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Monde

Crise libanaise : Sur Hezbollah, Paris et Washington divergent


le Mardi 8 Septembre 2020

Pour Emmanuel Macron, Hezbollah a été «élu par le peuple», et le condamner n’aurait « aucune action utile ».



Crise libanaise : Sur Hezbollah, Paris et Washington divergent
Liban, Paris et Washington ont l’objectif commun de sortir le pays de la crise mais des positions opposées sur le Hezbollah. Si les Etats-Unis veulent combattre l’influence du mouvement pro-iranien, la France, au nom du pragmatisme, le considère comme un acteur incontournable.

Les deux capitales occidentales se rejoignent sur la nécessité de former un gouvernement radicalement différent des précédents, capable d’enclencher, enfin, des réformes structurelles pour extirper le Liban du marasme économique.

Mais sur le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah, classé «terroriste» par Washington et militairement engagé dans le conflit syrien, les points de vue divergent.

«L’approche de la France tend à être plus réaliste. Elle voit le Liban tel qu’il est», avance le politologue Karim Bitar. Paris «reconnaît l’équilibre des forces, elle reconnaît le Hezbollah comme acteur politique majeur, qui dispose d’une large base au sein de la communauté chiite», ajoute-t-il. A l’inverse, pour Washington, «l’influence du Hezbollah est excessive», et «elle doit être contenue le plus rapidement possible», poursuit l’expert.

Après plusieurs mois de déclarations fracassantes contre le mouvement chiite, Washington suit de près l’engagement au Liban du président Emmanuel Macron, qui a tenu à établir une distinction entre l’aile «terroriste» du Hezbollah -sa branche armée-- et ses activités politiques.

Le président français s’est rendu à deux reprises à Beyrouth en moins d’un mois. Son intervention a contraint les politiciens libanais, conspués par la rue et habitués aux marchandages interminables, à s’engager pour former un gouvernement sous deux semaines.

Condamner Hezbollah ne résout pas les problèmes

«Si je voulais être dans la pureté, je condamnerais le Hezbollah (...), je vous dirais « il faut les condamner »» et «vous resteriez avec votre problème. (...) Je n’aurai eu aucune action utile», avait plaidé Macron devant la presse. En échange, le leader du Hezbollah Hassan Nasrallah s’est montré plutôt ouvert aux démarches de Paris, alors qu’il ne cesse de dénoncer les «ingérences étrangères» des Etats-Unis.

Le chef de son bloc parlementaire Mohamed Raad faisait à chaque fois partie des responsables politiques rencontrés par M. Macron. Ces contacts, le président français les a justifiés en expliquant que le Hezbollah était aussi «élu par le peuple», et membre de la majorité parlementaire.

La France est la seule puissance occidentale à avoir de tels rapports directs avec le mouvement chiite, et Macron tient à préserver un canal de communication avec lui afin d’apparaître comme un «médiateur honnête», affirme Bitar.

  


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