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Tribune libre

Ce que peut nous dire le sport de Beckham sur les décisions de BKAM !


Rédigé par Kamal Zine le Vendredi 26 Juin 2020

Bank al Maghrib (BKAM), la banque centrale marocaine, a annoncé, lors de son dernier conseil, une baisse du taux directeur de 2% à 1,5% ainsi que la neutralisation de la réserve monétaire obligatoire (RMO), c’est-à-dire un taux de RMO fixé à 0%.



Kamal Zine, Consultant en banque et assurance à Paris.
Kamal Zine, Consultant en banque et assurance à Paris.
Ces deux mesures s'inscrivent dans une politique monétaire expansionniste dont les prémisses remontent à 2012. A cette date, le taux directeur était de 3,25% tandis que celui de la RMO se situait à 6%. Si Bank Al Maghrib était un coach d'une équipe de football, on dirait qu'il est passé d'une stratégie de jeu défensive, à l'italienne, à un style de jeu offensif, à la brésilienne. Si la politique monétaire était une stratégie de jeu, elle aurait évolué d'un 5-4-1* en 2012 vers un 3-4-3** aujourd'hui. Quelles sont donc les raisons expliquant ce changement dans la "philosophie de jeu"?

La crise de 2008, ou le début de la fin du "5-4-1 monétaire":

Dans le football, le 5-4-1 est un schéma de jeu adopté par les écoles très défensives. Il consiste à renforcer les lignes de défense et du milieu, et table, pour marquer, sur les quelques occasions qui se présenteraient dans le match. Jusqu'à 2008, le "coach" BKAM optait pour une stratégie similaire sur le plan monétaire, hormis quelques interventions mineures, telles que la baisse du taux de la RMO ou la hausse du taux directeur de 25 points de base à 3,50% en juin 2008. 

De 2009 à 2011, la libération progressive de la RMO a offert à l'économie nationale des marges de financement qui ont contribué à dynamiser sa croissance. Ainsi, entre 2007 et 2011, malgré un contexte économique internationale très compliqué, malgré l'instabilité politique que traversaient l'Afrique du Nord et le Moyen Orient, l'économie marocaine a affiché une croissance moyenne supérieure à 4%. Le "schéma tactique" monétaire adopté lors de cette période trouvait une résonance dans les politiques publiques: un "attaquant de pointe" capable de transformer les "passes monétaires en profondeur" en croissance et en emploi.

2012, l'année de passage au "4-4-2*** monétaire":

Entre 2007 et 2011, le taux directeur est resté globalement stable à 3,25%. La réduction de la RMO fut le mécanisme préféré de BKAM pour ajuster son "schéma tactique". En 2012, le "coach" BKAM commença à adopter un jeu plus offensif en essayant de créer des "surfaces" pour la croissance, des "passes" ou des "centres" pour l'investissement, voire à exercer un "pressing "indirect sur le chômage. BKAM a agi à travers les deux principaux mécanismes monétaires à la fois. Elle réduisit son taux directeur et son niveau de RMO appliqués aux banques. Les "équipes" sur le terrain, à savoir les gouvernements qui se succédèrent depuis 2012, ne réussirent pas à transformer les "occasions" offertes par une telle politique monétaire en pouvoir d'achat, emploi et croissance, dont le taux oscilla entre 2 et 2,5% seulement. Ainsi, nous pouvons nous interroger sur les raisons de cette "prestation "insuffisante:  les équipes n'étaient-elles pas homogènes? Manquaient-elles d'attaquants efficients (politiques publiques)? Souffraient-elles du syndrome "Bouhaddouz"?

Le "3-4-3" pour contrer la COVID-19:

L'économie marocaine n'a pas attendu la COVID-19 pour être dans un état d'atonie. Avant l'apparition de la pandémie, les prévisions de croissance pour 2020 ne dépassaient pas les 1,5%. Aujourd'hui, ce marasme attendu s'est transformé en récession aigue, qui dépasserait -5% (BKAM). Face "aux attaques" du COVID-19, la banque centrale a répliqué par un "schéma de jeu" encore plus offensif: baisse du taux directeur de 75 points de base en 3 mois et libération totale des réserves des banques auprès de la banque centrale. L'objectif de ces mesures est de relancer le crédit et le financement de l'investissement, la trésorerie et la consommation en élargissant la masse monétaire, d'une part, et en réduisant son coût pour les banques (et a prirori pour les entreprises et les ménages) d'autre part. Ceci reviendrait donc à essayer de dynamiser l'économie à la fois par l'offre et la demande.

Quid de l'équipe?

Comme c'est le cas dans le football, un bon schéma tactique (bonne politique monétaire) est nécessaire pour qu'une équipe (un gouvernement) gagne sur ses "adversaires" (chômage, récession, pauvreté…). Néanmoins, il demeure insuffisant. En effet, dans le foot, il y a l'esprit d'équipe, le sens de responsabilité des joueurs et l'efficience de l'attaquant qui contribuent, également, au succès de l'équipe. 

Parallèlement, la réussite d'un gouvernement repose sur son homogénéité, sa capacité à façonner des politiques publiques pragmatiques et à assurer leur mise en œuvre grâce à un pilotage infaillible.
Face à une crise cruelle, dont les effets socio-économiques commencent tout juste à se faire sentir, le public (citoyen marocain) attend de son équipe (gouvernement) des résultats rapides. Sa patience sera de plus en plus limitée, et des excuses telles que l'état de la pelouse (déficit et dette élevés, insuffisance des crédits débloqués par les banques…) ou l'injustice due à l'arbitrage (crise économique mondiale et non locale) seraient inaudibles.

Aujourd'hui, l'économie marocaine joue un match décisif contre la COVID-19 et ses conséquences socio-économiques. Le public n'accepterait que la victoire. Le "coach" BKAM a mis en place un schéma tactique accommodant. L'équipe gouvernementale a donc la responsabilité de transformer en but ces "occasions monétaires". Dans les mœurs footballistiques, en cas d'échec, la direction du club congédierait un excellent coach, même lorsque celui-ci ne dispose pas de dispositif opportun. La situation pourrait être totalement différente dans la sphère politique. En effet, un bon coach peut être gardé dans son poste et l'équipe, responsable d'un bilan insuffisant, se questionnerait sur son avenir, surtout dans un contexte où le mercato (élections législatives et municipales) approche à vive allure.
 
Kamal Zine
 
 
*Schéma tactique utilisé par les équipes de football optant pour un style de jeu défensif. Il consiste à aligner 5 joueurs en défénse,4 joueurs en milieu de terrain et un attaquant.

**Schéma tactique utilisé par les équipes de football optant pour un style de jeu offensif. Il consiste à aligner 3 joueurs en défénse,4 joueurs en milieu de terrain et 3 attaquants.

***Schéma tactique utilisé par les équipes de football optant pour un style de jeu "équilibré" entre la défense et l'attaque. Il consiste à aligner 4 joueurs en défense,4 joueurs en milieu de terrain et 2 attaquants.