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Interview avec Ayoub Louihrani : « Un fermier perçoit 300 dhs par heure aux Pays-Bas contre 200 dhs par jour au Maroc »


Rédigé par Safaa KSAANI le Lundi 13 Décembre 2021

A 23 ans, le seul agriculteur maroco-néerlandais en Hollande partage son amour pour les vaches dans une série télévisée qui sera diffusée dès le 21 décembre.



Ayoub Louihrani, fermier maroco-néerlandais.
Ayoub Louihrani, fermier maroco-néerlandais.
- Une série télévisée sous forme de documentaire de 6 épisodes de 45 minutes chacune sera diffusée. Comment avez-vous pu attirer l’attention de producteurs néerlandais ?

- Tout a commencé suite à la diffusion d’une vidéo où je montre mes activités dans la ferme dont je suis responsable. Je commence mes activités à 5h00 et je termine à 20h00. Mes amis me demandaient toujours pourquoi j’y passe autant de temps. J’ai donc filmé mes activités. Cela a été diffusé un peu partout aux Pays-Bas. Concernant la série documentaire, on me suit à la campagne et dans la ville pour filmer mon quotidien, ma passion pour la nature et les animaux, et les étapes suivies pour trouver ma propre ferme en Hollande étant donné qu’actuellement je suis responsable de 500 vaches du propriétaire de la ferme. On m’a suivi également à la banque pour demander un crédit bancaire, mais aussi dans d’autres pays européens, notamment l’Allemagne, la Belgique et la France pour voir les possibilités d’achat de fermes. Nous souhaitions faire pareil au Maroc, sauf que les frontières se fermaient régulièrement. A chaque étape, je recevais des acteurs et artistes pour les faire participer dans mes activités de tous les jours.

-Vous êtes le seul fermier d’origine marocaine travaillant dans les champs néerlandais. Un concours de circonstance ?

- Au collège néerlandais, à l’âge de 14 ans, commence l’orientation des élèves, en choisissant leurs spécialités en fonction de leurs passions. La plupart de mes compatriotes souhaitaient devenir policiers, informaticiens, médecins... Tous ces métiers ne m’intéressaient pas, sauf celui de fermier. Je voulais faire quelque chose d’inédit, jamais fait par un Marocain aux Pays-Bas. En cherchant, j’ai trouvé le domaine de l’agriculture. On m’a dit que je dois aimer ce métier pour le faire tous les jours. J’ai d’abord passé deux semaines de stage. J’ai ensuite aimé. J’ai ensuite annoncé cela à mes parents, qui m’ont encouragé à faire ce qui me passionne. Je suis diplômé de l’Université d’Amsterdam. D’ailleurs, depuis toujours, mes parents m’emmenaient souvent au Maroc, précisément dans la région Marrakech-Safi. Je pense que c’est ce qui m’a permis d’aimer ce domaine.

- Selon vos observations, quelles différences constatez-vous entre la vie d’un fermier au Maroc et aux Pays-Bas ?

- Actuellement, je compte lancer ma propre ferme laitière au Maroc. Le premier obstacle auquel je suis confronté est que les procédures administratives sont très longues, contrairement aux Pays-Bas et dans de nombreux pays européens où en quelques minutes, et dans un seul service, tout est fait. Je n’en ai pas l’habitude. Alors que je voulais juste acheter un terrain et y lancer mon projet, cela s’avère très long. Quand j’ai effectué un stage au Maroc et un autre aux Pays-Bas, j’ai remarqué qu’il y a une différence au niveau de la rémunération des fermiers. Ils sont beaucoup mieux payés en Hollande. Un fermier perçoit 30 euros (300 dhs) par heure aux Pays- Bas contre 200 dhs par jour au Maroc, dans le meilleur des cas. Et ce, au moment où le prix d’un litre de lait est le même.

- Vous avez remporté le Prix Nouri pour l’année 2021. Un témoignage et une reconnaissance de la persévérance des jeunes comme vous ?

- Cette récompense m’a fait énormément plaisir. J’étais étonné au départ. Je me demandais pourquoi m’a-t-on choisi ? C’est le père du footballeur maroco-néerlandais Abdelhak Nouri qui me l’a donné. Il m’a dit : “Tu le mérites mon fils. Ton engagement est une source d’inspiration pour de nombreux jeunes à suivre leur passion et à faire en sorte que les projets qui leur tiennent à cœur soient effectivement mis en œuvre”. Cela m’a beaucoup touché. Quand j’ai eu le Prix, j’ai su que je suis sur la bonne voie.