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Interview avec Nizar Berdai : “Aujourd’hui, rien n’interdit le covoiturage et rien ne l’autorise”


Rédigé par Safaa KSAANI le Lundi 14 Mars 2022

Pour résister à l’envolée des prix du carburant qui risque de s’accentuer, le covoiturage apparaît comme une solution. Cette pratique trouve-t-elle de fidèles adeptes ? Réponse dans cette interview.



- En tant qu’opérateur de covoiturage, à quel point la hausse des prix du carburant vous affecte-t-elle ?

- J’aimerais bien souligner que cette flambée incite les gens à faire du covoiturage et leur montre la nécessité de partager les frais de transport. Autrement dit, les conducteurs et les passagers peuvent se partager les frais de leurs trajets quotidiens, connus sous le nom de trajets domicile-travail. Notre application “WsselniMaak” est aujourd’hui focus sur l’axe du covoiturage urbain.

On met en relation des passagers et conducteurs qui font quotidiennement les mêmes trajets. A titre d’exemple, une personne qui paie par semaine 100 dh d’essence, paie aujourd’hui 150 dh. En faisant du covoiturage, ces frais de déplacement sont partagés avec d’autres passagers, ce qui lui permet donc de rentabiliser cette flambée de prix.


- Le prix que vous fixez est de 6 dh pour un trajet inférieur à 10 km et 3 dh pour chaque 3 km supplémentaires. Sur quoi vous basez-vous pour déterminer les tarifs ?

- Nos tarifs sont déterminés aujourd’hui en fonction de ceux proposés par d’autres transports en commun (classiques). A titre d’exemple, un ticket de tramway coûte 6 dh. Un tarif accessible et abordable. On a essayé de s’aligner avec ces tarifs dans le but de pousser les gens à développer davantage cette culture du covoiturage et mettre en place le marché de la mobilité urbaine.

C’est une façon de dire aux gens switchez des transports en commun classiques au covoiturage pour vous déplacer de manière plus confortable, plus sécuritaire, écologique et rentable. Nos tarifs sont basés sur cette logique.


- Les applications de Voiture de transport avec chauffeur (VTC) et de covoiturage font face à une résistance acharnée des taxis, quelles sont les protections que vous offrez à vos utilisateurs et que dit la loi sur la question ?

- Il faut déjà distinguer les applications de VTC de celles du covoiturage. Les premières ont leurs propres moyens de fonctionnement. Elles proposent déjà des tarifs très élevés qui ne sont pas accessibles à tous. Pour l’instant, nous n’avons pas de problèmes avec les taxis et nous anticipons pour éviter des problèmes du genre. On est en train de développer des partenariats et de penser à de nouvelles fonctionnalités. L’idée serait d’inclure les taxis dans l’application de “WsselniMaak”.

Au moment où les passagers voudront mettre des annonces sur l’application, ils auront la possibilité de choisir entre un trajet de covoiturage normal avec un passager lambda ou la possibilité d’appeler un taxi. Notre objectif n’est pas de faire de la concurrence directe avec les opérateurs du domaine de la mobilité, comme le tramway.

Au contraire, il s’agit de proposer une offre complémentaire en vue de démocratiser les transports en commun, les rendre plus accessibles, plus confortables et plus digitalisés.

Concernant la loi, il y a aujourd’hui tout un débat autour de la question. Il y a des négociations pour légaliser et proposer un projet de loi sur la mobilité urbaine en incluant le covoiturage. Aujourd’hui, au moment où on en parle, il y a un vide juridique. Rien n’interdit le covoiturage et rien ne l’autorise. Dans ce cas, nous essayons de nous positionner en tant qu’application de mise en relation entre des passagers et des conducteurs.
 
Le covoiturage devient petit à petit populaire. On ne va pas se mentir, les gens n’ont pas l’habitude d’utiliser ce genre d’applications.

- Comment assurez-vous la sécurité des passagers ?
 
