Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Culture

La sagesse de l’aphorisme : Les tendances universelles dans l’écriture d’Ali Skalli


Rédigé par Khalid BRAKSA le Mercredi 30 Juin 2021



La sagesse de l’aphorisme :  Les tendances universelles dans l’écriture d’Ali Skalli
« Par-delà l’apparence », publié en 1998 et préfacé par le poète et diplomate Salah Stétié, est classé par l’auteur en tant que recueil d’aphorismes. En effet, l’ouvrage contient un grand nombre d’aphorismes que Ali Skalli a répertoriés selon des entrées comme Balises, Boite noire, Facettes, Spicilège, Braconnage, Humaine humanité…

Ali Skalli dans « Par‐delà l’apparence », montre une certaine personnalité aphoristique qui se caractérise par une forte tendance à convoquer les paramètres universels de l’aphorisme tout en conservant les particularités les plus intimes de son style aphoristique. Et c’est ainsi que se concrétisent deux principes fondamentaux qui traversent l’expérience aphoristique de Skalli, à savoir ce qu’on pourrait bien appeler « les universaux »  et  les  « codes de distanciation ».

Sous l’aspect des universaux, il est possible de ranger tous les paramètres littéraires, linguistiques et pragmatiques qui inscrivent l’aphorisme de Skalli dans la mondialité de l’écriture aphoristique. En d’autres termes, Ali Skalli possède un certain nombre d’affinités avec la communauté aphoristique (Nietzsche, Cioran, Kafka, Benjelloun, Reverdy…) par le recours à la généralité, la phrase courte, l’obsession définitionnelle, la description intime, la condensation de l’espace et l’allure proverbiale, entre autres.

Par rapport au paramètre de généralisation, Skalli recourt  presque systématiquement à l’usage du pronom  indéfini « on » et de la première personne du pluriel pour exprimer une certaine unanimité par rapport aux situations évoquées : Notre horizon dépend de l’étendue de notre savoir ; Quand on ne fait que de son mieux, n’a-t-on pas tendance à croire que ce mieux est le meilleur ? Nous vivons comme au coeur d’un oignon, enfermés dans des solitudes successives. C’est un usage générique où les deux pronoms « on » et « nous » remplacent tous les hommes, ce qui confère à l’aphorisme de Skalli la flexibilité nécessaire, pour véhiculer la sagesse qui traverse les temps.

Ainsi Skalli recourt à un procédé simple pour concilier les deux voix proverbiale et aphoristique, à savoir la conservation du moule formel du proverbe et l’injection de l’énoncé aphoristique : Rien n’empêche qui a ri Vendredi de rire aussi Dimanche ; Il ne sert rien de vouloir te délester de ton passé. Ton passé te courra toujours après.

Ali Skalli rejoint la communauté aphoristique surréaliste mondiale par l’obsession définitionnelle qui trahit chez lui une grande volonté de maîtriser le monde à partir du langage, dans la mesure où les jeux de définition étaient une pratique très sollicitée par les amis de Breton : L’homme est la créature la plus parfaite de l’univers ;Toute guerre est carnage au cours duquel s’entre-tuent des haines anonymes ; Le remords est une casserole attachée à la queue du plaisir ;Le génie est un djinn enchaine.

L’aphoriste se montre ainsi obnubilé par la volonté de délimiter et de déterminer les champs de connaissance abordés dans ses aphorismes. Toutes les catégories attributives précitées, à savoir l’homme, la guerre, le remords et le génie relèvent de la valeur attributive qui représente une évaluation subjective des domaines estimés.
 
Khalid BRAKSA
Enseignant de français, Doctorant chercheur