Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Henri Abikzer : « Les deux pays devront œuvrer à concrétiser ces retrouvailles par la conclusion d’accords et de traités bilatéraux d’amitié et de coopération »

Entretien avec Henri Abikzer


Rédigé par Hajar LEBABI le Mercredi 23 Décembre 2020

La reprise des relations entre le Maroc et Israël induit une nouvelle dynamique pour les juifs marocains. Un nouveau chapitre s’ouvre, promettant ainsi plus d’échanges et de coopération. Dans ce sillage, le Président de la communauté juive de Rabat, Henri Abikzer, nous livre ses réflexions.



Henri Abikzer
Henri Abikzer
- Que représente la reprise des relations entre le Maroc et Israël, d’un point de vue pratique et humain, pour les juifs marocains du Maroc et d’Israël ?
- Au-delà de l’aspect purement politique, le rétablissement des relations entre le Maroc et Israël ainsi que la reprise des activités du Bureau de Liaison fermé en 2000, revêtent un aspect humain très positif pour la Communauté Marocaine Juive d’Israël et du Maroc.

En effet, les marocains juifs, très âgés en majorité, qui avaient quitté le pays et rêvaient d’y retourner plusieurs fois par an, trouvaient d’énormes difficultés. Dont notamment la nécessité de transiter par un aéroport européen nécessitant jusqu’à 17 heures de voyage, l’obtention d’un visa et l’achat de deux billets d’avion, avec tout ce que cela induit comme inconfort, frais supplémentaires et autres complications. 

Les nouvelles liaisons aériennes directes vont grandement faciliter leurs voyages. Ce qui leur permettra de se rendre au Maroc plusieurs fois dans l’année en vue d’y retrouver leurs proches et de visiter leurs lieux de mémoire et d’effectuer des pèlerinages aux Saints Vénérés. Cette nouvelle donne est très importante pour la communauté marocaine juive en Israël.

- Quels impacts auront ces vols sur les échanges économiques et touristiques entre les deux pays ?
- Sur le plan économique, le rétablissement des relations entre le Maroc et Israël permettra d’augmenter substantiellement les échanges commerciaux entre les deux pays ainsi que le développement des investissements.

Ces activités économiques basées sur le principe «win win» comme disent les américains, peuvent concerner les domaines d’intérêt commun, comme l’agriculture, l’industrie chimique et pharmaceutiques, l’agro-alimentaire, la santé et le hightech.

En outre, ces nouvelles liaisons aériennes directes permettront également de booster le tourisme et les échanges culturels : de 90.000 touristes en moyenne ces dernières années, leur nombre pourraient passer à presque 300.000 touristes dans les deux prochaines années. 

- En tant que Président de la Communauté juive de Rabat, souhaitez-vous un vol direct Rabat Tel Aviv ou autre ?
Je souhaite que ces liaisons aériennes directes desservent en priorité : Casablanca et Rabat en tant que capitales économique et administrative du Maroc, Marrakech en tant que centre touristique de premier plan et destination privilégiée des marocains juifs en pèlerinage dans cette ville ou dans d’autres villes du sud. Ainsi que, Dakhla, Laâyoune et l’ensemble du Sahara marocain qui recèle un formidable potentiel touristique et économique.

- Quels sont les moyens qui devront, selon vous, être mis en œuvre d’un côté comme de l’autre, pour que la relance des relations entre le Maroc et Israël s’inscrive dans la pérennité ?
- Afin de pérenniser ces relations, les deux pays devront œuvrer à concrétiser ces retrouvailles par la conclusion d’accords et de traités bilatéraux d’amitié et de coopération. Leurs peuples devront aussi faire plus ample connaissance pour neutraliser les préjugés et les clichés. Et la reprise des relations est en soi le meilleur moyen de parvenir à cet esprit de tolérance pour lequel le Maroc a toujours œuvré sous la conduite éclairée de ses rois et sultans. Ce qui m’incite à adresser à Sa Majesté le Roi, Commandeur des Croyants, en mon nom et au nom de la Communauté Marocaine Juive de Rabat, toutes mes félicitations pour cette décision courageuse, ainsi que mes sincères vœux de réussite de cette coopération et réconciliation entre les fils d’Abraham.

Recueillis par Hajar LEBABI

Portrait

Marocain, juif et amazigh 
Né en 1951 à Casablanca, Henri Abikzer est une figure de proue de la communauté juive au Maroc. Ce sexagénaire, marocain amazighe de souche, a non seulement œuvré et contribué à la pérennité du vivre-ensemble entre les communautés juive et marocaine, mais a également signifié son attachement au Royaume où il a su prospérer en tant qu’hommes d’affaires avisé. Actif dans le secteur du tourisme à travers son agence Fast Voyages, il est également le directeur général fondateur d’Access Auto à Rabat, l’une des sociétés leaders de la concession automobile détentrice des cartes Honda, Seat et Chery, dont les locaux s’étendent à l’entrée de Rabat sur une superficie de 5500 m2. Homme aux multiples casquettes et patriote convaincu, il se définit comme un juif marocain amazigh. Au sein de la communauté juive locale et nationale, il est réputé pour sa grande discrétion et son altruisme engagé en faveur des causes charitables. Très actif dans la préservation du patrimoine culturel et religieux juif au Maroc, c’est avec une immense t autant d’enthousiasme qu’il avait organisé en mars la Hiloula du Saint juif vénéré de Rabat, Rabbi Eliezer Davila. Malgré une année 2020 douloureuse d’un point de vue professionnel et surtout personnel, suite notamment au décès de son frère emporté par la pandémie du coronavirus, il garde intact sa foi en avenir meilleur pour tous les marocains et tous les peuples.
 
H. L.

Repères

Après le vol spécial, de nouvelles connexions aériennes sont prévues
La compagnie aérienne israélienne El Al Airlines a effectué son premier vol en provenance d’Israël vers le Maroc le 22 décembre. Il s’agit d’un vol spécial qui a transporté une délégation conjointe américano-israélienne. Selon des informations diffusées par «Médias24», la connexion aérienne régulière entre les deux pays commencera dans quelques semaines. Elle se fera grâce à deux compagnies israéliennes, à savoir El Al et Israir, ainsi que la compagnie nationale Royal Air Maroc (RAM). Les vols desserviront dans un premier temps Casablanca et Tel Aviv. Les opérateurs attendent la signature d’un accord aérien entre le ministère du Tourisme et du Transport aérien et son homologue israélien, avant de concrétiser cet événement. Les vols directs devraient être fonctionnels dans les semaines à venir, voire dans deux mois au plus tard. 
Consécration d’une appartenance naturelle
Avec l’intégration de la composante juive dans les manuels scolaires, le Maroc confirme une appartenance naturelle de celle-ci à la société. L’intégration récente d’éléments de la culture juive marocaine dans les manuels scolaires du primaire en vertu d’un partenariat de coopération entre «Bayt Dakira» et le ministère de l’Education nationale pour la promotion des valeurs de tolérance, de diversité et de coexistence au sein des écoles et des universités, a suscité un grand intérêt dans la sphère médiatique nationale et internationale. Cette intégration cristallise ainsi et de manière officielle une réalité vécue chaque jour au Maroc basée sur l’ouverture sur l’autre et la tolérance. Pour Joe Kadoch, marrakchi de naissance et casablancais d’adoption, «c’est la reconnaissance d’une réalité que nous avons vécue depuis toujours, une preuve que nous existons bel et bien en tant que Marocains à part entière».

  


Dans la même rubrique :
< >

Dimanche 18 Avril 2021 - 14:46 Ramadan: Les métiers saisonniers fleurissent