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Culture

Interview avec Omar Benassila : De Casablanca à Séoul, Le voyage musical d'Omar & The Eastern Power


Rédigé par Yassine ELALAMI le Lundi 29 Janvier 2024

Omar Benassila, un natif de Casablanca, a choisi de révolutionner les règles du jeu. Dans cette interview, Omar partage avec nous comment lui et son groupe ont apporté la magie de la musique africaine à la scène culturelle coréenne.



  • Comment avez-vous entamé ce voyage de Casablanca en Corée du Sud ?

En 2006, j'ai quitté le Maroc avec l'intention d'étudier à Taïwan, mais des obstacles, tels que des problèmes de visa, m'ont conduit à rester temporairement en Thaïlande.

 L'absence d'un consulat taïwanais au Maroc m'a contraint à voyager dans un autre pays pour obtenir le visa nécessaire. Une anecdote surréaliste s'est produite lorsqu’on m’a refusé le visa à cause d’un impayé de frais de scolarité, alors que j'avais déjà tout réglé en amont. Quand j’ai revérifié les papiers, j’ai trouvé que les factures ont été falsifiées, et c’est comme ça que mon aventure a commencé.

Impossible de retourner au Maroc, j'ai pris la décision de partir en Corée du Sud, disant au revoir à tout ce que je connaissais. Mes débuts ont été marqués par cinq années d'enseignement de l'anglais, mais ma passion pour la musique persistait. À mon arrivée en Corée, j'ai rencontré des âmes inspirantes avec lesquelles j'ai formé mon premier groupe, suivi d'un deuxième et d'un troisième, baptisé « Omar & The Eastern Power ».
 
  • Comment est née l'idée de créer « Omar & The Eastern Power » ?
 
En Corée du Sud, l'aventure a commencé avec une chanson et un ami égyptien. En plein processus d'écriture, je lui ai partagé mes idées, et c'est là que tout a pris une tournure inattendue. Il a suggéré de former un groupe, et ainsi est né « Omar & The Eastern Power ».

Après plus de sept ans en solo, j'ai décidé de m'installer sur l'île de Jeju-do, c’est un peu comme Essaouira, de la Corée du Sud, en compagnie de Wael. Nos journées étaient bercées par la création musicale. Ensuite, deux membres coréens ont rejoint l'aventure, donnant vie à notre premier album « Walking Miles ». Avant la pandémie, nous avons enregistré le single « Sunshine ». Malgré le départ des deux membres coréens, nous avons accueilli trois nouveaux talents dans notre groupe. Ainsi va l'épopée de « Omar & The Eastern Power ».
 
  • Un Marocain, un Égyptien, et trois Coréens : un cocktail culturel des plus captivants, n'est-ce pas ?
 
Les trois membres coréens étaient déjà des fans de musique africaine, avec un intérêt particulier pour le Gnaoua. Wael, quant à lui, a grandi avec un père batteur de jazz, baignant dans un environnement musical riche qui lui a conféré une expertise approfondie des rythmes et de l'art en général.

Avec Wael, nous partageons une vision artistique commune, mais en tant que groupe se produisant devant un public coréen, nous avons ressenti le besoin d'apporter une touche culturelle locale supplémentaire. C'est ainsi que nous avons invité les trois membres coréens pour infuser notre musique d'une influence adaptée au contexte coréen.
 

  • Du Gnaoua en Corée du Sud, quelle est la réaction du public ?    
 
L'accueil du Gnaoua par l'audience coréenne est véritablement un défi, surtout lorsqu'elle découvre une musique en provenance d'une autre partie du monde selon leur vision. En Afrique, nous sommes habitués à un rythme musical envoûtant qui incite à bouger dès les premières notes, voire même avant. Cependant, pour les Coréens, c'est une expérience différente. Ils restent assis sur leurs chaises, observant de manière passive dans une démarche de découverte.

Les gens sont souvent hésitants à l'idée de danser, ce qui rend notre mission encore plus complexe. C'est pourquoi, dans notre processus de création, nous nous efforçons d'ajouter des rythmes qui suscitent cette envie naturelle de bouger.
 
  • Comment décririez-vous le processus de création de votre musique ?
 
