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Interview avec Abdelghani El Kacimi : «L’économie de la connaissance est en train de s’installer dans tous les secteurs»


Rédigé par Safaa KSAANI le Jeudi 9 Décembre 2021

Pour atteindre une indépendance technologique, le Maroc doit continuer à investir dans la formation des jeunes, estime l’homme d’affaires derrière l’entreprise qui a investi dans le développement du premier robot humanoïde marocain “Shama”.



- En janvier dernier, votre entreprise FotaHub, Inc. a investi dans le projet du développement du premier robot humanoïde marocain baptisé “SHAMA”. Où en est-on actuellement ? Et quels sont vos projets futurs ?

- Le projet “SHAMA” ne représente qu’un premier carrefour de rencontre entre nos experts et la communauté académique marocaine représentée par le Dr Hajar Mousannif. Depuis le lancement de cette collaboration, plusieurs autres activités ont été initiées, notamment dans la sécurité des logiciels et la cyber sécurité où des thèses de doctorat sont en cours de réalisation. Un nombre très important d’étudiants marocains utilisent aujourd’hui notre plateforme d’une façon gratuite pour s’initier aux nouvelles technologies dans le monde des objets connectés et de l’intelligence artificielle.

- En moins d’une année après son lancement, votre plateforme cloud FotaHub a conquis des milliers d’industriels de plus de 100 pays qui l’utilisent dans leur chaîne de production et de suivi de produits IoT. Pouvez-vous nous expliquer les tenants et aboutissants de ce projet ?

- Depuis quelques années, nous sommes quotidiennement en train de voir la montée à une vitesse hallucinante et la dominance du monde digital sur les différents aspects de notre vie. Les infrastructures industrielles qui permettent cela deviennent de plus en plus complexes et le besoin de connectivité est énorme. A cela s’ajoute le besoin quasi-quotidien d’intervenir sur ces infrastructures pour améliorer leur fonctionnement et répondre aux nouvelles exigences de performance et de sécurité. Le terme technique derrière ces modifications est la mise à jour à distance des logiciels embarqués appelés aussi FOTA. FotaHub est la réponse à cette problématique très complexe et compliquée. La gestion des mécanismes FOTA et leur complexité dépassent la capacité des entreprises fabricantes et gestionnaires de parcs de produits intelligents connectés IoT. En moins d’une année après son lancement, la Plateforme FotaHub, qui est une plateforme cloud sécurisée capable d’effectuer la mise à jour à distance de millions de produits en parallèle et en même temps, a conquis des milliers d’utilisateurs de plus de 100 pays. Un grand nombre d’industriels utilisent FotaHub dans leur chaîne de production et de suivi de produits IoT.

- Concernant l’investissement dans l’économie du savoir, qui vous touche particulièrement, quel état des lieux en dressez- vous au Maroc ?

- Le Maroc est un pays en plein mouvement, un pays qui connaît un dynamisme visible au Maroc et au-delà de ses frontières, un pays qui est en train de réussir le pari de devenir une nation industrielle et cela sur tous les secteurs : énergie, industrie (aéronautique, automobile), agroalimentaire et autres. Derrière tout cela, il y a une jeunesse de plus en plus formée et dynamique, prête à relever les défis. L’économie du savoir-faire est en train de s’installer dans tous les secteurs. Les divers établissements d’enseignement professionnel et supérieur jouent ensemble un rôle très important pour alimenter cette dynamique avec les ressources humaines qualifiées nécessaires pour le fonctionnement et le maintien de cette dynamique. Le Maroc est aussi conscient du défi social qui l’attend et a déjà engagé plusieurs chantiers pour relever ce défi et réduire les inégalités sociales. Les acquis déjà réalisés mettent aujourd’hui le Maroc en position de leader en la matière sur les plans arabe et africain. Il faut que le Maroc continue à investir dans la formation de sa jeunesse à tous les niveaux et dans toutes les régions. Les infrastructures routières et logistiques déjà réalisées ou en cours de réalisation doivent rapidement permettre une décentralisation des plateformes industrielles sur tout le territoire du royaume et ainsi contribuer à une meilleure répartition des richesses créées.

- Pourquoi le Maroc accuse-t-il un retard en la matière ? A qui incombe cette responsabilité ? Est- ce au système éducatif national ?

