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Culture

Idir, la mort de l’enfant qui survit


Rédigé par Abdallah Bensmaïn le Dimanche 3 Mai 2020

Parti à l'âge de 70 ans, Idir le chanteur Kabyle algérien qui a marqué de son timbre et de ses mélodies la scène musicale maghrébine et internationale des années 1970 jusqu'à aujourd'hui, laisse à l'humanité un legs musical d'une valeur inestimable.



Adieu l'artiste
Adieu l'artiste
Selon la tradition kabyle, Idir est le prénom qui est donné à l’enfant qui survit. C’est pourquoi, la mort qui vient d’emporter le chanteur paraît quelque peu surréaliste, une mort qui ne peut être définitive car, comme l’explique si bien Rachid Arhab, « Hamid Cheriet est parti , Idir lui survivra ». Dans un tweet, François Hollande salue celui qui « a envouté des générations entières au rythme de ses mélodies douces, généreuses et émouvantes… Ses œuvres seront chantées encore longtemps des deux côtés de la Méditerranée».
 
Hospitalisé vendredi à Paris, Idir a succombé à une maladie pulmonaire. Celui que Pierre Bourdieu présentait comme « un membre de chaque famille », est né le 25 octobre 1949 à Aït Lahcène, un village de Kabylie, en Algérie, Idir - de son vrai nom Hamid Cheriet – a fait des études de géologie et avait pour projet ainsi de devenir géologue. C’est un passage, en 1973, sur les ondes de Radio Alger qui a changé le cours de sa vie, avec la chanson A Vava Inouva, chantée en kabyle,  qui devait faire le tour du monde et devenir le monumental succès que l’on connaît un demi siècle plus tard.
 
Après Avava Inouva, Idir a enchaîné les succès et des titres comme SSundu, une mélodie pour bercer les petits et les grands, ou Zwit Rwit au rythme beaucoup plus enlevé, sont largement repris par d’autres chanteurs. Celui qui affirmait « « La chanson m’avait choisi » a enregistré un nombre limité d’albums en studio (7) mais c’est, bien entendu, le monument Avava Inouva qui l’a porté et maintenu en haut du podium, avec une large diffusion, couvrant quelques 77 pays et des traductions dans une quinzaine de langues, sans oublier les multiples reprises de son succès planétaire.
 
Artiste original, Idir aime travailler en équipe et réunit autour de lui, pour son album « La France des couleurs », Akhenaton, Disiz la Peste, Grand Corps Malade, Zaho, Noa, Tiken Jah Fakoly, Nâdiya, Oxmo Puccino. Dans « La bohéme », ce sont Francis Cabrel, Patrick Bruel, Bernard Lavilliers, Maxime Le Forestier, Henri Salvador... et Charles Aznavour pour interpréter la Bohème, le titre de l’album et chanson emblématique du répertoire de Charles Aznavour.
 
Installé à Paris, « avec une valise prête à partir dans ma tête », depuis 1975, sur suggestion de la maison de disques Pathé Marconi, ayant achevé ses études et son service militaire, Idir dira qu’il ne fut pas mécontent de quitter un pays, l’Algérie, « « avec un seul parti, un seul journal, où l’on nous envoyait des profs pour nous enseigner les fondements du marxisme et faire de nous de parfaits petits révolutionnaires ».
 
Idir, c’est également l’album « Identités », en 1999, sur lequel il chante avec Manu Chao, Dan Ar Braz, Maxime Le Forestier, Gnawa Diffusion, Zebda, Gilles Servat, Geoffrey Oryema et l’Orchestre national de Barbès, gardant ce style qui a fait sa marque de fabrique, imprégné de guitare sèche et de harpe cetlique (Le « frère breton », Alain Stivell ne s’y était pas trompé qui avait rendu hommage à Idir !)… sans la harpe !