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Actu Maroc

Guerre en Ukraine : Une lutte russo-occidentale qui divise les Marocains


Rédigé par Anass Machloukh le Mercredi 9 Mars 2022

Au moment où la guerre en Ukraine tient le monde en haleine, les Marocains férus de géopolitique suivent avec intérêt le déroulement du conflit. Entre partisans de la Russie et les pro-occidentaux, les Marocains expriment leurs points de vue sur les réseaux sociaux, transformés désormais en un théâtre de confrontation idéologique. Passage en revue d’un débat qui divise autant qu’il passionne.



Depuis son déclenchement le 24 février, la guerre russo-ukrainienne accapare l’attention de l’opinion publique marocaine. Très attentifs à l’évolution des combats, les Marocains suivent quotidiennement et avec beaucoup d'intérêt la situation à l’est de l’Ukraine, théâtre de violents affrontements entre l'Armée russe et les militaires ukrainiens. Loin d’être une simple lutte entre Etats voisins, cette guerre prend une dimension mondiale ou plutôt une allure de guerre froide opposant l’Occident et la Russie. Au milieu de cet affrontement, les Marocains férus de politique ne manquent pas de prendre position entre partisans de l’offensive russe et sympathisants de l’Ukraine. Les réseaux sociaux  sont le meilleur baromètre de ce que peuvent penser nos compatriotes de cette guerre qui tient le monde en haleine. 

Les commentaires sont nombreux et les différentes informations et vidéos liées à la guerre font l'objet d'interprétations antagonistes entre deux camps. D’un côté ceux qui sont favorables à l’intervention russe et qui pourfendent l’Occident et les tentatives d'extension de l’OTAN vers l’Ukraine. De l’autre côté, le camp de l'indignation qualifie l’opération militaire lancée par Vladimir Poutine d'agression. Le camp du soutien à la Russie tâche de justifier l'offensive, perçue comme une réaction aux provocations de l’OTAN. Le camp adverse affiche sa sympathie à l’égard du peuple ukrainien qu’il considère comme victime d’agression. 


Pour les pro-russes, l’Occident n’est pas bien placé pour dénoncer l'offensive russe. “Après avoir installé la paix et la démocratie en Libye, en Irak et au Kosovo, l’apprenti sorcier BHL enfile encore une fois sa chemise blanche immaculée des lumières pour dire au monde entier comment mettre fin à la guerre en Ukraine”,  ironise Saad Gherbaoui, dans un commentaire, persiflant l’écrivain français Bernard Henri Lévy, l’un des fervents partisans d’une riposte militaire contre la Russie. 

Alors que les uns choisissent des termes clairs  pour vilipender ce qu'ils qualifient d’hypocrisie occidentale, d'autres choisissent la raillerie. “Je soutiens l’Ukraine contre son puissant voisin”, écrit Fadel Abdellaoui sur twitter au-dessus d’une photo illustrant ironiquement les dirigeants américain, canadien et britannique, les mains couvertes de sang des victimes des guerres d’Irak, d'Afghanistan et de Syrie. Des guerres où les puissances occidentales ont été engagées. 


Les commentateurs marocains n’ont pas manqué de critiquer la façon par laquelle l’occident s’est comporté face à la crise des réfugiés ukrainiens. Ils sont nombreux à dénigrer la duplicité des européens qui accueillent les ukrainiens à bras ouverts tandis qu’ils ne se sont pas montrés aussi généreux vis-à-vis des réfugiés syriens ou afghans. “Ils confirment le sens du racisme surtout", s’indigne Fadel en tweetant un post du journal Le Monde. 

Les intellectuels et les figures médiatiques se sont, à leur tour, engagés dans ce débat d’opinion qui semble passionner les gens sur l’espace virtuel. Rachid Achachi, chroniqueur à Luxe Radio et connu ses positions frontales, s’évertue de soutenir la Russie, qu’il défend ardemment dans ses commentaires. “Il ne s’agit nullement d’un choix politique, idéologique ou sociétal, mais d’une destinée civilisationnelle. Faites votre choix, le mien est fait depuis longtemps", a-t-il écrit sur Facebook, en n’hésitant à s’en prendre au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui incarne à ses yeux, la décadence morale du monde occidental.  