- Je pense que la question n’est pas de retard ou de responsable. Il faut savoir que la dynamique économique visible aujourd’hui a été précédée par un énorme chantier de modernisation de l’administration marocaine. Depuis plus de 20 ans, le Maroc s’inscrit dans la mise à niveau de ses administrations afin de créer le climat et l’attractivité nécessaire pour faire venir les investisseurs étrangers. Au-delà des infrastructures et de l’éducation, le Maroc a mis au point l’arsenal juridique et fiscal qui est suffisamment rassurant pour tous types d’investissement. Tout cela est un travail de modernisation de l’administration qui prend des années et qui nécessite de longs débats afin d’aboutir aux lois qui encadrent l’ensemble des processus à mettre en place. Aujourd’hui, le plus important pour le Maroc est que, quelle que soit la majorité gouvernementale, les grands chantiers stratégiques avancent rapidement et obtiennent le soutien politique nécessaire. On ne peut que se féliciter des résultats réalisés et continuer à œuvrer ensemble pour un avenir encore meilleur.

- Sur le plan africain, quel est le manque à gagner ?

- La question de l’Afrique est une question d’ordre stratégique et vital pour le Maroc. Depuis son intronisation, Sa Majesté le Roi Mohamed VI a mis toute notre expertise et notre puissance économique pour renouveler les relations ancestrales entre le royaume du Maroc et des pays africains. Des dizaines de voyages d’Etat, à caractère certes politique mais surtout économique, ont eu lieu et ont abouti à des projets de grande taille importants pour notre économie et vitaux pour nos partenaires africains. Il ne faut pas oublier que le Maroc - et cela depuis plusieurs décennies - forme les cadres africains qui, de retour aux pays d’origine, jouent aussi le rôle d’ambassadeur et de facilitateur de relations politiques, culturelles et économiques. L’expertise acquise dans les chantiers économiques et structurels que le Maroc a su maîtriser dans les 20 dernières années, nous permet aujourd’hui d’être la locomotive du développement de l’Afrique. Le challenge sera de défendre cette forte présence dans toutes les régions du continent et continuer à tisser encore plus de relations économiques et culturelles afin de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de tous les Africains.

- Selon de nombreux spécialistes, le Maroc dispose de tous les ingrédients pour atteindre une souveraineté technologique. Partagez-vous le même avis ?

- Clairement oui. L’accès à l’information est aujourd’hui à la portée de tout le monde. Il faut surtout définir les priorités en fonction des moyens disponibles et des besoins auxquels on peut offrir une réponse meilleure que nos compétiteurs. Dans ce contexte, le maintien de la souveraineté technologique sur le long terme est plus difficile que son acquisition. La concurrence sera de plus en plus rude et il faut continuer à innover sur la globalité de l’offre marocaine.

Portrait

Un ingénieur aux multiples casquettes
 
Né au Maroc dans le petit village de Ouagrar, dans la région d’Ouezzane, Abdelghani El-Kacimi a passé toute son enfance dans le pays. Après avoir décroché en 1989 son Baccalauréat, il choisit d’aller en Allemagne pour y suivre ses classes préparatoires, puis l’école d’ingénieurs de l’université de la Ruhr à Bochum.

A la fin de ses études en 1998, cet homme d’affaires passe un an et demi à l’institut de re- cherche de renommée mondiale Fraunhofer IIS spécialisé dans le design des circuits intégrés, à la division d’automatisation de la conception. Il est ensuite embauché par Texas Instruments, une entreprise d’électronique américaine renommée dans le domaine de développement et industrialisation des composants électroniques et des semi-conducteurs, pour occuper le poste de designer des circuits intégrés. Cet ingénieur de formation n’a pas oublié son pays d’origine auquel il reste très attaché.
En 2017, il se lance dans le développement de la plateforme FotaHub pour mettre à disposition son savoir-faire et les moyens matériels avec l’ambi- tion d’accéder un jour à «une indépendance technologique». En 2011, il répond présent quand le gouver- nement crée les premiers clusters, pour diriger pendant une année celui de la microélectro- nique et réfléchir comment «créer un pont entre le monde académique marocain et le monde industriel».