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Actu Maroc

Immunité collective : chimère ou objectif suranné ?


Rédigé par Anass Machloukh le Mardi 15 Février 2022

« Immunité collective », expression en vogue au début de la pandémie et que l'on a cessé d’entendre. Après l’apparition des nouveaux variants plus contagieux et vu le nombre important des personnes qui ont chopé le virus, nombreux sont ceux qui se demandent s’il est encore pertinent de croire en cette immunité collective. Un objectif désuet, selon Tayeb Hamdi qui préfère parler d’immunité individuelle. Un stade où la totalité de la population doit être vaccinée pour passer à la phase de coexistence avec la Covid-19. Détails.




Depuis le début de la pandémie, on entend parler de l’immunité collective comme le miracle qui sauvera l’humanité du péril covidien. Des pays ont parié sur une infection de masse pour l’atteindre avant de se tromper, d’autres ont misé sur la vaccination. C’est le cas du Maroc qui s’est fixé pour objectif de vacciner 80% de la population comme cap de l’immunité collective. Voici maintenant plus d’un an et demi que la campagne nationale dure, cet objectif n’est pourtant toujours pas atteint et chaque arrivée d’un nouveau variant provoque une flambée de cas. Force est de rappeler que la finalité de l'immunité collective est de casser la transmission.

Ils sont nombreux à s’en douter d'autant que la multiplication de variants, plus contagieux que leurs prédécesseurs, réduit même l'efficacité des vaccins, qui ne sauraient être aussi efficaces qu’escompté sans la dose de rappel.  D’autres estiment, pour leur part, que les chiffres de contamination ont toujours été beaucoup plus supérieurs que les chiffres annoncées vu l’énorme nombre de personnes qui ne se font pas tester et vu le phénomène de l’automédication. Compte tenu de ce qui précède, faut-il toujours croire à l’immunité collective au moment où peu de Marocains affichent de l'appétence pour la troisième dose ? Réponse négative pour Tayeb Hamdi qui pense qu’on ne doit plus se contenter d’une infime majorité de personnes vaccinées. L’enjeu, actuellement, est de vacciner l'ensemble de la population puisque la hausse du taux de reproduction du virus avec les nouveaux variants fait qu’il faut viser au-delà de 80% de la population, vu que la transmission du virus est difficile à freiner. Est-ce que les personnes non-vaccinées peuvent prétendre à une protection via l’immunité collective ? Pas du tout, estime M. Hamdi, arguant que même dans une population majoritairement immunisée, les non-vaccinés encourent le risque de contamination et donc d'hospitalisation, aussi minime soit-il.

“Aujourd’hui, nous avons franchi l’étape de la protection individuelle qu’est la vaccination”, a-t-il expliqué, ajoutant que l’immunité collective n’est plus recherchée. Ceci dit, il ne faut plus compter sur les autres, mais sur soi pour se protéger. D’où la nécessité que tout le monde soit complètement vacciné. Une réponse à la question de savoir si le fait d’avoir chopé le virus est suffisant pour conférer une immunité conséquente. Le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, a indiqué, devant les représentants de la CGEM, que l’immunité acquise par le vaccin est supérieure à celle conférée par l’infection. Ce qui explique que le risque d’avoir une forme grave est supérieure chez les non-vaccinés et encore plus chez ceux qui ont des comorbidités. D’où la conclusion qu’on ne pourrait parler d’immunité collective même en cas où la majeure partie de la population ait été infectée. 

De ce point de vue, Tayeb Hamdi préfère parler d’”immunité populationnelle”, c'est à dire le stade où le virus, aussi contagieux soit-il, peut circuler au sein d’une population assez vaccinée sans y provoquer une forte vague d’hospitalisation et donc sans menacer le système de Santé. 

Ainsi, dans ces conditions, la levée des restrictions est envisageable au printemps. Toutefois, il est nécessaire que la vaccination avance, estime notre interlocuteur qui pense qu’on se dirige vers un scénario de coexistence pacifique avec le Covid-19, lequel est en cours de transformation vers l’endémie. Scénario d’autant plus plausible que les médicaments anti-Covid-19 récemment développés, tels que « Merck », que le Maroc a homologué, laissent entrevoir une lueur d’espoir.