- En effet, chaque personne, âgée de 18 ans ou plus, doit créer un compte, en fournissant des données personnelles valides ainsi que des documents tels que la Carte d’identité Nationale (CIN), permis de conduire, assurance automobile valide et carte grise pour tous les conducteurs. Des contrôles et vérifications sont faits par nos modérateurs pour assurer la sécurité de tous les utilisateurs.


- Les employés ont recours au covoiturage parce qu’ils habitent loin de leur lieu de travail. Voyez-vous déferler de nouveaux adeptes du covoiturage ou, au contraire, ce concept n’est pas encore populaire ?

- Le covoiturage devient petit à petit populaire. On ne va pas se mentir, les gens n’ont pas l’habitude d’utiliser ce genre d’applications. Notre objectif est de convaincre non seulement les passagers mais également les conducteurs. On a un double effort à faire. C’est une nouvelle culture, très différente des VTC où les conducteurs consacrent 100% de leur temps à faire des trajets pour gagner leur vie. Le covoiturage est un complément de revenu qui permet de rentabiliser les frais de transport et les frais de déplacement.

Aujourd’hui, on a des fonctionnaires d’Etat, employés, salariés, qui sont motorisés, qui font leurs déplacements quotidiennement, seuls avec des sièges vides, et qu’on essaye de convaincre de la nécessité de faire du covoiturage en se basant sur quatre points importants : le côté économique, écologique, confortable et sécuritaire. Je peux vous dire qu’il y a une demande qui augmente. Suite à une étude menée par nos soins à travers les réseaux sociaux et les utilisateurs inscrits sur l’application, on sent qu’il y a de plus en plus d’intérêt.


- Quelles sont les prochaines étapes ?

- On est en train de préparer notre première levée de fonds qui va nous permettre de développer toutes les nouvelles fonctionnalités qu’on voudrait réaliser, et mettre en place toutes les stratégies et tous les objectifs fixés, à savoir le développement de plus de partenariats BtoB et de nouvelles fonctionnalités avec les taxis, acquérir le plus d’utilisateurs possible à l’horizon 2022 et de couvrir tout le territoire national.

On est sur sept villes marocaines, en l’occurrence Rabat, Témara, Salé, Casablanca, Marrakech, Agadir et Fès. On est en train de desservir d’autres villes, dont Tanger, Settat, Kénitra et Oujda. Ce sont des villes estudiantines où la demande augmente. On a également l’objectif de s’ouvrir sur d’autres pays du continent. On y va petit à petit.



Recueillis par Safaa KSAANI



Etre étudiant-entrepreneur, c’est savoir gérer son temps
 
Étudier et gérer deux startups peut sembler relever de l’utopie, c’est néanmoins un vrai challenge que relève Nizar Berdai. Ce jeune de 25 ans, qui a grandi à Salé, est le promoteur de la startup “WsselniMaak” spécialisée dans le covoiturage et “WeMash Digital” qui offre des services en communication digitale. Il poursuit en parallèle un Master 2 en stratégie et finance à Sciences Po Paris.

Après son Bac, il quitte Salé en 2015 pour suivre des études en finance et en sciences politiques à l’HEC Montréal et à l’Université de McGill au Canada. Actif dans la vie associative et étudiante, il s’est fait remarquer en 2019 au Parlement Jeunesse du Québec où il promouvait la démocratie au sein des jeunes générations. Plus tard, il a décidé de passer à l’action en se lançant dans l’entrepreneuriat.

A quoi ressemble sa journée type avec son équipe de travail ? “Généralement, j’ai des réunions avec mon équipe le matin où l’on fait le point sur les besoins de nos clients, leurs demandes urgentes, sur le volet technique des applications pour gérer les anomalies techniques rencontrées…On a également des réunions avec des partenaires pour développer nos collaborations.

Par la suite, je consacre mon temps à mes études en Master 2 en finance et stratégie en Sciences Po Paris, riche en rencontres, séminaires. En fin de journée, une autre mise au point s’impose pour vérifier si le travail a été accompli avec succès”, nous raconte Nizar Berdai. Toutefois, tout le programme peut être basculé, à cause des imprévus. En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’aucune journée de ce jeune entrepreneur ne ressemble à une autre.


S. K.