Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

La pandémie recule, les gens en quête d’une liberté retrouvée


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Lundi 17 Mai 2021

Alors que le gouvernement tarde à annoncer son plan pour l’après Ramadan, les Marocains s’attendent impatiemment à un allègement des restrictions. Les experts acquiessent.



Quatre jours après la fin du mois de Ramadan, les Marocains se demandent encore ce que prépare l’équipe de Saâd Dine El Othmani en ce qui concerne la gestion de l’état d’urgence sanitaire qu’elle a prolongé jusqu’au 10 juin. Redoutant le scénario douloureux de l’Aïd El-Kbir, l’Exécutif n’a pas hésité à maintenir les mesures prises durant le Ramadan au cours des premiers jours suivant l’Aïd Al Fitr (couvre-feu, restrictions de déplacement, etc), au moment où les Marocains s’impatientent de retrouver le charme d’une vie normale après un couvre-feu qui les a privés de la chaleur sociale ramadanesque. Nombreux sont les concitoyens qui aspirent à un allégement de l’état d’urgence sanitaire sachant que le gouvernement reste laconique sur cette question jusqu’à présent. Ce voeu demeure réalisable en vue de la situation épidémiologique qui s’est visiblement améliorée durant les quatre dernières semaines. Dans son bilan bimensuel, le ministère de la Santé a fait état d’une baisse palpable des cas de contagion, estimée à 19,5% entre le 26 avril et le 10 mai. Comme la fréquence des contaminations et des décès a manifestement baissé, ce qui prémunit le système de santé, beaucoup pensent qu’il est envisageable d’un point de vue sanitaire de réduire le poids des restrictions, d’autant plus que l’économie nationale en reste tributaire. Quoique les autorités n’aient rien annoncé jusqu’à maintenant, des sources proches du gouvernement nous ont confié qu’un plan d’allègement est en cours de préparation et que les annonces ne tarderont pas à en être faites dans les jours qui viennent.

Un couvre-feu à 23h ?

Le couvre-feu est l’une des mesures ayant fait le plus parler durant le mois sacré, par son coût économique et son impact sur les petits commerces. Selon des sources bien informées, les réunions des comités de veille régionaux avec les autorités territoriales se multiplient, pour songer à ce qu’il faut faire dans chaque région maintenant que l’état d’urgence sanitaire est prolongé. Ce qui donne plus de marge de manoeuvre aux préfets et aux walis en matière de décision. Grâce à l’amélioration de la situation sanitaire, il ne fait aucun doute que le couvre-feu sera assoupli, nous indiquent les mêmes sources, sous couvert d’anonymat, précisant que l’interdiction des déplacement nocturnes sera désormais appliquée à 23h au lieu de 20h. Cette décision est toujours en cours d’examen et pourrait être officialisée au cas où un accord définitif est trouvé avec les représentants du secteur de la restauration. L’Association des propriétaires des cafés et des restaurants du Maroc revendique inlassablement cet allègement, nous précise son président Noureddine Harrak, ajoutant que les pourparlers avec les autorités sont toujours en cours.

Déplacements inter-villes : autonomie des régions

Il en est de même pour les petites et moyennes entreprises, dont les patrons et les salariés ne supportent plus les contraintes de déplacements entre les villes, jugées nuisibles à leur activité. Même si le gouvernement gère l’état d’urgence sanitaires par une approche nationale centralisée, nos sources nous ont confié qu’en cas d’allègement, il incombera aux préfets, aux walis et aux autorités territoriales d’ouvrir ou de fermer l’accès aux villes et aux régions, faisant partie de leur ressort, et ce, en fonction de la situation épidémiologique. Cette mesure est vivement appréciée par la confédération des TPE-PME dont le président Abdelah El Fergui a revendiqué à maintes reprises d’exempter les professionnels des PME des attestations exceptionnelles de déplacements. En effet, soulager ce type d’entreprises qui constituent la majeure partie du tissu économique national est une nécessité aux yeux du député istiqlalien Allal Amraoui, qui préconise un allègement « prudent » des mesures préventives pour permettre à plusieurs secteurs impactés comme l’événementiel, la restauration, le tourisme et l’artisanat de pouvoir démarrer et se préparer suffisamment à la saison estivale. Encore faut-il, selon M. Amraoui, persévérer dans l’effort de prévention par une stratégie de dépistage efficace. « Il est judicieux de déployer les tests antigéniques à grande échelle », a-t-il recommandé.

Un allègement  possibled’un point de vue sanitaire

L’hypothèse d’un allègement des restrictions ne fait pas autant peur qu’avant le Ramadan vu que la pandémie semble sous contrôle même après la détection des nouveaux variants britannique et indien. Des experts comme Azzedine Ibrahimi, membre du comité scientifique, estiment que les circonstances sont propices pour un allégement des restrictions, y compris le couvre-feu et l’interdiction des rassemblements. Dans un poste sur Facebook, M. Ibrahimi a expliqué que cela est possible grâce au recul des décès et des cas critiques ainsi qu’à la reprise de la campagne de vaccination. Idem pour Tayeb Hamdi, chercheur en système et politiques de santé, qui préconise un allégement progressif du couvre-feu tout en veillant à respecter les gestes barrières dans les lieux publics. « Il est plus prudent de préserver le couvre-feu une dizaine de jours après l’Aïd avant de l’alléger », a-t-il préconisé. Cependant, M. Hamdi conditionne cet allègement par le renforcement des gestes barrières dans les lieux publics et notamment dans les cafés et les restaurants sachant que ceci fait souvent défaut.
 

Trois questions à Kamal Mahroum El Filali

 
« Nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge »
Kamal Marhoum El Filali, virologue et chef de service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd à Casablanca, a répondu à nos questions sur la faisabilité d’une levée des restrictions de déplacements d’un point de vue sanitaire.

- Le gouvernement s’apprête à alléger plusieurs mesures restrictives avec l’aval de plusieurs experts du comité scientifique. Partagez-vous cet optimisme ?

- La situation est la suivante : il est clair actuellement que la situation épidémiologique est actuellement sous contrôle, avec la chute du nombre des cas positifs et des décès qui reste stable. Nous avons pu assurer cela grâce à la prévention qui a présidé à la gestion de la pandémie durant le mois de Ramadan. Donc, tous ces indices permettent une levée des restrictions. Le gouvernement devra prendre une décision qui prend en compte les indices sanitaires et de la situation économique, sachant que l’activité a besoin d’une bouffée d’oxygène.

- L’apparition du variant indien n’appelle-t-elle pas à plus de vigilance ?

- Bien sûr, en contrepartie d’un allégement des restrictions, il est indispensable de multiplier des gestes barrières et la distanciation sociale. Comme vous savez, tout relâchement de la population et tout excès de confiance seraient préjudiciables et risquent de nous ramener au point de départ.

- La reprise de la campagne de vaccination est-elle décisive dans la décision que prendra le gouvernement dans les jours qui viennent ?

- Oui, effectivement, dans la mesure où le rythme de la vaccination avance de jour en jour, ce qui demeure un point positif. Je tiens pourtant à souligner que la poursuite de la cadence actuelle dépend toujours de la disponibilité des vaccins et la continuité de l’approvisionnement.