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Gazoduc Maghreb-Europe : Première réponse du Maroc à l’Algérie


Rédigé par Abdellah MOUTAWAKIL le Mercredi 1 Décembre 2021

Après la non-reconduction de l’accord sur le Gazoduc Maghreb-Europe (GME), le Maroc fait appel à ses propres ressources gazières pour répondre en partie à ses besoins en gaz. La connexion annoncée par Sound Energy de l’exploitation de Tendrara au GME n’est que le premier acte d’une stratégie gazière en déploiement.



C’est encore insuffisant, mais c’est malgré tout une première réponse du Maroc au non- renouvellement par l’Algérie de l’accord sur le Gazoduc Maghreb-Europe (GME). Comme vous avez pu le lire dans notre édition d’hier, l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a conclu un accord de vente et d’achat de gaz avec le géant britannique Sound Energy. La particularité de cet accord gazier est que la ressource est extraite du Maroc, plus précisément depuis la concession de production de Tendrara, dans l’Est du royaume, tout près des frontières algériennes. En vertu de cet accord « contraignant », Sound Energy fournira jusqu’à 350 millions de m³ de volume annuel de gaz à l’ONEE sur une période de 10 ans.

Un pas vers l’autonomie

On est encore loin du milliard de m³ annuellement utilisé dans le cadre de l’accord du GME. C’est également à peine la moitié nécessaire pour le fonctionnement des deux centrales à gaz que compte le pays, à savoir Aïn Béni Mathar et Tahaddart, qui contribuaient à hauteur de 17% à la production électrique nationale.

Deux centrales dont la consommation annuelle tournait autour de 640 millions de m³ par an. Mais pour le Maroc, c’est un premier pas vers l’autonomie en gaz. « Il n’est pas exclu que d’autres découvertes se fassent dans l’avenir», espère Fouad Douiri, l’ancien ministre istiqlalien en charge du département de l’Energie et des Mines.

Par contre, ce qui est évident, c’est qu’il faudra encore quelques années avant l’entrée en service de cette connexion envisagée entre les installations de Tendrara et le GME. « C’est une solution à moyen-terme. Les travaux de construction de l’ensemble de l’infrastructure, notamment des pipelines, devraient normalement durer entre 2 et 3 ans », poursuit Fouad Douiri.

Financement

En tout cas, à en croire le communiqué publié par Sound Energy le 30 novembre, soit un mois sec après la décision algérienne, « les conditions de l’accord de vente doivent être remplies dans les 90 jours suivant la signature» de l’accord.

Autrement dit, c’est l’ensemble des départements ministériels et des intervenants publics et privés concernés par ce projet d’envergure, qui sont appelés à être sur le pied de guerre. Et au regard de l’importance stratégique de ce projet de souveraineté, la diligence nécessaire ne devrait pas faire défaut cette fois-ci. L’autre élément à résoudre porte sur les coûts du projet.

Pour l’heure, aucune information n’a filtré à ce propos. A moins que les partenaires du projet n’aient décidé de faire l’omerta sur la question, il faudra faire preuve d’une grande ingéniosité si le financement dépend de l’étranger. Car, avec les réticences environnementales sur les énergies fossiles, il devient de plus en plus difficile d’obtenir des financements de projets énergétiques.

Stratégie gazière

En attendant, tout porte à croire que la stratégie du Maroc pour se passer définitivement du gaz algérien est bien réfléchie. Ses grands actes sont déclinés progressivement. Ils viennent renforcer et accélérer la concrétisation de la stratégie de développement du gaz naturel, étalée sur la période 2021-2050. Cette feuille de route, dévoilée l’été dernier, repose notamment sur la réalisation d’un projet d’infrastructure gazière structurant.

L’objectif est non seulement de répondre à la demande électrique, mais aussi de réussir l’amélioration de la compétitivité des industriels marocains exportateurs et le développement d’autres activités annexes de sous-traitance autour de la filière du gaz naturel. Parmi ses grands projets, la construction et l’exploitation d’une unité flottante, de stockage et de regazéification du gaz naturel liquéfié (FSRU). A ce propos, les délibérations sont en cours pour choisir les entreprises qui seront chargées de réaliser cette infrastructure. D’autres projets similaires pourront voir le jour avec le temps.


Abdellah MOUTAWAKIL

Repères

Un potentiel gazier sous-exploré
Contrairement à certains de ses voisins, le Maroc est un pays encore sous-exploré. « Nous sommes assis sur des réservoirs avec une géologie similaire [à l’Algérie], ayant fait une fraction de l’exploration que les Algériens ont faite », indique le PDG de Sound Energy, Graham Lyon. Il faut dire que le secteur des hydrocarbures est très capitalistique et décourage pas mal d’investisseurs. C’est l’une des raisons qui explique que la plupart d’entre eux exigent des conditions très favorables avant de miser sur des explorations gourmandes en investissements.
 
