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Khalid Jamaï, un «guerrier» de la plume s’en va


Rédigé par Jamal HAJJAM le Mardi 1 Juin 2021

Khalid Jamaï, grande figure de la scène médiatique nationale, a tiré sa révérence mardi à l’âge de 77 ans après une carrière dense et riche en «faits de guerre» journalistiques où ses positions, toujours courageuses et tranchées, repoussaient à chaque fois plus loin les limites du «conventionnel», à la faveur d’une liberté d’expression pleinement assumée.



Journaliste professionnel, Rédacteur en chef du quotidien “L’Opinion” de 1984 à 2000 qu’il a quitté en 2004 lorsqu’il avait atteint l’âge de la retraite, Khalid Jamaï a poursuivi sa mission de journaliste engagé en faveur des causes sociales et sociétales avec beaucoup de militantisme où la revendication politique le disputait toujours à l’humanitaire.

Rien d’étonnant pour ce journaliste doublé d’un homme politique, qui fut un grand militant au sein du Parti de l’Istiqlal au Comité exécutif duquel il avait par ailleurs siégé pendant quatre ans, entre 1998 et 2002. Fils de l’un des pionniers du Mouvement national et un des signataires du Manifeste de l’indépendance, feu Bouchta Jamaï, les valeurs patriotiques et nationales constituaient chez Khalid le socle de sa pensée.

Son passage à la tête de la Rédaction de “L’Opinion ”est à marquer d’une pierre blanche. Ce fut l’âge d’or du journal où la liberté de ton favorisée et défendue par le Rédacteur en chef, associée au professionnalisme des journalistes émérites qui constituaient l’équipe du journal à l’époque, avait permis à l’aspect professionnel de prendre le dessus sur celui partisan, sans rien perdre des valeurs et principles fondateurs. La vision défendue alors par Khalid Jamaï avait largement contribué à faire de “L’Opinion” une référence crédible dont les positions ne manquaient pas de faire bouger les eaux stagnantes à une époque où la liberté de presse dans le pays était en souffrance et où les scènes politique et médiatique étaient constamment en état de stress du fait de la volonté dominatrice du ministère de l’Intérieur sous la houlette de l’omnipotent Driss Basri.

C’est d’ailleurs contre ce dernier que Khalid Jamaï allait mener son plus important combat dans un context particulièrement sensible marqué par une volonté de domination, de mainmise, de dirigisme, voire par la tyrannie d’un ministre qui avait pris la démocratie et la liberté de la presse en otage. Son fameux et célèbre «Ckoun Nta» lancé à Driss Basri sur les colonnes du journal sous forme de lettre ouverte, suite à sa convocation dans le bureau du ministre qui l’avait ouvertement menacé pour avoir dénoncé la falsification des élections législatives de 1992, ce texte qui avait pris la forme d’un plaidoyer pour la démocratie et le respect des droits, avait permis de démystifier la puissance attribuée au ministre et ouvert la voie devant plus d’émancipation et de liberté. Une position courageuse qui avait été défendue et soutenue sous la coupole du parlement par un M’hamed Boucetta droit dans ses bottes et déterminé à en découdre avec la tyranie du ministère de l’Intérieur.

Ce «fait de guerre» ne fut ni le premier ni le dernier. Ses prises de position claires lors de la campagne d’assainissement, de triste mémoire, dans le milieu du commerce, conduite par Basri (toujours lui), en est un autre exemple.

Connu pour son franc parler, Khalid Jamaï, qui n’était pas du genre à mâcher ses mots, multipliait les écrits et les sorties où les choses étaient toujours nommées par leur nom sans fioritures, mais toujours de manière posée et respectueuse, avec «tawil» (dans les règles de l’art) comme il aimait à répéter. Il avait aussi une grande vocation, celle de se tenir aux côtés des classes déshéritées loin de tout misérabilisme.

Pour lui, aider, assister, défendre, traiter de tous les sujets qui touchent la société et les citoyens, fait pleinement et intégralement partie du métier de journaliste. «Il n’y a pas de petit journalisme, disait-il, il n’y a que de petits journalistes !». Tel était Khalid Jamaï, journaliste professionnel intègre, homme politique sincère, humaniste engagé, être très sociable, ami agréable et empathique avec lequel j’ai travaillé pendant 24 ans et que j’ai assisté pendant neuf ans en tant que Secrétaire de la Rédaction.

Repose en paix, cher Khalid. Mes condoléances attristées vont à tous les membres de sa famille et à tous ses proches et amis.
Jamal HAJJAM







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