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Tribune libre

Covid-19: Quand tombent les masques


le Mardi 7 Avril 2020

Face à la pandémie qui sévit dans certains pays plus que d’autres, une guerre sournoise est engagée entre Etats, celle des masques de protection.



Ali Benadada, responsable des pages Monde à l'Opinion
Ali Benadada, responsable des pages Monde à l'Opinion
L’une des révélations de la pandémie du coronavirus, qui frappe actuellement le monde, est l’importance des masques hygiéniques comme élément primordial dans le processus d’enrayement du fléau ou du moins de son ralentissement.

Au niveau du Maroc qui a fait montre de célérité dans l’anticipation de plusieurs mesures pour faire face à la pandémie, les autorités viennent décréter l’obligation du port du masque hygiénique dans tous les endroits publics, tout en garantissant la disponibilité de ces masques en quantités suffisantes, et plafonnant leur prix de vente.

Par ailleurs, le Maroc connaît une auto-suffisance en matière de masque de protection, grâce, notamment, à la mobilisation d’un ensemble d'industriels nationaux pour l’approvisionnement du marché local.

On ne peut dire que c’est le cas dans d’autres pays qui se sont livrés d’âpres batailles pour l’acquisition des masques. Allant jusqu’à recourir à des méthodes qui flirtent avec le banditisme et qui se résument à « chacun pour soi », « sauve qui peut », ou encore « après moi le déluge ».

Pour qui avait encore quelques illusions, la pandémie a mis à nu les vrais desseins des puissances mondiales. Les derniers à entrer en guerre contre le covid-19 se sont déclaré une vraie guerre des masques de protection.

D’abord, il y a les Etats-Unis, qui dans leur costume de « maîtres du monde », veulent tout avoir pour eux, en priorité. Et tous les moyens sont bons pour atteindre leurs desseins. L'administration américaine a cherché à empêcher la société « 3M » d’exporter des masques hygiéniques au Canada et en Amérique latine, sans tenir compte des conséquences humanitaires de l'arrêt des fournitures médicales pour les travailleurs de la santé de ces Etats importateurs.

Ensuite, le ministre de l'Intérieur de Berlin (Allemagne), Andreas Geisel, avait révélé récemment qu'une commande de 200.000 masques à destination de l'Allemagne avait été "confisquée" à Bangkok et détournée vers les États-Unis, qualifiant cet acte de "piraterie moderne".

Le maire de Berlin, Michael Müller, a, de son coté, vivement critiqué le comportement des États-Unis, qualifiant les actions du président américain d’inhumaines et d’inacceptables. L’ambassade des Etats Unis en Thaïlande a certes nié de telles pratiques, mais y a-t-il jamais eu fumée sans feu.

Surtout quand on sait que les mêmes Américains ont détourné une cargaison de masques en la payant cash et trois fois son prix. Une cargaison commandée par la France à la Chine.

Au nom de la loi
La commande française de masques chinois devait être distribuée aux soignants et aux établissements hébergeant des personnes âgées (Ehpad) de la région PACA.

Seulement la France n’est pas restée confinée dans son rôle de victime.  A la guerre comme à la guerre, et celle des masques une fois lancée, les Français sont passés aussi à l’offensive en commettant le même forfait de détournement de masques hygiéniques qui ne leur étaient aucunement destinés.

Selon la revue française « L’Express »,  quelque 4 millions de masques appartenant à une société suédoise  et destinés à l’Italie et à l’Espagne, pays européens les plus affectés par la pandémie du Covid-19, ont été saisis par les autorités françaises.

Et de même que l’administration américaine avait eu recours à une loi sur la production de défense dans son « différend » avec 3M, les responsables français ont fait prévaloir, pour justifier leur forfait, la décision du gouvernement, du 3 mars dernier dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 et relative à l’application de la réquisition de matériel médical dont les masques de protection.

Mettant la société suédoise dans l’embarras et laissant Rome et Madrid compter leurs morts.
Et on n’est pas à un ou deux incidents près. Un autre lot de quelque 680.000 masques destinés à la péninsule italienne avait déjà été saisi en République tchèque.

Pour revenir au cas du Maroc, il est important de saluer à leur juste valeur les mesures prises par Rabat, spécifiquement celles de rendre, par la force de la loi, le port des masques de protection obligatoire et en particulier la garantie de sa commercialisation à large échelle et à prix abordable.

Surtout qu’on se trouve à une étape cruciale de l’évolution de l’épidémie qui interpelle pour un respect strict des mesures de prévention.
 
Le diktat des embargos
Enfin, on ne peut conclure cette chronique sans aborder une autre expression de l’arrogance des puissances, celle de la transgression par Washington de ses propres sanctions contre une entreprise russe, pour des respirateurs produits par celle-ci.

En effet, parmi les équipements médicaux russes envoyés aux États-Unis se trouvaient des respirateurs produits par une compagnie russe inscrite dans la liste des sanctions américaines, rapporte un homme d’affaires russe.

Les respirateurs livrés pour les Etats-Unis sont produits par une usine d’Oural, qui fait partie du groupe Concern Radio-Electronic Technologies (CRET) sanctionné depuis juillet 2014. Mais ce que se permettent les Américains, ils le refusent aux autres.

Un avion-cargo, qui devait livrer du matériel médical à Cuba, a dû renoncer à son plan de vol à cause de l’embargo américain en vigueur sur l’île castriste, provoquant la réaction du président cubain qui a dénoncé un « blocus criminel » du gouvernement américain.

De même que les Etats-Unis persistent et maintiennent leur embargo sur l’Iran, pays parmi les plus affectés par la pandémie du Covid-19.

C’est là, avec les exemples du détournement des masques hygiéniques, l’expression éloquente de la loi de la jungle qui régit le monde, permettant aux plus forts de tout s’accaparer et aux faibles de subir leur diktat.
 
ALI BENADADA
 

  



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