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International

Chine : Croissance ralentie par le zéro Covid


Rédigé par L'Opinion Mardi 17 Janvier 2023

La Chine a connu en 2022 l'une de ses plus faibles croissances en quatre décennies, au moment où les restrictions sanitaires et la crise de l'immobilier pèsent lourdement sur l'activité.



Le géant asiatique a suivi durant près de trois ans une stricte politique sanitaire dite du "zéro Covid", qui a permis à la population d'être largement protégée du Covid-19. Ces mesures draconiennes, qui reposaient sur des confinements dès la découverte de cas positifs, des restrictions aux déplacements et des tests de dépistage généralisés, ont fortement perturbé la production et les chaînes logistiques.
 
Nombre d'usines et d'entreprises devaient fermer du jour au lendemain pour une poignée de cas de Covid-19, tandis que les Chinois limitaient leurs sorties et loisirs pour éviter de se retrouver cas contact. Ces mesures ont finalement été levées début décembre. Mais la décision a entraîné une hausse exponentielle du nombre de malades du Covid, ce qui constitue un frein majeur pour la reprise.
 
Dans ce contexte, la Chine a vu en 2022 son produit intérieur brut croître de 3%, a annoncé le Bureau national des statistiques (BNS). Ce rythme, qui ferait bien des envieux dans la plupart des grandes économies, n'en reste pas moins l'un des plus faibles depuis 40 ans pour le géant asiatique. Un groupe d'économistes interrogés par l'AFP anticipait un ralentissement plus prononcé (+2,7%).

Fragilité des bases de la reprise
 
Pékin s'était fixé un objectif de 5,5%, un rythme déjà très inférieur à la performance de 2021, quand le PIB de la Chine avait progressé de plus de 8%, porté par la reprise après la première vague épidémique. La croissance sur 2022 est la plus faible depuis la contraction de 1976 (-1,6%) et le ralentissement de 2020, première année de la pandémie (+2,3%). Au quatrième trimestre, la croissance chinoise a ralenti sur un an (+2,9%), contre 3,9% au précédent.
 
"Cette décélération traduit la pression exercée sur l'économie par les incertitudes" liées aux restrictions sanitaires puis à la fin du zéro Covid, relève l'économiste Chaoping Zhu, de la banque d'affaires américaine JP Morgan. D'un trimestre à l'autre, critère de comparaison plus fidèle de la conjoncture, le rythme est stable (+3,9%). En 2022, l'économie "a fait face à des tempêtes et des eaux agitées" au niveau mondial, a souligné un responsable du BNS, Kang Yi. "Les bases de la reprise intérieure ne sont pas solides", a-t-il admis devant la presse.
 
En décembre, les ventes au détail, principal indicateur des dépenses des ménages, étaient ainsi de nouveau en repli (-1,8% sur un an), après un plongeon en novembre (-5,9%). De son côté, la production industrielle s'est tassée le mois dernier (+1,3% sur un an), après une hausse de 2,2% en novembre.

La crise de l’immobilier exacerbe aussi la crise
 
Par ailleurs, le taux de chômage a légèrement reflué en décembre (5,5%), contre 5,7% un mois plus tôt. Ce chiffre dresse toutefois un tableau incomplet de la conjoncture, car il n'est calculé que pour les seuls urbains. Il exclut de fait les millions de travailleurs migrants, particulièrement vulnérables au ralentissement économique. Leur situation a été exacerbée par une crise dans l'immobilier, un secteur qui représente avec la construction plus du quart du PIB de la Chine et est un important vivier d'emplois peu qualifiés.
 
L'immobilier souffre depuis 2020 d'un durcissement par Pékin des conditions d'accès au crédit pour les promoteurs immobiliers, afin de réduire leur endettement. Pour relancer ce secteur essentiel, le pouvoir semble adopter ces dernières semaines une approche plus conciliante, avec notamment des mesures de soutien au crédit pour certains promoteurs. Signe des difficultés, les investissements dans l'immobilier ont accusé en 2022 un repli de 10% sur un an, selon le BNS.
 
Eminemment politique et sujet à caution, le chiffre officiel du PIB de la Chine n'en reste pas moins très scruté, compte tenu du poids du pays dans l'économie mondiale. Cette année, la Chine devrait voir son PIB croître de 4,3%, selon des prévisions de la Banque mondiale toutefois revues à la baisse le mois dernier.

Baisse de la population chinoise, une première en 60 ans
 
C'est un tournant historique: la Chine, pays le plus peuplé du monde, où vivent un sixième des habitants de la planète, a vu l'an passé sa population baisser, du jamais vu depuis six décennies. Cette chute s'annonce durable, peut-être jusqu'à la fin du siècle, selon des démographes, ce qui affectera durement l'économie et le système de retraites. L'Inde devrait détrôner dès cette année la Chine en tant que pays ayant le plus d'habitants, avait déjà annoncé l'ONU.

Les Chinois étaient autrefois connus pour leurs familles nombreuses. La population a ainsi doublé depuis les années 1960, pour dépasser 1,4 milliard aujourd'hui. Mais en 2022, le nombre de naissances aura été de seulement 9,56 millions en Chine continentale, a annoncé mardi le Bureau national des statistiques (BNS). En parallèle, 10,41 millions de décès ont été recensés. La combinaison des deux phénomènes a produit une baisse de la population (moins 850.000 personnes).

C'est une première depuis 1960-1961, lorsqu'une famine, entamée en 1959, avait fait des dizaines de millions de morts suite aux erreurs de la politique économique du "Grand bond en avant". Paradoxalement, cette baisse intervient malgré l'assouplissement de la politique de limitation des naissances. Il y a encore 10 ans, les Chinois n'avaient le droit d'avoir qu'un enfant. Depuis 2021, ils peuvent en avoir trois.



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