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Gisement de phosphate en Norvège : Le leadership du Maroc est-il menacé ? [INTÉGRAL]


Rédigé par Omar ASSIF Mercredi 5 Juillet 2023

La découverte d’un gisement de phosphate en Norvège pourrait reconfigurer le marché mondial de ce minerai. C’est sans compter sur l’expertise et les capacités de l’industrie phosphatière marocaine.



« Un énorme gisement souterrain de phosphorite de haute qualité vient d’être découvert en Norvège ». Ainsi débute un article publié jeudi dernier par le média Euractiv spécialisé dans les affaires européennes. « Cette découverte est en effet une excellente nouvelle, qui contribuerait aux objectifs de la proposition de la Commission concernant la réglementation sur les matières premières critiques », aurait même réagi un porte-parole de l’Exécutif européen dans « une déclaration envoyée par courrier à Euractiv ». Le gisement norvégien serait ainsi estimé à 70 milliards de tonnes « au moins », ce qui dépasse de loin les 50 milliards de tonnes de réserves de phosphates qui ont à ce jour fait du Maroc le détenteur incontesté des plus grandes réserves phosphatières mondiales. Pourtant, la même source contredit l’aspect récent qu’elle a attribué à cette découverte en expliquant que « Norge Mining a initialement fait la découverte en 2018 sur la base d’informations fournies par le Service géologique norvégien », ajoutant que « le corps minéralisé dans le sol, dont la profondeur avait été estimée à 300 mètres, se trouvait en fait à 4.500 mètres sous la surface de la Terre ».
 
Entrée en production

Affirmant que la phase d’exploration est actuellement terminée, Euractiv annonce que « Norge Mining (société à l’origine de cette découverte, NDLR) cherche à faire passer le projet à l’étape suivante de la production minière ». L’exploitation de gisements de ce type doit habituellement prendre plusieurs années avant de se concrétiser au vu des différentes étapes à mettre en œuvre avant de pouvoir lancer une production effective.

A cela s’ajoutent d’autres contraintes, notamment la profondeur du gisement qui complique et augmente le coût de l’exploitation. « L’obtention d’un permis peut faire toute la différence dans le secteur minier, où il s’écoule généralement entre 10 et 15 ans entre l’exploration et la première extraction commerciale des minerais », concède le média européen, précisant toutefois que la société Norge Mining a déjà trouvé les financements nécessaires auprès de sociétés en Europe, aux États-Unis et au Japon. Dans un communiqué diffusé en février dernier, l'Alliance européenne des matières premières (ERMA) avait pour sa part évoqué un autre enjeu lié à ce gisement : l’impact environnemental.
 
Un défi à relever

Un défi de taille dont la solution résiderait, selon la même source, dans « l’innovation et le développement des compétences dans les technologies propres ». En attendant de voir se préciser ce chantier norvégien et ses potentialités pour l’Europe, le Maroc continue à développer son industrie phosphatière en capitalisant sur plus d’un siècle d’expérience technique, technologique et commerciale. Un parcours qui a connu une véritable inflexion en 2006 avec le lancement d’une stratégie de transformation des opérations industrielles et la mise en œuvre d’autres chantiers comme la digitalisation, l’engagement communautaire et le développement durable. « L’un des symboles de notre programme de développement industriel, visant à doubler nos capacités minières et tripler nos capacités de transformation à horizon 2025, est indubitablement le Slurry Pipeline, plus long pipeline de transport de phosphate au monde, reliant la mine de Khouribga à la plateforme industrielle de Jorf Lasfar, 187 km plus loin », confie une source à l’OCP.
 
Augmentation de la production

Avec une production estimée à près de 40 millions de tonnes en 2022, le Maroc se classe au deuxième rang mondial après la Chine, qui a produit pour sa part 85 millions de tonnes durant la même période. Le Maroc détient ainsi une part de 16% du marché mondial des phosphates qui a cumulé près de 240 millions de tonnes au cours de l’année 2022. Selon un rapport du ministère marocain de la Transition énergétique, qui a été présenté récemment aux membres de la commission des infrastructures de la Chambre des Représentants, notre pays ambitionne cependant d’augmenter significativement sa production. « Le Royaume cherche à atteindre une part de 40% du marché mondial des phosphates et de tous ses dérivés (phosphate brut, acide phosphorique et engrais) », avait déclaré Abdelaali Lefdalaoui, secrétaire général du ministère de la Transition énergétique. Avec l’entrée de la Norvège dans le cercle assez restreint des pays producteurs de phosphates, notre pays gagnerait à capitaliser sur ses acquis afin de maintenir son positionnement (voir interview).
 

3 questions à Ahmed Skali Senhaji « Les vrais atouts du Royaume résident dans la possibilité de capitaliser sur ses acquis nationaux »

Fondateur et vice-président de l’Association Cercle des Géotechniciens Marocains (ACGM), Ahmed Skali Senhaji nous livre son point de vue sur les défis à relever par l’industrie phosphatière marocaine.
Fondateur et vice-président de l’Association Cercle des Géotechniciens Marocains (ACGM), Ahmed Skali Senhaji nous livre son point de vue sur les défis à relever par l’industrie phosphatière marocaine.
- Peut-on considérer que le Maroc dispose d’une longueur d’avance pour maintenir son positionnement dans l’industrie phosphatière au vu de la nouvelle découverte annoncée en Norvège ?