Le Maroc, futur exportateur de gaz ?
Selon les responsables de Sound Energy, une trentaine de sites différents peuvent être forés au Maroc. « Si seulement 10 % réussissent, nous serions en mesure de satisfaire la demande nationale de gaz du Maroc », déclarait récemment le PDG de Sound Energy, Graham Lyon. « Et dès que nous aurons satisfait les besoins intérieurs du Maroc, nous pourrons vendre en Europe », promet-il.

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Gazoduc Maghreb-Europe : Première réponse du Maroc à l’Algérie

Sound Energy – ONEE


En mode fast track
 
Le contrat annoncé entre Sound Energy et l’ONEE devra être très révélateur de la capacité des différents acteurs à concrétiser sur le terrain un nouveau genre de projets structurants. Toutefois, une série de conditions pèsent sur ce contrat.

Au-delà du volume annuel à fournir, l’accord reste soumis à plusieurs conditions, notamment l’octroi de toutes les autorisations et permis nécessaires pour la construction des installations de gaz de la phase 2, à l’approbation finale de la décision d’investissement par les partenaires, les ministères de la Transition énergétique et du Développement durable et de l’Économie et des Finances.

Toutes les conditions de l’accord doivent par ailleurs être remplies « dans les 90 jours suivant la signature ». Mais, une prolongation est autorisée avec le consentement de toutes les parties, indique le géant britannique dans son communiqué.
 

Tendrara


Enfin un coup d’accélérateur ?
 
L’annonce du contrat entre Sound Energy et l’ONEE sur Tendrara n’est pas la première du genre. Bien au contraire. C’était déjà le cas en 2019 entre les deux parties et sur les mêmes quantités que celles annoncées aujourd’hui. Sauf qu’entre-temps, un fameux redressement fiscal était passé par là et a considérablement rouillé la machine de Sound Energy. L’exploitation du gisement de Tendrara a donc pris du retard.

Aujourd’hui, il s’agit d’un redémarrage de ce projet tant attendu qui pourrait se voir ainsi accéléré grâce à l’arrêt du GME. Autre information à prendre en compte : face au retard du projet, Sound Energy avait conclu, en juillet dernier, un contrat de vente et d’achat du gaz naturel liquéfié (GNL) avec Afriquia Gaz.

Selon les termes de l’accord, SEMEL, la filiale marocaine de Sound Energy, livrera pendant 10 ans à Afriquia une quantité quotidienne comprise entre 475 et 546 mètres cubes de GNL et Afriquia s’engagera à une quantité annuelle minimale Take or Pay de 475 mètres cubes par jour de GNL. Cela implique environ 100 millions de mètres cubes par an de gaz à produire et à liquéfier à partir de la phase 1 du développement de l’usine.

Dans son dernier communiqué, Sound Energy note que le nouvel accord avec l’ONEE intervient suite à la conclusion, fin juillet dernier, d’un accord de vente de gaz lié au développement de gaz naturel liquéfié (GNL) pour la phase 1 de l’exploitation du puits TE-5 Horst conclu avec Afriquia Gaz. Autrement dit, l’entente entre l’ONEE et Sound Energy ne vient nullement perturber ce qui était déjà conclu avec Afriquia.
 

3 questions à Fouad Douiri, ancien ministre de l’Energie et des Mines


« C’est un bon début »
 
Pour Fouad Douiri, ancien ministre de l’Energie et des Mines, c’est un bon début dans la réponse à la fermeture du GME. Dans cette interview, il propose plusieurs pistes pour couvrir les besoins électriques du Maroc.

- Comment comprendre l’annonce de Sound Energy sur la connexion de Tendrara au GME?

- C’est une opération qui se fera sous plusieurs conditions. L’idée est de connecter Tendrara au GME, afin de continuer à faire fonctionner nos deux centrales à gaz, à savoir Aïn Béni Mathar et Tahaddart. C’est un bon début, mais c’est encore insuffisant, au regard des besoins de fonctionnement de ces deux centrales. C’est une solution à moyen-terme, car les travaux dureront normalement deux à trois ans.


- Ce n’est qu’une première réponse, mais d’autres annonces de ce genre peuvent suivre ?

- Oui, nous avons encore des chances de faire de nouvelles découvertes dans le domaine gazier. Mais il faut toujours dire que ce sont des solutions à moyen et long termes. Entre les découvertes et l’exploitation, il faudra au moins compter 5 ans. Cela, d’autant plus que réussir à financer les projets de ce genre sur les marchés internationaux devient désormais très difficile, en raison de la question environnementale.



- En attendant la concrétisation de ce projet de Sound Energy avec l’ONEE, que voyez-vous comme solution à court terme ?

- En ce qui concerne la fourniture en électricité, je pense que la solution immédiate est d’utiliser nos centrales à fuel. De même, importer de l’électricité de chez nos voisins espagnol et portugais. Il faut aussi envisager d’utiliser le GME dans le sens inverse, à savoir importer du gaz via l’Espagne en utilisant le gazoduc. Mais cela suppose que l’Espagne elle-même trouve ce gaz-là. Enfin, il y a la solution à long terme des unités flottantes, de stockage et de regazéification du gaz naturel liquéfié (FSRU).

Recueillis par A. M.

 








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