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Emploi : Chemin de croix pour atteindre un marché inclusif


Rédigé par Hiba CHAKER le Mardi 8 Février 2022

Le drame du chômage, qui frappe le Maroc depuis des années, continue de s’aggraver pour prendre une tournure encore plus dramatique en ces temps de crise pandémique et de déficit pluviométrique. Détails.



Dans une note relative à la situation du marché du travail, le Haut-commissariat au plan (HCP) révèle qu’entre 2020 et 2021, le nombre de chômeurs a augmenté de 79.000 personnes, passant de 1.429.000 à 1.508.000 chômeurs, soit une hausse de 5,5%, fait savoir le HCP dans une note sur la situation du marché du travail en 2021. En 2021, le taux de chômage a atteint 12,3%, soit 0,4% de plus que l’année précédente. Par milieu de résidence, ce taux est passé de 5,9% à 5% (-0,9 point) en milieu rural et de 15,8% à 16,9% en milieu urbain (+1,1 point).

La problématique de l’adéquation formation-emploi, maillon faible du Maroc

Selon le diplôme, le taux de chômage a enregistré une hausse de 1,1 point parmi les diplômés, passant de 18,5% à 19,6%, et une baisse de 5,6% à 4,6% chez les personnes sans aucun diplôme. Considéré comme l’un des piliers fondamentaux du développement économique du pays, l’enseignement supérieur au Maroc assure la formation de plus d’un million de jeunes pour la vie active et leur ouvre la voie vers un marché de travail devenu de plus en plus compétitif, aux perspectives pour le moins incertaines.

Les diplômés trouvent des difficultés de s’insérer rapidement sur le marché de l’emploi, ce qui interpelle sur l’efficacité des réformes du système éducatif du Maroc visant à réussir une bonne adéquation formation-emploi.

Marché d’emploi : les femmes toujours déclassées !

Le rapport du HCP clame haut et fort que le marché du travail a largement exclu deux groupes importants: les jeunes et les femmes. Avec un taux de chômage de 16,8%, les femmes sont parmi la catégorie de la population la plus touchée par ce fléau, avec une hausse de 0,6 point (16,2% en 2020), alors que ce taux a quasiment stagné pour les hommes (de 10,7% à 10,9%).

Au Maroc, la participation des femmes à la population active stagne malgré la croissance du produit intérieur brut à l’inverse de la tendance mondiale Pourtant, l’impact de la participation accrue des femmes à la population active n’est plus à démontrer, que ça soit sur le plan macroéconomique ou sur le plan microéconomique. Afin de créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité et d’amener davantage de jeunes et de femmes sur le marché du travail, l’analyse suggère d’accélérer les changements structurels et créer plus d’emplois dans les secteurs à forte productivité. L’HCP plaide pour favoriser l’industrialisation et de stimuler les services formels à forte valeur ajoutée dans tout le pays.

La création d’emplois en 2021, l’espoir

Malgré le contexte difficile, une lueur d’espoir s’est offerte à l’économie nationale. 230.000 postes d’emploi ont été créés entre 2020 et 2021, contre une perte de 432.000 postes une année auparavant, une création de 165.000 en 2019 et une création annuelle moyenne de 121.000 au cours des trois années pré-pandémie, selon le HCP.

A en croire les chiffres du Haut-commissariat, les secteurs des services et de l’agriculture, forêt et pêche, demeurent les premiers pourvoyeurs d’emploi en 2021. Parmi les 10.772.000 actifs occupés estimés en 2021, le secteur des « services » emploie 45,8%, suivi de l’agriculture, forêt et pêche » (31,2%), de l’industrie y compris l’artisanat (11,7%) et des « BTP » (11,2%). Ainsi, le taux d’activité a augmenté de 0,5 point à 45,3%. Avec cette augmentation, le taux d’activité a atteint un niveau avoisinant celui enregistré avant la pandémie (45,8% en 2019).

La recette du HCP

Des mesures fortes et urgentes s’imposent pour répondre à la crise du chômage et des inégalités. Pour cela, le HCP propose 4 mesures principales à savoir l’accélération de la transformation structurelle pour créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité dans les secteurs à plus haute productivité ; la promotion de la formalisation et l’amélioration de la qualité des emplois; l’accroissement de la participation des femmes au marché du travail (PFMT) et la facilitation de l’accès des femmes à des emplois de meilleure qualité et enfin le soutien des jeunes dans leur passage des études au marché du travail et l’abaissement du taux élevé de chômage chez les jeunes.


Hiba CHAKER

Repères

Cinq régions abritent 72% des actifs âgés de 15 ans et plus
La région de Casablanca-Settat vient en première position avec 22,2% d’actifs, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (13,4%), de Marrakech-Safi (13,3%), de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,6%) et de Fès-Meknès (11,4%), indique le HCP. Trois régions enregistrent des taux d’activité supérieurs à la moyenne nationale (45,3%), relève la même source, précisant qu’il s’agit des régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (49,8%), de Casablanca-Settat (47,7%) et de Marrakech-Safi (46,8%). En revanche, les taux les plus bas sont enregistrés dans les régions de Souss-Massa (41,3%), de Fès-Meknès (42,3%) et de l’Oriental (42,5%).
 
HCP : les premiers pourvoyeurs d’emploi en 2021
Les secteurs des services et de l’agriculture, forêt et pêche demeurent les premiers pourvoyeurs d’emploi en 2021, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Parmi les 10.772.000 actifs occupés estimés en 2021, le secteur des « services » emploie 45,8%, suivi de l’agriculture, forêt et pêche avec 31,2%, de l’industrie y compris l’artisanat avec 11,7% (dont 44,6% sont des activités artisanales), et des « BTP » avec 11,2%, précise le HCP dans sa récente note d’information relative à la situation du marché du travail en 2021.

