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Interview avec Hassna Chaouki : « La laïcité est là pour protéger le droit des femmes à porter leur voile »


Rédigé par Safaa KSAANI le Mardi 1 Juin 2021

A travers sa marque AZHANFEZ, nom composé d’Adhan et de Fès, Hassna Chaouki lance un appel aux femmes voilées à porter des tenues qui correspondent à leurs convictions, en s’imprégnant de la magie de Fès.



- Depuis le 16 mai vous avez lancé votre marque de prêt-à-porter, AZHANFEZ. Un rêve de petite fille ?

- Je n’avais rien à voir avec le monde du stylisme, si ce n’est par passion et par rêve d’enfant. Je travaillais plutôt dans le domaine bancaire à Paris, en occupant un poste très confortable, sur le plan financier. Je savais que je voulais entreprendre à mon compte, mais la vie se faisant, j’avais un peu mis cette idée de côté. Puis un jour, j’ai commencé à porter le foulard. J’avais alors besoin de tenues de bureau plutôt longues et amples et qui soient élégantes, classes, modernes pour pouvoir m’habiller avec le style qui me correspondait, mais je n’en trouvais pas vraiment. En même temps, mon choix personnel n’a pas vraiment plu à mon employeur, qui n’a pas hésité à me pousser vers la sortie. Alors, ces deux évènements déclencheurs se cumulant, j’ai eu l’idée de me lancer dans l’entreprise de cette marque de prêt-à-porter féminin : AZHANFEZ, et pour la mener à bien, c’est au Maroc que j’ai décidé de la créer.

- Des marques de vêtements pour les femmes voilées, il y en a à revendre. Qu’est-ce qui caractérise la vôtre ?

- AZHANFEZ se positionne sur le marché de la “modestfashion” puisqu’elle propose des gammes de vêtements longs et amples aux coupes modernes qu’elle n’hésite pas à emprunter aux designs traditionnels. Elle propose aussi bien un tailleur qu’une Abaya, aussi bien une combinaison qu’une djellaba. C’est une marque de prêt-à-porter féminin engagée et 100% made in Morocco. Engagée par ce qu’elle se veut plurielle en véhiculant des valeurs telles que le respect de la femme : elle l’habille en la considérant comme une personne et non comme un objet. AZHANFEZ veut représenter la femme moderne attachée à ses valeurs, pour garder sa liberté de mouvement dans un vêtement qui l’embellit et non qui l’avilit. Elle est 100% made in Morocco car tout est confectionné au Maroc pour revaloriser les savoir-faire locaux par le biais de l’artisanat. C’est ainsi qu’AZHANFEZ a pris comme capitale de sa marque la ville de Fès.

- Où puisez-vous votre inspiration ?

- Je communique toujours avec mes clientes et mes followers sur les réseaux sociaux, elles me confient leurs problématiques pour s’habiller, ce qui permet à AZHANFEZ de proposer les produits adéquats. D’un point de vue artistique, les défilés des grands couturiers et des grandes marques m’inspirent beaucoup dans la recherche de la qualité et dans l’audace. La médina de Fès m’inspire énormément dans la “Moroccantouch” avec son histoire millénaire, ses matières, ses couleurs et ses lumières. D’un point de vue entrepreneurial, je puise ma force en observant ce que réalisent les femmes d’aujourd’hui, et ce n’est pas forcément chez les CEO de grandes entreprises, mais lorsque je vois une femme élevant seule ses 5 enfants et qui se lève aux aurores pour exercer plusieurs petits boulots afin de subvenir à leurs besoins.

- Pour se lancer dans le domaine du prêt-à-porter, quels conseils donnez- vous aux jeunes qui manquent d’expérience ?

- Je donnerais 3 conseils pour débuter. D’abord, il faut savoir qu’on peut tout à fait se lancer dans le prêt-à-porter sans en avoir l’expérience, car la meilleure expérience est celle du terrain. En revanche, il faut savoir être précis dans ce qu’on veut et savoir être chef d’orchestre en choisissant les bons partenaires de métier pour gérer de manière efficace son projet. Deuxièmement, il faut bien définir son marché, son produit, sa cible, l’empreinte de sa marque et l’univers de ce qu’on compte créer, car des centaines de marques naissent tous les jours. Il faut savoir faire face à une concurrence omniprésente. Troisièmement, il faut être prêt à investir du temps dans un travail acharné jusqu’à obtenir le résultat souhaité, c’est-à-dire ne jamais cesser de surveiller et de contrôler sa confection, dans les moindres détails. Si ce n’est pas conforme, il ne faut pas avoir peur de perdre le produit et de le recommencer. Un conseil bonus : démarrer avec une bonne trésorerie pour ne pas être bloqué en cours de route car le marché de la mode est un des marchés qui demandent le plus d’investissement financier.

