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International

Covid-19 : La pandémie qui a enrichi quelques-uns et appauvri beaucoup d’autres


Rédigé par L'Opinion le Jeudi 8 Septembre 2022

La pandémie a rendu les plus riches beaucoup plus riches, et les pauvres encore plus pauvres. On enregistre un nouveau milliardaire toutes les 26 heures et… 160 millions nouveaux pauvres.



Pour la première fois depuis sa création, il y a plus de 30 ans, l'Indice de développement humain, qui prend en compte espérance de vie, éducation et niveau de vie, a reculé deux années de suite, en 2020 et en 2021, s'inquiète l'ONU dans ce rapport.

« Cela veut dire que nous mourons plus tôt, que nous sommes moins éduqués et que nos revenus baissent », énumère son patron, Achim Steiner, lors d'un entretien avec l'AFP.

«Avec ces trois paramètres, vous pouvez avoir une idée de pourquoi les gens commencent à être désespérés, frustrés, inquiets pour l'avenir », insiste-t-il.

Alors que l'indice progressait de façon continue depuis des décennies, il est revenu en 2021 à son niveau de 2016, « effaçant » des années de développement. En cause en particulier, le Covid, mais aussi les catastrophes climatiques qui se multiplient, et des crises qui se superposent sans donner le temps aux populations de reprendre leur souffle.

« Nous avons vécu des catastrophes avant, nous avons eu des conflits avant, mais la confluence de ce à quoi nous sommes confrontés aujourd'hui est un recul majeur pour le développement de l'humanité », insiste le patron du PNUD.

Le monde était déjà éprouvé depuis l'émergence du Covid-19 fin 2019 et l'aggravation de la crise climatique. La guerre en Ukraine a apporté de nouvelles craintes, notamment au niveau de la sécurité alimentaire.

Selon le rapport du programme de l'ONU (PNUD) pour le développement, le monde est revenu en arrière, et il a même reculé de cinq ans face à la superposition des crises.
 
Un recul universel
 
Ce recul est quasi universel, touchant plus de 90% des pays de la planète, même si les inégalités entre pays sont toujours flagrantes. En haut de la liste se trouvent toujours la Suisse, la Norvège et l'Islande. Et tout en bas, le Soudan du Sud, devant le Tchad et le Niger.

Et si certains pays commencent à se remettre des impacts de la pandémie, beaucoup d'autres en Amérique latine, en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud ou dans les Caraïbes n'ont pas eu le temps de se relever que s'abattait déjà une nouvelle crise : la guerre en Ukraine.

Avec son impact majeur sur la sécurité alimentaire et énergétique – pas encore pris en compte dans l'indice qui s'arrête à 2021 – « sans aucun doute, la perspective pour 2022 est sombre », a relevé Achim Steiner.

Le recul de l'Indice de développement humain est en grande partie tiré par la baisse de l'espérance de vie de plus d'un an et demi entre 2019 et 2021 (71,4 ans en 2021 contre 73 ans en 2019) alors que quelques mois sont en général gagnés chaque année.
 
Arrêter la baisse de l’aide aux pays pauvres
 

« Malgré la reprise importante de l'économie en 2021, l'espérance de vie continue à décliner », a noté l'auteur du rapport, Pedro Conceiçao, lors d'une conférence de presse, qualifiant ce déclin de « choc sans précédent ». « Aux États-Unis, il y a eu une baisse de deux ans de l'espérance de vie, dans d'autres pays, la chute est encore plus grande ». Le rapport décrit aussi un monde et une population « perturbés » par ces crises qui s'accumulent et l'« incertitude » qui en découle.

« Les gens ont perdu confiance (...) nos voisins deviennent parfois la principale menace, que ce soit au niveau local ou entre les nations. Et cela nous paralyse », estime Achim Steiner, craignant que toutes ces « frustrations » ne mènent sur la voie des extrêmes et de la violence.

Le rapport suggère entre autres choses de se concentrer sur trois axes : investissements, notamment dans les énergies renouvelables et la préparation aux futures pandémies, assurance (y compris protection sociale) pour absorber les chocs, et innovations pour renforcer les capacités à faire face aux prochaines crises.

Le PNUD appelle également à ne pas poursuivre la récente tendance à la baisse de l'aide au développement destinée aux pays les plus vulnérables. Ce serait une « grave erreur », qui réduirait « nos capacités à travailler ensemble », insiste Achim Steiner. Alors que « changement climatique, pauvreté, cybercriminalité, pandémies, nécessitent que nous travaillions ensemble, en tant que communauté internationale ».

 


La fortune des plus riches a doublé pendant la pandémie

Dans un rapport de l'organisation caritative Oxfam, publié à la veille du forum de Davos du début de 2022, la pandémie a rendu les plus riches beaucoup plus riches, et les pauvres encore plus pauvres. On enregistre un nouveau milliardaire toutes les 26 heures et… 160 millions nouveaux pauvres.

Dans son rapport, Oxfam indique que la baisse des revenus des plus pauvres a contribué à la mort de 21.000 personnes par jour. En revanche, les dix hommes les plus riches du monde ont plus que doublé leur fortune collective depuis mars 2020, affirme l'organisation caritative. Comment la Covid-19 a-t-elle pu favoriser l'enrichissement des milliardaires ?

Selon Oxfam, la politique du "quoi qu'il en coûte" mise en place par plusieurs gouvernements a certes protégé les plus faibles, mais a surtout bénéficié aux ultrariches. Ces derniers ont en effet pu faire travailler leur argent en toute sécurité grâce aux garanties apportées par les États et les Banques Centrales. Les mesures de relance ont dopé leurs chiffres d'affaires et, par ricochet, les cours en bourse.
 








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