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Culture

Jury du FIFM : « Découvrir les écritures émergentes, c’est préparer l’avenir du cinéma mondial »


Rédigé par Yassine Elalami le Samedi 29 Novembre 2025

Réunis ce samedi 29 novembre dans la salle des Ambassadeurs du Palais des congrès de Marrakech, les membres du jury de la 22ᵉ édition du Festival international du film de Marrakech ont livré des premières impressions où se mêlent attentes, exigences esthétiques et interrogations sur les mutations rapides de l’industrie mondiale. Composé de huit artistes venus de quatre continents, le jury, présidé par le cinéaste sud-coréen Bong Joon Ho, a rappelé que le cœur du festival demeure l’exploration des écritures émergentes et l’accompagnement des premiers pas de nouveaux auteurs.



Les membres du jury de la 22ᵉ édition du Festival international du film de Marrakech. Crédit : Chidmi Noureddine.
Les membres du jury de la 22ᵉ édition du Festival international du film de Marrakech. Crédit : Chidmi Noureddine.
Le réalisateur de Parasite a ouvert les échanges en revenant sur un précédent qui a marqué la réception du festival en Corée du Sud : la distinction du film Hong Gong-Ju de Lee Su-Jin à Marrakech il y a quelques années. « Cette victoire avait compté pour notre cinéma. Elle a permis à beaucoup, en Corée, de prendre conscience du rôle que Marrakech joue dans la reconnaissance et l’accompagnement de nouveaux talents », a-t-il indiqué.
 
Pour Bong Joon Ho, juger des premiers et deuxièmes longs métrages constitue un exercice décisif : « C’est dans ces œuvres que s’esquissent les écritures futures. Être présent à ce moment d’émergence, c’est peut-être assister à l’apparition d’une génération qui renouvellera notre industrie. »
 
Hakim Belabbes : un cinéma né dans une salle unique
 
Le Marocain Hakim Belabbes a apporté une dimension plus personnelle à la discussion. Évoquant son enfance à Bejaâd, où son père tenait l’unique salle de cinéma de la ville, il a rappelé comment les films étrangers ont façonné, très tôt, sa manière de percevoir le monde. « J’ai grandi dans une petite ville, mais le cinéma m’ouvrait des fenêtres sur d’autres vies. Je me suis souvent demandé comment un réalisateur, à des milliers de kilomètres, pouvait toucher un enfant marocain avec autant de justesse. Depuis, je n’ai cherché qu’une chose : atteindre à mon tour des spectateurs ailleurs, au-delà de nos frontières. »

Anya Taylor-Joy et Hakim Belabbes. Crédit : Chidmi Noureddine.
Anya Taylor-Joy et Hakim Belabbes. Crédit : Chidmi Noureddine.
IA : une tension entre innovation et responsabilité
 
L’intervention de Julia Ducournau a recentré le débat sur un enjeu crucial du moment : l’usage de l’intelligence artificielle dans le processus créatif. La réalisatrice, Palme d’or pour Titane, a décrit un outil qui peut, certes, alléger certaines tâches techniques, mais dont l’impact artistique doit être interrogé avec rigueur. « La vraie question n’est pas technologique, elle est éthique. Je refuse d’imaginer un monde où l’IA viendrait remplacer la sensibilité humaine dans la création. Elle doit rester un outil, jamais un substitut », a-t-elle affirmé, défendant la nécessité de préserver la marge d’incertitude et d’intuition propre à l’humain.
 
La cinéaste canado-coréenne Celine Song, auteure de Past Lives, s’est montrée plus préoccupée encore. Elle a alerté sur la vitesse à laquelle l’IA s’immisce dans les métiers artistiques, au risque de fragiliser les conditions d’existence de nombreux créateurs. « L’humain est irremplaçable, et je souhaite que cela demeure une évidence. Le dialogue, les hésitations, la fragilité même des échanges entre artistes… c’est ce qui constitue l’essence de l’art. Nous sommes en train d’affaiblir cela en adoptant trop vite un outil qui menace des milliers de créateurs », a-t-elle expliqué, avant de résumer d’une formule nette l’enjeu de cette transition : « L’IA ne doit jamais prendre la place des artistes ; c’est une limite absolue qu’il ne faudra jamais franchir. »
 
Anya Taylor-Joy : interroger le travail dans ses silences
 
Anya Taylor-Joy, attendue pour Furiosa et distinguée pour son rôle dans Le Jeu de la dame, a choisi un angle différent pour évoquer son métier : celui de la place du silence dans le jeu d’acteur. Selon elle, les moments dépouillés de dialogue sont souvent les plus exigeants. « Sur un tournage, je ne juge jamais un partenaire dans un instant de silence. Dans un monde saturé de bruit, le silence devient précieux. Il permet d’écouter, de sentir, de comprendre. Et écouter est essentiel pour un jeu juste. »
 
Jenna Ortega : la découverte comme horizon
 
Jenna Ortega, dont la carrière s’est récemment accélérée avec Wednesday et Beetlejuice Beetlejuice, a insisté sur la nécessité d’aborder son rôle de jurée sans préjugé. « La première responsabilité d’un acteur est l’écoute. Ne pas se laisser envahir par l’émotion, mais rester ancré dans l’instant. Pour le jury, j’essaie d’adopter le même principe : garder une distance avec mes propres projections avant de découvrir les films », a-t-elle expliqué. Elle a conclu en rappelant ce qui, pour elle, constitue l’esprit même du festival : « Ce que j’attends d’un festival comme Marrakech, c’est d’être surprise. C’est la découverte qui fait la magie. »