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Actu Maroc

L'intelligence Artificielle contre les pandémies et les catastrophes naturelles

Intelligence artificielle


le Mercredi 1 Avril 2020

Omniprésente, fascinante et prometteuse, l’Intelligence Artificielle constitue le futur réservoir dune créativité humaine renouvellée. Rencontre avec une passionnée de cette science tout sauf infuse.



L'intelligence Artificielle contre les pandémies et les catastrophes naturelles
Même si elle n’est pas palpable de prime abord ou à l’oeil nu, l’intelligence artificielle fait partie de notre quotidien. Qui n’a jamais joué aux Jeux-vidéo, surfé sur les réseaux sociaux, conservé ses données sur le Cloud ou manipulé un smartphone à longueurs de journées ? L’ensemble de ces petits gadgets qui font désormais de notre routine la plus banale, regorgent en effet d’Intelligence Artificielle.

Derrière toutes ces technologies mises au point, il y a des chercheurs, des scientifiques qui s’acharnent à réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine. Pour plus de précisions sur l’apport de l’IA, surtout, en cette période de pandémie virale, nous avons contacté Amal El Fallah Seghrouchni, une marocaine qui a fait toute son éducation de base à Rabat.

Sa passion pour l’AI l’a conduite à Paris où elle a poursuivi ses études supérieures et obtenu un Doctorat en Informatique à la prestigieuse Université Pierre et Marie Curie. Professeure de classe exceptionnelle à Sorbonne Université de Paris, Faculté des Sciences et d’Ingénierie, elle est experte en technologies du digital (numérique), spécialiste en Intelligence Artificielle et systèmes Multi-Agents et s’intéresse de près à l’éthique et à l’impact sociétal des technologies qu’elle développe (liées à l’IA, à l’intelligence ambiante et à l’Internet des objets). Récemment nommée, elle est également la seule marocaine à siéger parmi la prestigieuse Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) dépendante de l’UNESCO.

-Quel pourrait être l’apport de l’IA en cette période de pandémie mondiale ?

-D’abord l’IA est un véritable catalyseur de la transformation digitale. Ce qu’on appelle la « DIGITALIA », est cette nouvelle façon de concevoir des logiciels intelligents où l’IA vient sublimer le digital en le rendant intelligent.

Pendant cette crise sanitaire sans précédent, la DIGITALIA aide déjà à créer des applications mobiles bénéficiant d’interfaces multimodales pour aider les populations à s’informer, à rester connectées. Cette technologie procure également des services dématérialisés (B2B ou B2C) et des plateformes d’échange pour pallier le confinement et assurer la continuité de service, déployer des drones de surveillance ou de protection des citoyens comme on le voit en en Inde et en Chine, voire même pratiquer des opérations chirurgicales à distance ou faire des consultations en télémédecine.

-Pourquoi a-t-on pourtant toujours l’impression qu’il s’agit de science-fiction lorsqu’on d’IA ?

-C’est maintenant une réalité. Avec des méthodes d’IA cognitive, il est possible d’automatiser la prise de décision, de guider des ambulances à atteindre les hôpitaux le plus rapidement possible leurs destinations, de planifier dans l’incertain la prise en charge d’un patient en cas d’urgence. Nous avons développé, avec ma doctorante et des co-encadrants à Thales, un système d’IA facilitant des négociations multicritères : état des patients, besoins en infrastructures médicales, disponibilité des lits en urgence, entre divers acteurs de la santé (hôpitaux, médecins, SAMU..) pour automatiser le dis-patch des patients dans le cadre de l’attentat de Valencia.

D’autres méthodes statistiques basées sur l’apprentissage automatique, notamment les réseaux de neurones et l’apprentissage profond, peuvent prédire la propagation de l’épidémie en fonction des données recueillies et prédire un phénomène de consommation, etc.

-Vous avez été nommée depuis peu membre de la COMEST. Qu’y faites-vous ?

-Oui, j’ai été nommée début 2020 membre de la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) de l’UNESCO. Cette commission est un organe consultatif et un forum de réflexion mis en place en 1998. Son rôle est d’énoncer des principes éthiques susceptibles d’éclairer les débats des responsables politiques. La COMEST travaille sur plusieurs domaines dont l’éthique environnementale, l’éthique des technologies de la société de l’information, l’éthique scientifique ... Les priorités pour 2021 concernent des technologies comme l’IA et les objets connectés. Personnellement, l’éthique m’intéresse à plus d’un titre. En particulier, je pense que l’IA est un domaine sensible et que c’est notre responsabilité en tant que chercheurs de veiller à ce que nos recherches soient éthiques et responsables.

 

-Que préconisez-vous pour un meilleur développement de l’IA au Maroc ?

Face à la course mondiale engagée autour de l’IA, il faut bâtir un plan national de l’IA pour favoriser une croissance intelligente, durable et inclusive. Un tel plan devra booster la recherche, la formation et le transfert vers les entreprises et le milieu industriel. Des investissements importants seront nécessaires pour créer et développer des instituts d’IA interdisciplinaires favorisant des collaborations entre scientifiques et industriels, décideurs et législateurs ; et instaurer une culture de la confiance et de la transparence.

Ce plan doit viser des secteurs prioritaires comme la robotique citoyenne, la santé connectée, les villes intelligentes, les véhicules autonomes, la défense et l’aérospatial. A l’instar des travaux sur l’automatisation en aéronautique, il faudra veiller à un partage d’autorité responsable et éthique entre l’Humain et l’IA, évitant toute automatisation aveugle, sans garde-fou. Il est important de mettre en place une formation virale en IA pour les nouvelles générations et d’insuffler une capacité d’adaptation et d’apprentissage tout au long de la vie (ex. réorientation). Il est prudent de se méfier des formations « express » sans assise théorique, qui entravent à moyen terme la faculté de progresser et de s’adapter aux évolutions vertigineuses du numérique et de l’IA. Enfin, il est nécessaire de créer un écosystème favorable (entrepreneuriat étudiant, FabLabs, startups, incubateurs, projets d’in-novation, etc.) et d’inciter au développement d’initiatives inclusives dans toutes les régions du Maroc.

Propos recueillis par Bouteina BENNANI
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