« Personnellement, je trouve que Zelensky se révèle plutôt courageux et digne, mais libre à chacun de penser le contraire », lâche Hatim, pour louer l’attitude du président ukrainien dans un commentaire en réaction à une publication de Rachid Achachi. 

 
Il est fréquent de tomber sur  les positions pro-russes en parcourant le fil d’actualité. En somme, la conviction des pro-russes est claire : Poutine a lancé son offensive parce que l’occident l’a menacé en tâchant d’intégrer l’Ukraine, un pays historiquement proche de la Russie. Une opinion partagée par de nombreux internautes qui, semble-t-il, sont très critiques de l’Occident de façon générale. “Je plains les pauvres ukrainiens d’avoir ce truc à la tête de leur pays et de croire en la pseudo solidarité européenne”, déblatère Mohcine Besri. 

Les contre-attaques ne manquent pas, les pro-ukrainiens répondent présents. “La vermine c’est bien le vrai nazi et criminel de guerre Poutine”, rétorque Ali Douied à un poste de Rachid Achachi qui s’en est pris aux néoconservateurs nazis en Ukraine. Force est de rappeler qu'un débat sur les néonazis s’est imposé dans les plateaux de télévision dans le monde entier. L’Ukraine est connue pour abriter une communauté de néonazis, un argument évoqué par Vladimir Poutine lors de son annonce de l’opération militaire. Le président russe a déclaré vouloir dénazifier l'Ukraine. Cette déclaration divise autant qu’elle anime le débat. 


De son côté, le présentateur de 2M, Abdellah Tourabi, a préféré  jouer l’équilibriste en publiant sur son compte Facebook un texte aux allures d’une brève analyse. Selon lui, pas question de faire l’apologie de la guerre que mène le président russe, qu’il qualifie d’autocrate. Ceci n’empêche d’essayer de comprendre les raisons de l’engrenage qui a conduit à cette guerre. Abdellah Tourabi cite l’expansion de l’OTAN et le sentiment d’encerclement qu’éprouve les dirigeants russes. Autant de facteurs qui ne justifient aucunement le recours à la guerre. Très commenté, ce point de vue n’est pas partagé par tout le monde. “L’Occident est arrogant, menteur, hypocrite, le monde a besoin de deux clans pour rétablir la paix”, répond Yasmina Benas qui fait manifestement partie des gens qui pensent que le monde unipolaire et le monopole occidental de la puissance ne sont pas de nature à pacifier le monde. D’autres ne sont pas du même avis et pensent que l’attitude russe est disproportionnée par rapport à la menace que pourrait présenter l’OTAN. “ Je pense que Poutine mène son pays droit au mur”, affirme Youssef Gaweh, en réponse au journaliste de 2M. 

Au moment où le duel entre pro-russes et pro-ukrainiens s’impose, des internautes ont jugé sage de ne pas prendre position, convaincus que personne n’est innocent dans cette guerre. “ Dans cette guerre il n’y a pas de gagnant, tout le monde est perdant”, martèle Yassine Barakat, regrettant que les civils soient tués et que les étudiants marocains en Ukraine soient contraints à interrompre leurs études.  

Loin du terrain géopolitique, le débat s’est déplacé dans l’arène philosophique. Pour quelques-uns, la guerre russo-ukrainienne  incarne une lutte civilisationnelle entre la Russie qui défend les valeurs conservatrices (tradition familiale, religion chrétienne, etc.) et l’Occident qui répand la laïcité et t l’individualisme matérialiste. Rachid Achachi s’investit dans ce débat en appelant les gens à choisir entre les deux modèles. 

Sur le plan officiel, le Maroc a choisi la neutralité, en refusant de participer au vote de l’Assemblée générale des Nations unies qui a condamné la Russie. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères a renouvelé l'attachement du Royaume au principe de non recours à la force comme moyen de résoudre les conflits internationaux.