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Entretien avec Salma Kabbaj- Aïda El Kohen : « L’accès au financement par capitaux propres en Afrique est globalement limité »


Rédigé par Wolondouka SIDIBE le Lundi 4 Juillet 2022

C’est un programme innovant de 7 millions de dollars, sponsorisé notamment par la Fondation Gates, au profit des startups africaines opérant dans le secteur de la santé, un domaine en quête de financement conséquent dans le cadre de la HealthTech en Afrique. Au Maroc, Mmes Salma Kabbaj et Aïda El Kohen, respectivement Co-fondatrice de IMPACT Lab et Consultante chez Southbridge A&I, sont acteurs majeurs de ce projet. Explications.



En médaillon, de gauche à droite, Mmes Aïda El Kohen et Salma Kabbaj
En médaillon, de gauche à droite, Mmes Aïda El Kohen et Salma Kabbaj
- Au lendemain de Coronavirus, quels sont les défis de financement qui se posent aux entreprises de distribution de santé en Afrique ?

- Aïda El Kohen : En 2021, le cabinet de conseil Southbridge et son partenaire Salient Advisory ont publié un rapport pour le compte de la Fondation Gates sur les défis de financement des entreprises de distribution de produits de santé en Afrique.

Tout d’abord, l'accès au financement par capitaux propres en Afrique est globalement limité parce que le montant du financement total disponible est restreint et concentré en termes de géographies, d'industries et de bénéficiaires. Seuls 4 milliards de dollars ont été levés en 2021 par des start-ups africaines, contre environ 19,5 milliards de dollars levés en Amérique latine et 42 milliards de dollars levés en Inde. De plus, ces fonds sont principalement dédiés à la Fintech (63 %), l'énergie et l'agriculture.

Sur le plan géographique, 85 % des financements sont concentrés au Nigeria, au Kenya, en Égypte et en Afrique du Sud. Ainsi, le secteur de la santé en général, et les entreprises situées hors de ces zones géographiques sont encore mal desservies.

Du point de vue des investisseurs en capital privé, qui s’intéressent principalement à des opérateurs à dimension régionale, les opportunités d’investissement sont limitées, et les tickets d'investissement sont souvent trop faibles pour couvrir les coûts de transaction élevés. Dans ce contexte, il n'est pas surprenant que les start-ups actives dans la distribution de produits de santé rencontrent des difficultés à lever des fonds. Sur les 54 start-ups de distribution de produits de santé que nous avons suivis, seulement 50 % d'entre elles semblent avoir reçu un financement externe de quelque nature que ce soit au cours de leur existence.

Contrairement aux fonds propres, les capitaux d'emprunt sont plus disponibles mais restent chers et inaccessibles. Les banques restent les premiers fournisseurs financiers des entreprises africaines, y compris des distributeurs. Cependant, les problèmes liés au coût de la dette et à l'accès semblent être principalement dus à des contraintes structurelles extérieures au secteur de la santé.


- Dans cette optique, Southbridge A&I et ses partenaires viennent de lancer un programme de 7 millions de dollars pour la HealthTech en Afrique sponsorisé notamment par la Fondation Gates. De quoi s’agit-il ?

- Aïda El Kohen : « Investing in Innovation » (i3) est un programme panafricain d’accès aux investissements et aux opportunités de marché de 7 millions de dollars destiné à soutenir 30 entreprises par an sur 2 ans spécialisées dans la HealthTech en Afrique. Les 60 startups sélectionnées recevront une subvention systématique de 50,000 USD ainsi qu’un soutien pour l'accès aux marchés et au financement en leur permettant de se connecter aux parties prenantes clés du secteur.

Ce programme ambitieux réunit des partenaires de haut niveau comme la Fondation Bill et Melinda Gates, l’Agence de Développement de l’Union Africaine (AUDA NEPAD), l’Organisation Mondiale de la Santé AFRO (WHO AFRO), et deux acteurs majeurs de l’industrie pharmaceutique : le group Merck (MSD) et AmerisourceBergen.

Plusieurs événements seront organisés au cours du programme sur tout le continent, au cours desquels les startups sélectionnées auront l'occasion d'interagir et d'explorer des collaborations avec les partenaires du programme, et d'autres parties prenantes clés incluant des partenaires industriels, des investisseurs et des représentants des gouvernements.

Valoriser les startups HealthTech africaines ne va pas sans révéler le rôle de leadership des femmes dans ce secteur et encourager l’entrepreneuriat féminin dans le monde de l'innovation médicale, c’est l’une des lignes directrices du programme.

Le programme s’appuie sur quatre accélérateurs locaux pour identifier, sélectionner et accompagner les startups HealthTech prometteuses : IMPACT Lab au Maroc pour l’Afrique francophone, Starupbootcamp AfriTech en Afrique du Sud pour l’Afrique Australe, Villgro Africa au Kenya pour l’Afrique de l’Est et Co-creation Hub au Nigéria pour l’Afrique du l’Ouest.


