Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Environnement

Environnement : La success-story des chiffonniers d’Oum Azza


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Vendredi 10 Juillet 2020

Des chiffonniers luttant pour la survie à salariés d’une coopérative lucrative et démocratique, l’histoire des « ouvriers de tri » d’Oum Azza a tous les ingrédients d’une success-story.



Environnement : La success-story des chiffonniers d’Oum Azza
Si des difficultés de gestion de la décharge d’Oum Azza -dans la région de Rabat- ont mené à la résiliation du contrat avec le délégataire Teodem, la reconversion des chiffonniers figure parmi les success-storys qui ont pu se réaliser grâce au projet. «Avant Oum Azza, plus de 150 chiffonniers travaillaient à la décharge sauvage d’Akreuch. Il n’y avait alors que la loi du plus fort où des laissés-pour-compte luttaient pour survivre grâce à une activité harassante dans un milieu insalubre », raconte Yassine Mazot, président de la coopérative Attaouafouk qui est chargée depuis 2011 du tri des déchets dans la décharge d’Oum Azza. « Les hommes, femmes et enfants qui vivaient en triant les déchets recyclables étaient également exploités par les intermédiaires qui venaient à Akreuch acheter les déchets triés pour ensuite les revendre à un prix double, voire le triple », précise Yassine Mazot.

Le début du changement

« Le changement à mon sens a commencé dès 2002 avec une initiative de SM le Roi qui a permis de commencer la relocalisation des 1200 familles qui vivaient dans le douar d’Akreuch », se souvient le président d’Attaouafouk. En 2007, la décharge d’Oum Azza a ouvert ses portes dans l’objectif de remplacer la décharge d’Akreuch en améliorant le processus de gestion des déchets. « Les autorités nous ont expliqué que la décharge d’Akreuch allait fermer et que nous avions la possibilité de travailler à Oum Azza à condition de nous structurer et de nous conformer aux nouvelles règles qu’exige le processus de tri dans la nouvelle décharge », souligne Yassine Mazot. En 2011, le douar des chiffonniers a été complètement abandonné après la relocalisation complète des familles à Aïn Aouda. La même année, les 157 chiffonniers pouvaient enfin commencer à travailler dans les locaux d’Oum Azza. 

Les efforts de professionnalisation

« Notre coopérative a intégré toutes les personnes qui travaillaient à l’ancien dépotoir d’Akreuch fermé en 2008. On a certes essayé de nous aider à nous structurer et à nous former, mais quand nous avions commencé à travailler à Oum Azza, notre coopérative était obligée de se prendre en main et ensemble nous avons dû nous serrer les coudes pour améliorer notre condition », explique le président d’Attaouafouk. Selon le récit de Yassine Mazot, le défi était de taille : « Nous faisions nous-mêmes la gestion de notre coopérative qui s’activait dans le cadre d’une convention avec le délégataire. Attaouafouk triait les déchets puis vendait les matériaux pour payer les salaires de ses membres. Les premières années, nous avions commencé par des salaires de 2500 dirhams, mais nous n’avions ni assurance ni couverture médicale », raconte le jeune homme.

Le bout du tunnel

« Notre coopérative était déficitaire, mais nous avons pu dégager nos premiers bénéfices en 2015. Nous avions alors tous voté pour réinvestir cet argent dans l’achat d’une machine qui nous a aidé à mieux valoriser les déchets triés et donc à augmenter leurs prix », se souvient Yassine Mazot. C’était alors le point d’inflexion qui a doucement mené les anciens chiffonniers (devenu ouvriers de tri) à transformer leur coopérative en véritable entité commerciale qui garantit les conditions de vie digne à ses membres. « Nous avons commencé à acheter notre propre équipement : 2 camions pour le transport des déchets vers de nouveaux clients, un mini bus pour le personnel et une autre machine que nous avons pu acquérir grâce à une subvention de l’INDH », explique Yassine Mazot. Depuis 2017, tous les membres d’Attaouafouk sont assurés, inscrits à la CNSS, disposent de l’AMO et touchent en moyenne un salaire net de 2920 dirhams. 

Une expérience à répliquer

«Avec le prix symbolique de 500 dirhams par mois que nous payons pour le crédit de nos nouveaux logements, aux indemnités exceptionnelles que nous nous attribuons et aux allocations familiales que nous touchons, et, surtout, grâce à la couverture sociale, notre vie a complètement changé », confie le président d’Attaouafouk. « Même si Oum Azza va changer de délégataire, nous sommes confiants en l’avenir, car le cahier des charges prévu pour l’attribution du marché de la décharge stipule que le nouveau délégataire devra continuer à travailler avec notre coopérative », souligne Yassine Mazot. «Aujourd’hui, notre expérience nous a redonné espoir. Les anciens chiffonniers ont fondé des familles et travaillent avec beaucoup de sérieux et de discipline. Notre expérience est celle du terrain et de la réalité, mais après plusieurs années d’efforts, nous avons développé un savoir-faire qui pourrait être mis à profit pour répliquer cette expérience dans d’autres régions du Royaume. Si nous avons pu le faire, d’autres pourraient aussi le faire », confie Yassine Mazot. 

Oussama ABAOUSS