- Le Royaume dispose certes d’une longue expérience dans l’industrie phosphatière qui est issue de plusieurs décennies de développement. A la lumière de l’annonce qui a été faite concernant les nouveaux gisements potentiels en Norvège et au-delà de l’aspect technologique et technique, les vrais atouts du Royaume résident dans la possibilité de capitaliser sur ses acquis nationaux, notamment en termes d’innovation liée à la chaîne de valeur du phosphate. C’est-à-dire : les possibilités de valoriser encore plus les sous-produits de cette industrie et surtout le développement et la mise à profit des accords établis avec plusieurs pays importateurs en Europe, en Asie ou encore en Amérique du Sud.

- De quelle manière le Maroc devra-t-il s’adapter à l’éventuelle émergence d’une forte offre phosphatière norvégienne ?

- Si les volumes exploitables des gisements phosphatiers norvégiens se confirment, le monde connaîtra effectivement l’apparition d’une nouvelle offre qui changera la configuration de cette industrie au niveau mondial. L’enjeu pour le Maroc sera de maintenir son positionnement, notamment en trouvant le bon équilibre pour augmenter sa capacité productive sans surcharger sa facture énergétique et écologique. Au vu de la profondeur des gisements norvégiens et de la demande mondiale, notre pays pourrait également envisager de lancer de nouvelles prospections.

- L’industrie phosphatière fait également face à de nouvelles exigences environnementales. Le Royaume pourra-t-il se conformer à ces exigences ?

- Aujourd’hui, le Maroc est bien positionné pour s’aligner aux meilleures exigences environnementales de production, notamment grâce à toutes les stratégies qui ont été développées dans ce sens. Notre pays dispose des capacités nécessaires pour répondre rapidement à de nouvelles normes qui peuvent éventuellement être formulées par l’UE. Cela pourrait par ailleurs se faire d’une manière graduée, ce qui, je pense, n’est pas à la portée d’autres pays producteurs, notamment en Asie.
 

Tendance : Développement des produits finis à grand potentiel de croissance

Tout au long de la dernière décennie, l’offre nationale de produits d’export du Groupe OCP a évolué, pour passer de produits majoritairement bruts et intermédiaires (roche et acide phosphorique) à une production qui intègre des produits finis (engrais phosphatés) à grand potentiel de croissance. A cet égard, l’année 2017 a marqué l’achèvement de la première phase du programme de développement industriel de l’Office chérifien.

Ainsi, en termes de capacité, l’Office Chérifien des Phosphates a pu doubler ses capacités de production de produits bruts (roche) et tripler celles de production d’engrais finis qui a dépassé 12 millions de tonnes par an. Ceci se reflète sur les parts de marchés du groupe sur les engrais phosphatés, qui sont passées de 11% en 2007 à près de 24% en 2019. A noter que le phosphate est l’un des éléments indispensables à la croissance végétale. Il se confirme dans ce sens comme une denrée stratégique pour l’agriculture et la sécurité alimentaire au niveau international.

 

L’info...Graphie


Vision : La feuille de route stratégique de l’OCP à l’horizon 2027

En décembre dernier, le Groupe OCP avait officiellement lancé son nouveau programme d’investissement pour la période 2023-2027 portant sur un montant de l’ordre de 130 milliards de dirhams. Ce programme vise l’accroissement des capacités de production d’engrais (12 millions de tonnes d’engrais actuellement à 20 millions de tonnes en 2027) tout en s’engageant à atteindre la neutralité carbone avant 2040, en faisant levier sur le gisement unique d’énergies renouvelables ainsi que sur les avancées du Royaume dans ce domaine. Il prévoit notamment une extension des capacités minières via l’ouverture d’une nouvelle mine à Meskala, ainsi que l’installation d’un nouveau complexe chimique et minier à Mzinda.

Ce dernier traitera la roche en provenance des mines de Benguerir et de Youssoufia, ainsi que de la nouvelle mine de Meskala. Il prévoit la réalisation d’un taux d’intégration locale de 70%, l’accompagnement de 600 entreprises industrielles marocaines et la création de 25.000 emplois directs et indirects. En investissant dans le solaire et l’éolien, le Groupe OCP projette d’alimenter l’ensemble de son outil industriel en énergie verte d’ici 2027.

Cette énergie décarbonée alimentera les nouvelles capacités de dessalement d’eau de mer afin de répondre aussi bien aux besoins du Groupe qu’à l’alimentation en eau potable et d’irrigation des zones riveraines. Cet investissement permettra également au Groupe OCP de devenir autonome en matière d’approvisionnement en ammoniaque vert et en matière d’énergies renouvelables, lui permettant d’entrer en force dans le marché des engrais verts et des solutions de fertilisation adaptées aux besoins spécifiques des différents sols et cultures.



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