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Culture

La poésie a sa journée mondiale, ses Prix, mais où sont passés les poètes ?


Rédigé par Abdallah BENSMAÏN le Mercredi 17 Mars 2021

La poésie a sa journée mondiale, mais pas la littérature ou le roman, comme ont pu l’avoir la philosophie, l’environnement ou la femme... Elle a aussi ses Prix. Survol d’une journée pas comme les autres.



A la veille de la Journée de la poésie, célébrée le 21 mars de chaque année, comment ne pas rappeler l’attribution du Prix Nobel de littérature 2020 par l’Académie suédoise à la poétesse américaine Louise Glück, signifiant ainsi que la poésie n’est ni morte ni enterrée malgré sa quasi-disparition des catalogues des éditeurs qui font l’actualité éditoriale et du livre ?

Le Nobel de littérature n’est pas l’unique trophée de Louise Glück qui avait également obtenu le Prix Pulitzer de poésie en 1993, le National Book Critics Circle Award (The Triumph of Achilles), le Prix de l’Academy of American Poets, le Wallace Stevens Award et la médaille d’or de la poésie de l’American Academy of Arts and Letters.

Au Maroc, la Maison de la Poésie réunit des poètes confirmés et fut dirigée tour à tour par Mohammed Bennis, Hassan Najmi et Najib Khodari, connus au Maghreb et dans le monde arabe, sans oublier l’actuel président Mourad Kadiri. La Maison de la Poésie a même institué un prix international de la poésie et le lauréat de cette année n’est autre que Mohamed Achaari, un poète connu et reconnu également à l’échelon du Maghreb et du Monde arabe. Le prix qui porte le nom Argana est décerné chaque année en partenariat avec la CDG et en coopération avec le ministère de la Culture. Le Prix Argana est à sa quinzième édition. Le choix s’est porté sur la poésie de Mohamed Achaari qui a contribué, selon les termes du communiqué de la Maison de la poésie au Maroc, “pendant plus de quatre décennies, à la consécration de l’écriture en étant que résistance visant à élargir les espaces de la liberté dans la langue et l’écriture, à travers une pratique poétique plaçant la liberté au centre de ses intérêts”.

La poésie ne s’édite plus Les prix de la poésie permettent d’entretenir la flamme mais ne sont pas suffisants en soi. La Journée Mondiale de la Poésie proclamée en 1999 a pour objectif d’encourager la lecture, la rédaction, la publication et l’enseignement de la poésie dans le monde entier et de «donner une reconnaissance et une impulsion nouvelles aux mouvements poétiques nationaux, régionaux et internationaux», selon l’UNESCO qui porte, depuis cette année le projet. Il s’agit pour ses promoteurs, les Nations Unies, de soutenir la poésie, dans son interaction avec les autres formes de création selon la formule de Delacroix qui écrivait dans son Journal «Il n’y a pas d’art sans poésie».

Les commémorations favorisent-elles l’essor de la poésie, dans ses audaces, esthétiques, langagières, cette logique d’affrontement qui la distingue de son environnement créatif et littéraire ? La poésie n’évolue pas à l’ombre des mondanités et ces rencontres pêchent par cet aspect qui en limite la portée. Un prix, heureusement, vient consacrer l’existant sinon il y a longtemps que la poésie serait morte, cette fois-ci, de sa belle mort.

La Journée mondiale de la poésie comme le Prix de la Maison de la Poésie suscitent-ils un intérêt éditorial pour la poésie ? Certes, pas. La finalité est l’animation culturelle. La Maison de la Poésie est devenue une sorte d’éditeur à part entière comme en témoigne la présentation des publications parues au titre de l’année 2019, consacrées, pour l’essentiel, à la traduction et à la critique. Ces publications ont bénéficié du programme de soutien à l’édition et au livre du ministère de la Culture. La traduction et la critique ne sont pas du registre de la création poétique, mais, toutes proportions gardées, elles y contribuent. L’une comme l’autre participent à l’enrichissement de la poésie et créent des espaces interculturels par lesquels l’intelligence poétique se faufile, se trace des chemins improbables et de discontinuité pour ne pas dire de rupture.

Comme la poésie a peu d’affinités avec ce qui peut relever de l’institutionnel – les subventions des Organisations et de la Coopération internationales, du ministère de la Culture, des fondations quand elles existent... -, le choc poétique (et esthétique, selon l’expression de Abderrahmane Tenkoul qui faisait remarquer que la Covid-19 n’a pas provoqué de choc esthétique dans la littérature maghrébine) n’a pas le sens des mondanités et des discours convenus. La poésie se reconnait dans les débats... surréalistes et guère dans les discours planifiés à l’année !

Dans ce sens, la Journée Mondiale de la Poésie a des raisons d’être quand elle se penche sur l’oralité, les expressions collectives et non individuelles qui sont le cachet de la poésie représentée par des auteurs à l’immense stature : Tahar Ben Jelloun est de ceux-là ainsi que peuvent l’être Abdellatif Laabi, Mohammed KhaïrEddine ou encore Mohamed Loakira, Mustapha Nissaboury, Abdelaziz Mansouri, Abdelkébir Khatibi, Mohammed Bennis, Mohamed Al Achaari, Hassan Najmi, par exemple. L’espoir est permis avec l’actuelle génération de poètes, Rachid Khales, Mohamed Hmoudane, du moins en langue française.
Abdallah BENSMAÏN

  


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