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Emploi : Chemin de croix pour atteindre un marché inclusif

UM6SS/ SMEPS


Lancement d’une étude sur l’impact du Covid19- sur l’oncologie au Maroc
 
L’Université Mohammed VI des Sciences de la Santé (UM6SS) et l’Institut de Recherche sur le Cancer (IRC), en collaboration avec la Société Marocaine de l’Economie des Produits de Santé (SMEPS), ont lancé une étude de recherche sur «l’impact de la Covid-19 sur le financement et l’accès aux soins d’oncologie au Maroc», avec le soutien de MSD (Merck Sharp and Dohme).

Il s’agit d’un projet de recherche sélectionné parmi plusieurs travaux soumis dans le cadre du programme indépendant de subventions pour la politique en matière d’oncologie de MSD et qui vise à encourager la recherche autour de plusieurs thématiques liées au cancer et à permettre aux institutions de renforcer leurs capacités en matière de recherche, d’enseignement et de diffusion, indique un communiqué conjoint de l’UM6SS, l’IRC et la SMEPS.

Ainsi le projet de recherche vise à analyser l’impact de la pandémie du Covid-19 sur la cancérologie et à explorer les approches possibles pour réduire, dans le futur, les effets négatifs de crises sanitaires similaires sur les patients au Maroc, précise la même source.
 

AUF


Lancement de la 8ème édition du concours international MT180
 
Dans le cadre de la 8ème édition du concours international MT180 « Ma Thèse en 180 secondes », l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) co-organise les finales nationales dans 33 pays. L’AUF a rejoint le comité international du concours MT180 en 2015 et depuis, elle co-organise chaque année les finales nationales de ses pays membres candidats au concours.

En 2022, elle coorganisera la compétition dans 33 pays tels que l’Albanie, Algérie, Arménie, Bénin, Bulgarie, Burkina-Faso, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire, Djibouti, Tunisie et Ukraine… 13 lauréats seront sélectionnés et se rendront à Montréal pour la grande finale internationale organisée le 6 octobre 2022 par l’ACFAS et au cours de laquelle ils rencontreront les finalistes de la Belgique, du Canada, de la France, du Maroc, de la Suisse, de l’Irlande et du Consortium Europe centrale.

Les candidats pourront également bénéficier de formations à la prise de parole en public tout au long des phases de compétition. L’implication de L’AUF dans ce concours international réaffirme son soutien aux jeunes chercheurs francophones et aux actions de vulgarisation scientifique en langue française. Créée en 2012 par l’ACFAS au Québec, cette compétition, inspirée par le concours « Three minute thesis » (3MTMD) dont la 1ère édition a eu lieu en 2008 à l’Université du Queensland, en Australie, est un défi pour les doctorants francophones : faire comprendre au plus grand nombre leur sujet de recherche en 3 minutes chrono en étant clair, ludique et convaincant.

 

3 questions à Omar Kettani, Économiste et professeur à l’Université Mohammed V de Rabat.

Emploi : Chemin de croix pour atteindre un marché inclusif

« Lutter pour mener des investissements à caractère social et non commercial pourrait créer plus d’emploi au Maroc »
 
- Le nombre important de jeunes NEET (Not in Education, Employment or Training ou ni en emploi, ni aux études, ni en formation) au Maroc qui est de 30% est très préoccupant, selon le HCP. Quelle lecture faites-vous de ce chiffre ?
 
- En 2010, la Banque Mondiale avait fait un rapport qui alertait déjà sur le nombre des NEET au Maroc. Depuis, chaque année se présente au marché de l’emploi marocain près de 250.000 personnes. On crée près de 200.000 postes mais on perd près de 50.000 emplois. Donc on ne crée que 150.000 emplois nets. Il y a un million de chômeurs de plus chaque décennie et donc aujourd’hui il y a près de 3.7 millions de chômeurs jeunes au Maroc.

C’est une situation explosive et je considère que c’est le premier problème du Maroc. Quand on luttera contre la rente et pour mener des investissements à caractère social et non commercial on pourrait créer plus d’emploi au Maroc.


- Avec un taux de chômage de 16,8%, les femmes sont parmi la catégorie de la population la plus touchée par ce fléau, pourquoi cette absence sur le marché de l’emploi malgré plusieurs réformes sociétal et institutionnelle ?


- Le problème ne concerne pas seulement la femme mais toute la campagne au Maroc. Alors que les habitants des zones rurales représentent 40% de la population marocaine dont 8 millions de femmes, leur taux d’éducation reste très faible. Une meilleure politique d’éducation inclusive est la seule solution qui permettra de dépasser ce problème.


- Cinq régions abritent 72% des actifs âgés de 15 ans et plus. Qu’en est-il dans la régionalisation de la politique de l’emploi ?

- La régionalisation est un terme trop général. Il nous faut une politique de développement de la campagne et de relance de l’économie par des investissements sociaux. Une ville crée 10.000 fois plus d’emplois qu’un village, donc une stratégie sociale qui repose sur le soutien à l’éducation, au transport scolaire, au logement décent des villageois dans de nouvelles villes pourrait créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité pour absorber la main-d’oeuvre croissante et donc diminuer le phénomène du chômage au Maroc.



Propos recueillis par : Hiba CHAKER
 








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