Afrique.



Peu connu du grand public, le leasing aérien, autrement appelé “fret commercial”, ne cesse de se développer dans le monde entier, vu que la flotte des compagnies aériennes ne cesse d’augmenter, tant la demande sur le transport aérien va crescendo. La flotte mondiale, rappelons-le, compte plus de 30.000 aéronefs, dont près de la moitié fait l’objet de location.

Le concept de ce business est simple, ça consiste à louer des avions à des compagnies aériennes qui jugent plus rentable de louer un appareil pour une période donnée plutôt que de l’acheter et avoir à supporter des charges d’amortissement et de dépréciation importantes. C’est ici qu’interviennent des opérateurs du leasing aérien. Leur rôle est de répondre aux besoins des compagnies aériennes au niveau mondial en leur fournissant des avions destinés au transport du courrier ou de passagers. Ce secteur est d’autant plus en dynamique que les perspectives de développement sont prometteuses. D’ici les dix prochaines années, il est prévu que la flotte mondiale d’avions civils se multiplie, poussant les opérateurs de location à se frotter les mains en quête de nouveaux débouchés.

Promouvoir le Label Maroc

Au Maroc, ce “nouveau business”, qui existe pourtant depuis bien longtemps, est dans une phase embryonnaire. On compte un seul opérateur marocain dans ce secteur. Il s’agit de “ABL Aviation”, dirigé par Ali Ben Lmadani, qui figure parmi le top 45 à l’échelon mondial et qui est implanté au Royaume via un bureau de support, situé à Casablanca, sachant qu’il a d’autres bureaux à Hong Kong, Tokyo, etc...

“Nous avons un Bureau au Maroc avec des ingénieurs et des cadres très intelligents et hautement qualifiés, nous en sommes fiers”, se félicite M. Ben Lmadani, lors d’un point de presse tenu lundi en marge du Forum ISTAT EMEA qui a eu lieu du 18 au 20 septembre, à Marrakech. Il s’agit du premier événement de ce genre à être organisé au Maroc.

Cette édition, rappelons-le, a été organisée à Marrakech grâce à un long travail de lobbying. Il a fallu près de quatre ans pour persuader les opérateurs de se réunir dans la Cité ocre. Cette année, le forum a réuni les plus grands acteurs mondiaux de l’aviation commerciale. Près de 1500 participants y ont pris part. L’objectif est de faire le point sur l’évolution du secteur et jeter la lumière sur ses perspectives d’évolution. Aussi, le fait de permettre la rencontre d’opérateurs de différentes nationalités est-il important.

En plus des rencontres et du partage des expériences, il s’agit d’une occasion d’aborder des questions sensibles, telles que l’investissement, la sécurité, l’optimisation des échanges ou encore la durabilité. “Cette manifestation représente à la fois une vitrine pour les compagnies aériennes internationales et nationales, et une puissante plateforme pour la promotion de l’aviation commerciale en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique”, nous expliquent les organisateurs de l’événement.

Encore du travail à faire !

Au-delà de ces objectifs, l’enjeu majeur pour ABL, sponsor de l’événement, est de promouvoir le label Maroc, en tant que marché prometteur auprès des différents acteurs mondiaux. Or, force est de constater qu’il reste un long chemin à parcourir dans la promotion de ce secteur. Plusieurs difficultés persistent pour libérer le potentiel du Royaume.

D’abord, le marché du transport aérien qui n’est pas aussi important pour les entreprises de location puisque les clients potentiels au sein du Maroc ne sont pas nombreux. Il suffit de réaliser qu’il n’existe aucune collaboration entre “ABL” et la Royale Air Maroc. (Voir Trois questions) Deuxièmement, même le fait de s’installer de façon plus importante au Royaume est une décision difficile à prendre pour un opérateur tel que “ABL”, qui bien que dirigé par un Marocain doté de l’amour du pays, cela ne suffit pas pour l’amener à déplacer son siège qui se trouve actuellement à Dublin, en Irlande. Un choix évident vu le régime fiscal très incitatif de l’Irlande. Donc, la fiscalité est un critère indispensable pour un opérateur.

Aux yeux de Ben Lmadani, si le Maroc proposait un régime plus encourageant, ce serait une bonne nouvelle. “S’il y a un régime de non-double imposition entre le Maroc et l’Irlande, et si le Maroc baisse le niveau d’imposition, il aura certainement un grand potentiel en termes d’attractivité”, a-t-il plaidé. En fin de compte, le Maroc est en mesure de se faire une place dans ce secteur et devenir ainsi un leader, ne serait-ce qu’à l’échelon régional. “Oui, il y a du potentiel”, opine le patron d’ABL en réponse à une question de « L’Opinion », laissant entendre que le Maroc n’a qu’à s’inspirer des «success stories” en Afrique.

M. Ben Lmadani cite l’exemple de l’Ethiopie, dont la compagnie Ethiopian Airlines, qui a réussi à devenir “un leader africain” avec une flotte consistante et de qualité. En plus, plus on a des compagnies aériennes de grande envergure avec une flotte nombreuse et un flux conséquent, plus le secteur de location se développe en corollaire.

