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Actu Maroc

Défis et perspectives de l’aménagement territorial post Covid-19

Entretien avec Nahid Hamtami, Présidente de l’Alliance des Architectes Istiqlaliens


Rédigé par Safaa KSAANI le Dimanche 17 Janvier 2021

La 35ème édition de la Journée nationale de l’architecte, célébrée le 14 janvier de chaque année, est axée cette année sur l’aménagement territorial post-Covid.



Nahid Hamtami
Nahid Hamtami
- Quelle est la particularité de la 35ème édition de la Journée nationale de l’architecte ?
- Cette année 2021, les architectes du Maroc commémorent la 35ème édition de leur journée nationale sous le thème : « L’aménagement territorial post-Covid : cas de la ville de Dakhla entre défis et perspectives ». Cette journée nationale, qui se tient à la ville de Dakhla et qui sera présidée par le Chef du Gouvernement et en présence de la ministre de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville, marquera cette année le soutien indéfectible de tous les architectes du Maroc aux efforts louables entrepris par notre pays en faveur de notre première cause nationale, à savoir la souveraineté marocaine sur nos provinces du Sud, et ce, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Cette édition comprendra des visites au passage d’El Guerguerat et une séance plénière inaugurale sera animée autour des thèmes suivants : Aménagement territorial de la région de Dakhla-Oued Eddahab : Défis et perspectives ; Pour un développement durable de la ville de Dakhla ; Projets structurants de la ville de Dakhla.

- A l’instar des professionnels de tous les secteurs, les architectes ont été frappés de plein fouet par la pandémie. Comment ces professionnels ont-ils vécu cette crise et quelles mesures ont été mises en place par le ministère de tutelle pour les aider à dépasser la crise ?
- La profession d’architecte est liée directement au secteur du bâtiment et de l’immobilier qui représente plus de 6% du PIB et fait travailler plus d’un million de personnes de façon directe et indirecte. Il est en relation étroite avec plusieurs autres professions et métiers. Durant la période de la pandémie du Covid-19, le secteur de l’immobilier a été impacté de façon directe, surtout en période de confinement suite à l’arrêt de plusieurs chantiers de construction à travers le Royaume. Cette situation s’est répercutée systématiquement sur les architectes qui ont subi de plein fouet les effets néfastes de cette crise sanitaire devenue par la suite économique et sociale pour notre pays, à l’instar de ce qui se passe à travers le monde.

Sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu le Glorifie, le ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville s’est attelé à renforcer la solidarité et la mobilisation du secteur du bâtiment allant de la promotion immobilière jusqu’aux professionnels et dont les architectes font partie. La tutelle a mis en place une batterie de mesures visant la sécurité dans les chantiers et le travail à distance ainsi que la dématérialisation des services et des procédures en matière d’urbanisme et de construction, et ce, en plus du soutien important accordé par le Fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie du Coronavirus aux entreprises et aux citoyens ainsi que les mesures d’assouplissement fiscal et de crédits alloués aux professionnels afin de maintenir les activités économiques.

Par ailleurs, et afin de redynamiser le secteur de l’immobilier en crise, le ministère a initié des mesures exceptionnelles pour le réexamen des dossiers ayant reçu des avis défavorables, le lancement du service en ligne pour la pré-instruction des dossiers et l’assouplissement des procédures de réception des lotissements et groupes d’habitations en souffrance en coordination avec le ministère de l’Intérieur ainsi que la généralisation des e-services au niveau des Agences Urbaines. En outre, le ministère accompagne activement les actions visant à booster le climat des affaires par l’amélioration, à travers les documents d’urbanisme, de l’offre territoriale, et ce, par le lancement d’un géo portail national orienté investissement. De même que les entités du ministère dont principalement les agences urbaines qui accompagnent les acteurs territoriaux pour le déploiement rapide des plateformes électroniques mises en place par le ministère de l’Intérieur en matière d’autorisation en urbanisme et pour l’investissement, à savoir Rokhas et Cri-invest.

Une attention particulière a été consacrée par le ministère au monde rural, impacté aussi par cette pandémie, par l’assouplissement des procédures de construction, ainsi que le renforcement des efforts en matière de délimitation des douars et de restructuration des quartiers sous-équipés.

- Quels sont les enjeux de l’habitat et de l’urbanisme de demain ?
-En s’inscrivant dans les orientations du ministère de l’Aménagement du territoire national, le développement durable des villes et territoires présente des enjeux complexes et divers. L’enjeu de la durabilité est capital, puisque, dans un contexte mondial marqué par la rareté des ressources et une compétition farouche, il est impératif de mettre en place les jalons d’un urbanisme durable et des pratiques urbaines renouvelées.