Étant des Marocains, les rythmes sont littéralement ancrés dans notre ADN. Depuis notre enfance, nous avons été exposés à une variété de genres musicaux à travers les différentes régions de notre pays. Cependant, le point commun réside dans cette boucle de tempo qui ne cesse de se répéter.

Trouver ce tempo et l'exploiter est l'une des choses auxquelles je m'intéresse énormément dans le processus de création. Ce n'est pas facile à réaliser, mais une fois que vous le trouvez et que ce sentiment vous envahit, vous savez que vous êtes sur la bonne voie. Après avoir posé les fondations, nous ajoutons d'autres éléments.

Nous n'avons pas vraiment une démarche systématique que nous suivons à chaque fois que nous créons une chanson, mais cela vient naturellement. Si vous écoutez, par exemple, notre premier album, vous constaterez que chaque chanson est différente de l'autre. Parfois, vous trouverez même trois chansons en une seule.

Le moteur de notre création est notre amour pour l'art, donc il n'y a pas vraiment de focus sur les techniques, mais plutôt sur l'expression artistique pure.
 
  • Pourquoi avez-vous choisi de ne pas intégrer de vision commerciale dans votre musique ?
 
Je trouve l'idée de créer de la musique commerciale assez ennuyeuse. Ce n'est pas que c'est facile, mais les ingrédients sont souvent prévisibles. Pour moi, si la musique ne propose rien de nouveau, autant ne pas la faire.

Notre véritable objectif est de laisser notre musique s'inscrire dans les archives, suscitant une discussion entre amis dans cent ans du genre « Viens voir, il y avait des gens qui ont créé cette musique ». Quand c'est commercial, cela ne perdure pas.
Même si nous ne gagnons pas beaucoup d'argent, notre choix est dicté par le cœur, et rien n'a plus d'importance.
 
  • On vous voit souvent sur scène vêtu de la Djellaba marocaine dans vos vidéos, comment est née cette idée originale ?
 
J'adore la Djellaba. La dernière fois que nous sommes venus au Maroc, mes amis l'ont repérée chez un commerçant à l'ancienne médina et l'ont achetée. Depuis lors, nous la portons lors de tous nos concerts et sessions live.

Ce qui rend spécial ce choix de costumes, c’est le fait que nous sommes dans l’autre partie du monde, personne ne s’intéressera à vous, si vous portez une Djellaba au Maroc, c’est la norme ! Mais en Corée du Sud, c’est une découverte. C'est aussi une façon pour nous de promouvoir notre culture.

Exploration audacieuse : Omar & The Eastern Power, Ambassadeurs de la fusion musicale en Corée

Se nichant au cœur de la scène musicale coréenne, Omar & The Eastern Power transcende les frontières musicales avec leur son unique. Inspiré par les rythmes captivants de la mélodie sahélienne et du groove nord-africain, le groupe fusionne habilement ces influences avec des éléments de Dub et d'Afro-Beat.

Les membres, originaires du Maroc, d'Égypte et de Corée, apportent une richesse d'expériences musicales et sociales qui imprègnent chaque note de leur répertoire. Omar (Maroc) et Wael (Égypte), ayant entrepris leur voyage depuis l'Afrique du Nord, il y a une décennie, ont embrassé une variété de cultures, de styles de vie et de musiques au fil des ans.
Le groupe a pris forme lors d'une rencontre fortuite en Corée, où la convergence de leurs intentions était palpable. Omar Benassila, le parolier, et Wael fahmy Ibrahim, le rythmicien, ont jeté les bases d'une fusion musicale unique. Avec l'arrivée du guitariste coréen Jeong Sang Gweon, du bassiste Jeong Jung Yeop, et Kang Teak Hyeon, le groupe s'est métamorphosé en une force créative incontournable.

L'essence musicale d'Eastern Power reflète la vie de ses membres, leur expérience en tant que migrants dans un pays étranger. Chaque morceau raconte une histoire, portant avec lui le spectre émotionnel complet de la joie à la tristesse, du dur labeur à l'amour sincère. Leur genre musical devient ainsi un reflet vivant de cette aventure humaine riche en nuances.
Omar & The Eastern Power se positionne non seulement comme un groupe de musique live, mais aussi comme des artisans culturels qui transcendent les barrières, éveillant une harmonie mondiale à travers leurs mélodies audacieuses.



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