Par ailleurs, qui dit promotion de l’image du Maroc, dit renforcer sa capacité à attirer les entreprises ayant des ambitions africaines. C’est-à-dire celles qui veulent faire du Royaume une plateforme de déploiement sur le marché continental. Toutefois, le marché demeure rigide vu que le coût du leasing demeure très élevé, ce qui affecte, par conséquent, la compétitivité.



Anass MACHLOUKH

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Leasing aérien : Un business en quête de décollage au Maroc

Location d’avions


Pourquoi le leasing ?
 
Le recours à la location est souvent une carte gagnante pour les compagnies aériennes qui se trouvent parfois dans des situations telles qu’elles se sentent obligées de faire appel à un loueur à des fins d’optimisation. Par exemple, les compagnies y font appel lorsqu’il y a une forte demande et qu’elles ont un fort besoin d’augmenter leur flotte dans un temps record. Comme la livraison d’un avion neuf prend près de sept ans après sa commande, les compagnies jugent plus opportun de le louer pour répondre à un besoin immédiat.

Outre cela, durant la pandémie, les compagnies du leasing ont joué un rôle vecteur sur le marché parce qu’elles ont racheté des avions des compagnies aériennes qui, elles-mêmes, avaient besoin cruellement d’argent pendant la suspension du trafic aérien. Ainsi, les entreprises de location ont procédé à ce qu’on appelle le “Sale and Leaseback”, par lequel on achète un avion d’une compagnie pour le lui relouer ensuite pour une longue durée.
 

Covid-19


Quel impact ?
 
Il va sans dire que la Covid a frappé de plein fouet le trafic aérien, au point que l’activité a totalement cessé durant les premiers mois de la pandémie. Frôlant la faillite, à laquelle elles n’ont pu échapper que grâce au soutien des Etats, les grande compagnies du monde ont été contraintes d’immobiliser leurs flottes. La récession qu’a connue le monde entier suite à la Covid-19 n’a pas été aussi périlleuse sur le secteur du leasing aérien, à en croire Ali Ben Lmadani qui s’est montré confiant dans la capacité de résilience du secteur.

Selon lui, les effets de la pandémie demeurent limités. En outre, la politique de la hausse des taux d’intérêt par les Banques centrales a laissé craindre une éventuelle hausse des loyers. Pas question de paniquer, tranche le CEO d’ABL, qui explique que, jusqu’à présent, il n’y a pas encore eu de corrélation entre le coût du crédit bancaire et celui du loyer. “Il faut quasiment six mois pour que la hausse des taux d’intérêt puisse se répercuter sur le tarif du loyer”, a clarifié Ali Ben Lmadani lors du point de presse.

Si on parle de la relation entre taux d’intérêt et loyer, c’est parce que les compagnies de leasing elles-mêmes achètent leurs aéronefs à crédit, ce qui explique le rapport qui puisse exister. Le secteur du leasing, rappelons-le, est d’autant plus résilient que les contrats de location portent sur une longue durée (approximativement entre 7 et 15 ans).
 

Trois questions à Ali Ben Lmadani

Leasing aérien : Un business en quête de décollage au Maroc

“Nous n’avons pas encore collaboré avec la RAM”
 
Ali Ben Lmadani, CEO de ABL Aviation, a répondu à nos questions sur le secteur du leasing aérien et ses perspectives de développement au Maroc.


- Considérez-vous le forum de Marrakech comme un succès ?

- Cela fait quatre mois que nous sommes en train de faire du lobbying pour organiser cet événement à Marrakech. On a dû convaincre et faire un effort considérable de pédagogie pour arriver à cet objectif. Notre combat est de promouvoir l’image du Maroc et de ramener les compagnies aériennes au pays. Je me réjouis du fait qu’on soit parvenu à accueillir un grand nombre de participants, près de 1500, alors qu’on s’attendait à un chiffre beaucoup moins élevé.


- Votre activité est plus concentrée sur le marché international, vous arrive-t-il de collaborer avec la Royal Air Maroc ?

- Pour l’instant, il n’y a pas de collaboration, bien que nous connaissions très bien la compagnie et que nous avons de bonnes relations avec sa Direction. Nous n’avons pas encore loué des avions à la RAM pour une raison très simple. Je rappelle que celle-ci ne demande pas souvent des avions, sachant qu’il lui arrive de commander un ou deux avions par an. Nous en louons plus à des compagnies comme AL ou Delta Air Lines, Lufthansa et Pegasus. En gros, si nous avons l’ambition de développer ce secteur au Maroc, c’est par amour du pays, même si le potentiel demeure faible.


- Pensez-vous que le Maroc ait les moyens de devenir un leader régional ou africain si on y investit assez ?

- Actuellement, on a besoin de faire connaître le business du leasing aérien et le promouvoir plus audacieusement au Maroc. Bien qu’il faille un travail de longue haleine pour y parvenir, il est vital de commencer dès maintenant.



Recueillis par Anass MACHLOUKH
 








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