L’objectif étant de créer des espaces de vie et d’activités durables, inclusifs et résilients. L’enjeu de la transformation numérique des territoires est également de taille. La crise pandémique de la Covi-19 a montré, sans équivoque, l’importance et le rôle qu’a pu jouer le digital dans la pérennisation et la relance des activités économiques et des services sociaux et administratifs. C’est à ce titre qu’une stratégie du ministère est en place pour doter les territoires des schémas directeurs de la transformation numérique.

L’enjeu de l’équité d’accès aux services publics n’est pas à démontrer. Les chiffres montrent qu’il y un effort à fournir dans les zones périurbaines et dans les zones rurales, dans l’objectif d’éponger toute forme de disparité sociale et spatiale et préserver les terres agricoles et les espaces naturels. Ces dimensions interpellent les agences urbaines, en coordination avec les acteurs territoriaux, à parachever la généralisation de la couverture en matière des documents d’urbanisme et à mettre en pratique les nouvelles dispositions relatives à l’urbanisme et à la construction en milieu rural, et qui ont été l’objet de nombreuses circulaires ministérielles, en s’appuyant sur les bonnes pratiques au niveau national. Au niveau du secteur de l’habitat, la question du logement social mérite une attention particulière aussi bien en termes de mobilisation des différents acteurs concernés, qu’en matière d’accompagnement technique, de ciblage et de programmation équilibrée des opérations entre les territoires.

Recueillis par Safaa KSAANI

Portrait

Une architecte au service du territoire
Nahid Hamtami, née à Casablanca en 1971, a grandi à Settat où elle obtient, en 1989, son baccalauréat en sciences expérimentales. Elle a ensuite décidé de tenter sa chance à l’étranger, à Tunis précisément, où elle est retenue pour l’Institut d’Art d’Architecture et d’Urbanisme pour une formation de sept ans.

Au bout de six ans d’études, elle revient au Maroc pour un stage de douze mois partagés à parts égales entre un cabinet d’architecture, à Kénitra, et la division de l’urbanisme de la province de la même ville. Le stage terminé, Nahid Hamtami retourne en Tunisie pour soutenir sa thèse en 1998.

Après son diplôme, elle a dû attendre une année avant de rejoindre la Direction de l’Architecture au ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Environnement à Rabat.

Après quelques années passées au service des professions du bâtiment, Nahid Hamtami passe avec succès, en 2004, le concours interne en vue de devenir chef du même service qui gère alors tout ce qui relève de la profession d’architecte. Quelques années plus tard, elle est chargée de mission auprès du secrétariat général du ministère. En 2014, Nahid Hamtami a été élue à l’unanimité présidente de l’Alliance des Architectes Istiqlaliens (AAI), à l’issue du Congrès tenu le 14 juin 2014 au siège du Parti de l’Istiqlal.

Depuis 2017, elle dirige l’Agence urbaine de Kénitra-Sidi Kacem Sidi slimane.

S. K.

Repères

Une journée nationale célébrée depuis 1986
La Journée nationale de l’architecte est célébrée en commémoration du discours prononcé le 14 janvier 1986 par feu SM Hassan II à Marrakech devant le corps des architectes, dans lequel le défunt Souverain avait souligné la nécessité de développer la conception architecturale marocaine, de manière à préserver la diversité du patrimoine national. Dans son discours, le défunt Souverain avait exprimé son intérêt pour la réalisation des villes tout en précisant que les différentes dynasties qui se sont succédé au Maroc ont toujours accordé la plus grande importance au secteur de l’édification et de l’urbanisme, annonçant à cette occasion la création de l’Ordre des architectes et la promulgation d’une loi spécifique à la profession.
Le patrimoine architectural marocain, l’un des plus riches du monde
Marqué par une diversité d’influences artistiques, dont l’art andalous et l’art islamique, le patrimoine architectural marocain est considéré comme l’un des plus riches du monde, ce qui en fait une véritable source d’inspiration pour la nouvelle génération d’architectes. Le Royaume s’est ainsi forgé tout au long de l’Histoire son propre cachet architectural, mais le secteur est aujourd’hui confronté à plusieurs problématiques nécessitant une réflexion autour d’un nouveau modèle architectural qui, d’une part, préserve le patrimoine bâti national, et, d’autre part, tend vers la modernité, le progrès et le développement.