- En Afrique francophone, c’est IMPACT Lab qui est chargé de l’exécution de ce programme. Dans quel cadre s’inscrit cette participation ?

- Salma Kabbaj : A IMPACT Lab, nous sommes convaincus que l’innovation entrepreneuriale est un des principaux leviers pour résoudre les enjeux socio-économiques du continent africain, et que la mise en place de nouveaux modèles passe par une démarche collaborative régionale. C’est dans ce cadre que nous avons initié notre expansion géographique en 2018, qui nous a permis d’accompagner plus de 250 startups dans 17 pays africains, et de déployer des programmes d’innovation au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Bénin. Le programme i3 s’inscrit donc pleinement dans la stratégie d’IMPACT Lab et vient renforcer notre réseau de partenaires à l’échelle africaine.

Le rôle d’IMPACT Lab dans le programme i3 se concentrera sur la mobilisation et la sélection des startups participant au programme, ainsi que sur la préparation des rencontres des startups avec des partenaires potentiels. Il s’agira de les aider à cadrer leurs besoins en financement, accélérer leur traction et plus généralement répondre aux pré-requis d'une levée de fonds.

Pour cela, nous organiserons des ateliers transverses sur des sujets relatifs, entre autres, à la stratégie de levée de fond, à la valorisation et à la préparation au pitch. Nous conduirons également des diagnostics pour relever les besoins spécifiques à chaque startup, que ce soit sur son business model, ses éléments juridiques et financiers, son organisation ou autre, afin de mobiliser les experts qui pourront les adresser.


- Quelle analyse faites-vous de la HealthTech en Afrique ?

- Aïda El Kohen : Dans de nombreux pays d'Afrique, une grande partie de la population dépend des systèmes de distribution privés pour l'accès aux produits ou aux services essentiels. Cependant, les chaînes de valeur  privées, très fragmentées, ne parviennent souvent pas à fournir un accès régulier à des services, des médicaments, des équipements, ou des produits essentiels de qualité et à faible coût. Sur les marchés fragmentés, les start-ups et les distributeurs de taille moyenne opèrent souvent à petite échelle, sans pouvoir tirer parti des technologies et des économies d'échelle ou de gamme pour mieux servir leurs clients.

L’enjeu aujourd’hui pour le secteur de la HealthTech en Afrique est d’assurer la disponibilité, l’accessibilité et la qualité des produits et services de la santé à des prix abordables. Pour cela, la technologie et l’innovation peuvent jouer un rôle déterminant.


- Qu’en est-il du choix des startups, notamment leur taille et leur implantation ?

- Salma Kabbaj : Le programme i3 est ouvert à toutes les startups qui disposent de solutions permettant de résoudre les défis des chaînes d’approvisionnement des produits de la santé en Afrique. Nous nous intéressons par exemple aux solutions qui permettent d’optimiser les interactions entre les différents intervenants, de sécuriser l’accès aux produits de la santé dans les zones mal desservies, d’assurer la qualité des produits et leur traçabilité ou de gérer les déchets.

Pour pouvoir être retenues, les startups doivent être portées par des fondateurs africains et desservir le marché africain, quelle que soit leur implantation. Elles doivent être opérationnelles, en démarrage d’activité avec a minima des premiers clients sécurisés, ou en phase de croissance. Nous encourageons également les startups qui disposent de solutions d’optimisation des chaînes de distribution sur d’autres secteurs et qui sont prêtes à explorer les opportunités offertes par le secteur de la santé à déposer leurs candidatures. Notons que les candidatures peuvent être déposées jusqu’au 14 août sur le site https://innovationsinafrica.com.
 


Propos recueillis par Wolondouka SIDIBE


Bon à savoir
 
Concernant IMPACT Lab, il accompagne les start-ups, les entreprises et les institutions publiques pour relever leurs défis de croissance en Afrique à travers l'innovation. En parallèle avec ses programmes d'accélération de startups, IMPACT propose du conseil en innovation et un accompagnement opérationnel des projets d'innovation. IMPACT Lab aspire à soutenir le développement de nouveaux modèles économiques et sociaux en faisant le pont entre l'écosystème d'innovation africain, les entreprises et les institutions publiques grâce à l'innovation collaborative.

Quant à Southbridge A&I Southbridge A&I, c’est un acteur important du conseil stratégique, opérationnel et financier des opérateurs économiques et sociaux du continent africain. Intervenant dans la définition de politiques sectorielles, la transformation d'entreprises publiques et l'accompagnement d'acteurs privés de tailles diverses, Southbridge A&I crée des ponts entre les parties prenantes pour maximiser l'impact socio-économique de ses interventions.

Parallèlement à ses activités de conseil, Southbridge A&I a développé une branche d'investissement pour soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) et les startups à fort potentiel de croissance.
 








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