- Habiller les femmes voilées qui vivent dans des pays laïques, une lourde responsabilité ?

- Certes, AZHANFEZ est une marque engagée de par les valeurs qu’elle porte, mais n’oublions pas qu’il s’agit dans un premier temps d’un business, d’un marché. Il y a une forte demande de la part des femmes voilées pour s’habiller de tenues qui correspondent à leurs convictions. Avec AZHANFEZ, je fais tout mon possible pour répondre à ce besoin en leur proposant une offre : des tenues longues, amples aux coupes modernes et au style raffiné. Dans les pays dits laïques, justement, ça ne devrait poser aucun problème, bien au contraire, car la laïcité est là pour protéger le droit de ces femmes à porter leur voile et à se vêtir comme elles l’entendent. Elles sont seules responsables d’elles-mêmes et libres de leurs choix. Aucune marque ne serait légitime pour prétendre porter cette responsabilité.

Repères

« AZHANFEZ » s’adresse à la femme qui veut exister par sa personne et non par ses formes
Niveau mode, AZHANFEZ s’adresse aux femmes qui recherchent un style dit mastour, long et ample, raffiné, élégant, avec cette Moroccan touch qui offre l’originalité qu’elles recherchent dans leurs tenues. « C’est une marque pour les femmes qui sont sensibles à la slow fashion, qui veulent s’habiller avec une éthique et des finitions travaillées qui durent dans le temps », nous explique Hassna Chaouki, fondatrice de la marque de vêtements AZHANFEZ, qui a pour cible les femmes désireuses de se retrouver et qui veulent se réapproprier leur corps et le vêtement dans un monde où elles sont sans cesse sexualisées et dénudées. Niveau valeurs, la marque 100% marocaine s’adresse à « la femme qui veut exister par sa personne et non par ses formes. C’est pour la femme avec un grand F, forte et libre, libre de s’habiller comme elle l’entend et non pas selon des standards imposés », croît fort Hassna Chaouki.

Marché du textile : Chute d’au moins 30% à l’export en 2020
A l’export, à cause de la pandémie du nouveau Coronavirus, les cinq premiers mois de l’année 2020 se sont soldés par la baisse des exportations marocaines d’habillement vers l’Union Européenne (principal client du Maroc) de 42% par rapport à la même période de 2019 (Eurostat). Selon les statistiques de l’Office des changes marocain, les exportations Textile et Cuir (tous marchés confondus) des sept premiers mois de 2020 ont enregistré une baisse de 29,5% soit 15,8 MMDH contre plus de 22,5 MMDH en 2019. Le segment des vêtements confectionnés réalise la baisse la plus importante, soit -34,7% (-5 MMDH).

Portrait

Femme de conviction

C’est l’histoire d’une femme qui montre comment une déception peut être un moteur formidable pour réaliser un rêve et comment on peut redémarrer sa vie à 40 ans avec courage et détermination en tant qu’entrepreneure, femme et citoyenne du monde.

Après une carrière de 12 années dans la banque et un rejet culturel liée à sa condition de musulmane, la marocofrançaise Hassna Chaouki se lance dans l’entrepreneuriat au royaume, à Fès, la ville originaire de ses parents, pour y vivre et y créer sa marque de vêtements : AZHANFEZ. Dès son arrivée au Maroc, Hassna travaille d’arrache- pied sur son projet, dans un pays qu’elle ne connaît pas encore très bien.

Au fil du temps, elle a su créer son réseau et toquer aux bonnes portes des artisans pour diriger son entreprise. “j’avais réussi à sortir pas moins d’une quarantaine de modèles imprégnées de la Moroccantouch, ce qui est exceptionnel pour une première collection”, se félicite Hassna Chaouki.

Elle a à cœur une éthique pour le respect de tous ceux qui participent à la production des produits de la marque. C’est l’une des raisons du souhait de la créatrice d’établir son atelier de confection au Maroc afin de s’assurer que cette valeur soit bien respectée.

Elle a pour objectif de faire de AZHANFEZ une référence internationale du Made in Morocco, de montrer au monde les talents marocains et créer de l’emploi. Plus ambitieux, Hassna Chaouki prône l’emploi féminin et d’avantage chez les femmes isolées élevant seules leurs enfants.

  


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