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Tribune libre

Le paiement digital entre la crise financière de 2008 et la crise Covid19


Rédigé par Kamal Archane le Mercredi 20 Mai 2020

Les services financiers connaissent des ruptures majeures à chaque crise mondiale, le Maroc ne doit pas manquer le rendez-vous cette fois ci pour accélérer l’inclusion financière.



Kamal Archane, membre de l'alliance des economistes Istiqlaliens (AEI)
Kamal Archane, membre de l'alliance des economistes Istiqlaliens (AEI)
La crise financière mondiale 2008 avait transformé profondément le paysage de l’industrie bancaire et a permis l’émergence de nouveaux acteurs dans les services financiers, les Fintechs. D’une part, cette crise a été marquée par une perte d’emploi massive dans le secteur et a déclenché une série de changements réglementaires qui a impliqué des efforts coûteux chez les banques dans le domaine de la conformité au détriment des investissements dans l’innovation et en particulier celle qui concerne la banque de détail, d’autre part les clients particuliers avaient perdu confiance dans ces institutions financières et dans le dysfonctionnement du système financier à l’origine d’une crise mondiale.
 
Dans ce contexte mondial, un nouveau type d’institutions financières Fintechs sont arrivées sur le marché en mettant l’accent sur les nouvelles technologies et ont contribué en effet à l’inclusion financière dans plusieurs pays émergents avec des nouveaux modèles économiques.
 
Cette fois ci et contrairement à la crise financière 2008, les institutions financières ne sont plus l’origine de la crise, le niveau de confiance des clients n’a pas été impacté par la crise et d’autant plus que les services financiers digitalisés existants tels que le paiement sans contact, par mobile ou le e-commerce ont apporté une solution immédiate et adaptée à cette situation de crise.
 
Le paiement digital a apporté une réponse immédiate et adaptée non seulement à la distanciation physique ou au confinement mais aussi à la gestion de la crise comme outil d’inclusion sociale et économique :

Dans le contexte actuel relatif au Covid19, le paiement digital offre une expérience client cohérente avec la distanciation sociale en adoptant par exemple le mobile money comme mode de transfert d’argent et de paiement sans contact tout comme pour le paiement en ligne via les plateformes de commerce électronique qui a connu une progression de 30% au niveau mondial ou le paiement sans contact par carte qui a amené à l’augmentation du plafond dans plusieurs pays y compris le Maroc.
 
Le paiement digital a permis à certains gouvernements une meilleure gestion de crise sociale en tenant compte des contraintes sanitaires en distribuant les aides sociales ciblées aux citoyens. Les services financiers digitalisés ont profité également aux petites entreprises et au secteur informel, c’est le cas par exemple de KCB Bank et Safaricom au Kenya qui ont mis des fonds pour des prêts via le mobile money pour le secteur des TPME pendant la période de pandémie. En effet, le paiement digital ne constitue pas seulement une réponse à la distanciation ou au confinement des citoyens mais il offre un outil d’inclusion économique dans un contexte où plusieurs activités liées au contact physique tels que les petits commerçant, les TPE, les artisans ou les petits agriculteurs. Ces acteurs de l’économie sociale peuvent maintenir leurs activités en ayant recours au paiement par mobile ou en ligne via les plateformes du commerce électronique.
 
Cette crise a été marquée par une implication encourageante des régulateurs et des initiatives des institutions financières pour favoriser l’usage des services financiers digitaux :

Cette crise a été marquée par l’implication encourageante des régulateurs et l’initiative de quelques institutions financières pour favoriser l’usage des services financiers digitaux. C’est le cas de la BCEAO qui a mis en œuvre une série de mesures dans ce sens tels que la gratuité des transferts à l’échelle nationale entre personnes à hauteur de 5000 FCFA, le relèvement du plafond de rechargement du porte-monnaie électronique ou la gratuité de paiement des factures d’eau et d’électricité à hauteur de 50000 FCFA.
 
D’autre part, pour réduire les contacts entre les utilisateurs du mobile money et les agents et d'inciter davantage les citoyens à utiliser les services financiers digitaux, les régulateurs de l'Union monétaire ouest-africaine, du Ghana, de l'Égypte, de la Jordanie et du Pakistan ont assoupli les exigences KYC pour la souscription des nouveaux clients et ont autorisé l’ouverture de compte à distance
 
Bien que ces mesures soient provisoires et concernent une transformation contextuelle dans les services financiers, les régulateurs et les acteurs de ce nouvel écosystème financier doivent capitaliser sur cette expérience pour accélérer davantage l’inclusion financière
 
Quant au Maroc, il faut une adhésion dans cette dynamique pour construire un modèle viable et durable :

✓ Continuer à adopter une réglementation agile qui vise à tester des mesures et apprendre durant la phase d’implémentation pour trouver le meilleur équilibre entre l’innovation et la gouvernance,

✓ Booster l’usage du mobile money en créant des synergies avec les programmes gouvernementaux qui touchent les populations exclues financièrement tels que la distribution des aides sociales ciblées tels que le Ramed ou le déboursement du programme Tayssir,

✓ Encourager l’adoption du paiement par mobile pour les commerces de proximité à travers des incitations fiscales sur les services financiers digitaux,

✓ La mise à la disposition de l’identité digitale nationale aux acteurs privés pour faciliter l’ouverture des comptes à distance et l’identification de certaines transactions à moyen terme,

✓ Créer des passerelles entre les infrastructures technologiques en interconnectant et en standardisant le maximum des services financiers et digitaux des acteurs de l’écosystème financier digital.
 
Kamal Archane 

  



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