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Crypto-monnaies : La ruée vers l'or digital défie la légalisation


Rédigé par Kawtar CHAAT le Mardi 11 Janvier 2022

Portant sur l’utilisation des crypto-monnaies dans le monde, le dernier rapport de Chainalysis confirme l’engouement des Marocains pour les monnaies virtuelles. Malgré l’interdiction, la tentation du profit semble plus forte que l’infraction à la réglementation, preuve en est que le marché marocain est classé 24ème mondial.



Malgré le scepticisme du gouvernement et les interdictions nationales de la crypto-monnaie, l’adoption mondiale des monnaies numériques atteint un niveau record et le Maroc ne fait pas exception. Basé sur la valeur des crypto-monnaies reçues, celle du commerce de détail transféré et le volume d’échange, l’indice d’adoption globale des crypto-monnaies de la société américaine de recherche Chainalysis a classé le Maroc au 24ème rang mondial en 2021.

«De plus en plus de jeunes marocains utilisent la cryptomonnaie pour des activités d’investissement dans le but d’améliorer leur situation financière, vu la simplicité de marchander dans la cryptomonnaie », nous révèle Amina Makdoud, professeur en sciences économiques à l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah.

Cependant, les transactions en monnaie virtuelle sont formellement interdites et constituent une infraction à la réglementation des changes du pays. Une décision prise en 2017 dans le but de protéger le consommateur, mais qui n’a qu’un faible pouvoir dissuasif sur les jeunes marocains qui sont de plus en plus nombreux à succomber à la tentation de ce marché virtuel.

Selon l’Office des Changes, « les transactions effectuées via les monnaies virtuelles constituent une infraction à la réglementation, passible de sanctions et amendes ». Cependant, si l’organisme de surveillance des changes du Royaume a interdit le commerce des crypto-monnaies en 2017, les considérant avec scepticisme, Bank Al-Maghrib (BAM) a annoncé que son Conseil d’administration est en train de délibérer sur les avantages économiques de l’adoption des crypto-monnaies.

Le trading peer-to-peer, qui consiste à acheter et à vendre des crypto-monnaies directement entre utilisateurs, sans passer par un intermédiaire tiers, ne montre aucun signe de ralentissement au Maroc alors que le pays dépasse le volume des échanges en Afrique du Nord.

Avec l’adoption de crypto-monnaie atteignant 2,4% de la population marocaine, le commerce de Bitcoin dans le pays est le plus élevé parmi les pays d’Afrique du Nord en 2021, selon Triple, une plate-forme de recherche sur les crypto-monnaies.

En 2021, avec un commerce de crypto-monnaie atteignant 6 millions de dollars au Maroc, le pays est le quatrième plus grand commerçant de crypto-monnaie sur le continent africain, derrière le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya.

Influencée par la crise économique induite par le Covid-19, la propriété de crypto-monnaie au Maroc a atteint des niveaux record en 2020, le cours de la cryptomonnaie a affiché une progression atteignant 2,18 millions de dollars.

Malgré l’interdiction par le Maroc de la crypto-monnaie, les achats de Bitcoin montent en flèche dans le pays, le commerce peer-to-peer atteignant des niveaux record sur Local Bitcoins, une plateforme de trading, en février 2021. Les Marocains ont échangé un volume de près de 900.000 $ en bitcoins au cours du seul mois de février. Avec une augmentation de 30% d’une année à l’autre en termes d’inscriptions sur la plateforme de trading Local Bitcoins.

Outre Bank Al-Maghrib, plusieurs instances internationales et gouvernements explorent actuellement les avantages de l’utilisation de crypto-monnaies basées sur la blockchain, alors que des pays comme l’Equateur adoptent déjà des monnaies numériques.
 

Kawtar CHAAT

 

3 questions à Amina Makdoud


« Aujourd’hui, la crypto-monnaie joue un rôle primordial dans la lutte contre la pauvreté »
 
Amina Makdoud, professeur en sciences économiques à l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, a répondu à nos questions sur les facteurs qui entrent en jeu dans la question de l’adoption des crypto-monnaies, beaucoup plus rapide en Afrique, malgré la méfiance des gouvernements.


- La pandémie a-t-elle eu un impact sur le marché des crypto-monnaies ?


- En dépit des aspects négatifs de la propagation du Coronavirus dans différents secteurs d’activité, le marché des crypto-monnaies a été en mesure de résister, et même de profiter de cette période difficile. Certes, la pandémie de Covid-19 présente des enjeux sanitaires et économiques sans précédent.

Cependant, sur le plan humain des pays en développement et émergents, notamment le Maroc, les crypto-monnaies jouent désormais un rôle d’inclusion financière tout en favorisant l’innovation. Les échanges de bitcoins sont devenus une alternative aux systèmes bancaires, conservateurs et restrictifs.


- Selon les experts de cybersécurité, ce marché s’accompagne de certains risques, la mise en place d’une loi-cadre pourra-t-elle y remédier ?

- Le bitcoin a déjà commencé à révolutionner le monde et fait l’objet de nombreuses convoitises, toutefois, son fonctionnement reste incompris par la majorité du grand public, et c’est là que réside le risque, il faut une sensibilisation sur les nombreux risques relatifs à l’utilisation du bitcoin découlant particulièrement de son caractère spéculatif. L’encadrement juridique poussera les plateformes de crypto-monnaies à partager et déclarer leurs données suivant les règles de transparence, il faut ainsi une transition vers l’économie virtuelle et surtout lutter contre l’analphabétisme numérique.


- Est-ce que les crypto-monnaies menacent la stabilité de l’économie réelle ?

- Aujourd’hui, la crypto-monnaie joue un rôle primordial dans la lutte contre la pauvreté. Malgré leur succès, les crypto-monnaies et la blockchain sont souvent considérées comme une technologie complexe. Pour autant, elles peuvent apporter des solutions concrètes en contribuant à la lutte contre la pauvreté et l’illettrisme numérique, et offrir les mêmes chances économiques au plus grand nombre. Mais pour cela, il faut une loi qui encadre ces pratiques.


Recueillis par K. C.

 



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